Six
mois de prison ferme pour "offense"
à l'encontre d'un journaliste du
Soir et son directeur. Idem pour Dilem,
le caricaturiste de Liberté, auteur
d'un dessin brocardant les généraux.
Ils font appel.
Entre
la libération de Florence Aubenas
et l'élection jeudi de l'écrivain
algérien Assia Djebar à l'Académie
française, la nouvelle est passé
presque inaperçue: les journalistes
algériens ont connu mardi 14 juin
une journée noire, marquée
par la lourde condamnation de trois d'entre
eux pour diffamation et offense au chef
de l'Etat, des délits de presse inscrits
depuis plus de quatre ans dans un amendement
au code pénal algérien.
Le journaliste du quotidien Le Soir d'Algérie,
Kamel Amarni, a été condamné
à six mois de prison ferme, alors
que le directeur du journal, Fouad Boughanem,
a écopé de deux mois de prison
ferme pour offense au chef de l'Etat, a
fait savoir leur avocat, Me Khaled Bourayou.
En outre, le caricaturiste du quotidien
Liberté, Dilem, a été
condamné à six mois de prison
ferme pour une caricature mettant en cause
des officiers de l'armée, sur plainte
du ministère de la Défense,
a ajouté Me Bourayou. Amendes
Les accusés ont également
été condamnés à
des amendes de 250.000 dinars (2.500 euros).
Liberté devra payer un million de
dinars (10.000 euros) et Le Soir d'Algérie
10,5 millions de dinars (105.000 euros),
selon la même source. "Ce
sont des peines très lourdes",
s'est indigné Me Bourayou à
la fin de l'audience. "Jamais la presse
algérienne n'a été
aussi lourdement condamnée que durant
ces 10 derniers mois", a-t-il ajouté.
Me Bourayou a indiqué que la défense
des trois jounalistes allait faire appel
de ces condamnations. L'appel est suspensif
de la peine, a-t-il précisé.
Journalistes
cibles Les démêlés
de la presse privée algérienne
avec les autorités, notamment le
président Abdelaziz Bouteflika, remontent
à l'arrivée de celui-ci à
la tête de l'Etat pour son premier
mandat en 1999. M. Bouteflika avait
déclaré lors de la campagne
électorale de l'élection d'avril
2004 que "le mal que cette presse a
fait au pays est comparable à celui
des terroristes, et nous ne pouvons dialoguer
avec ceux qui versent de l'huile par la
plume assassine". "Les journalistes
de cette presse ne sont pas des nationalistes,
s'ils sont des nationalistes alors je ne
le suis pas. Je les renie", avait-il
martelé lors d'un meeting. Malgré
la fin du monopole sur la presse en 1989,
l'Etat garde le contrôle de la télévision,
de la radio et de plusieurs journaux publics.
L'ouverture au privé promise et tant
attendue de l'audiovisuel tarde à
se concrétiser. En
prison Cinq journalistes
du quotidien algérien Le Matin, qui
a cessé de paraître depuis
le 24 juillet 2004, avaient été
condamnés le 19 avril dernier par
un tribunal d'Alger à des peines
allant de deux à trois mois de prison
ferme pour diffamation. Les journalistes
Abla Chérif et Hassane Zerrouky ont
été condamnés à
deux mois de prison ferme sur plainte de
l'homme d'affaires émirati, Mohamed
Ali Chorafa, à la suite de la publication,
en 2002, d'articles dénonçant
son implication dans des malversations financières
lors de l'attribution de marchés
publics de la téléphonie mobile
en Algérie. Youcef Rezzoug et
Yasmine Ferroukhi, deux autres journalistes,
ont été condamnés à
trois mois de prison ferme pour diffamation
dans une affaire qui les opposait au ministre
de l'Energie et des mines, Chakib Khelil,
à la suite d'un article sur la revente,
jugée douteuse, d'immeubles appartenant
à la société publique
d'hydrocarbures Sonatrach. Le directeur
du Matin, Mohamed Benchicou, qui purge depuis
juin 2004 une peine de deux ans de prison
ferme, a été également
condamné aux mêmes peines dans
ces deux affaires. Mohamed Benchicou a été
condamné le 14 juin 2004 à
la suite d'une plainte du ministère
des Finances pour "infraction régissant
le contrôle des changes et les mouvements
des capitaux", après la découverte
de bons de caisses dans ses bagages à
l'aéroport d'Alger, en août
2003. Sa peine a été confirmée
en appel, en août 2004. Le directeur
du groupe de presse Er-Raï El-Am, Mohamed
Benaoum, est également en prison
à Oran (ouest) depuis juillet 2004
pour diffamation. |
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