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Spécial Juin 2004 - Juin 2005

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Liberté de la presse en Algérie


 Notre solidarité agissante avec Mohamed Benchicou

La mère de Benchicou

"Qu'est-ce que 24 mois dans la vie d'un homme !"

Mohamed Benchicou, intellectuel et brillant journaliste algérien«Une année déjà ! Je n’ai plus la notion du temps… C‘est complexe, les douze mois semblent être vite passés… Pourtant !…. Parfois, il y a des jours qui me paraissent être une éternité…. C’est tous ces jours où je me demande comment Mohamed vit sa détention… Il lui reste une année ?

Qu’est-ce que 24 mois dans la vie d’un homme !» C’est par ces mots, qui reflètent ses sentiments quant à la détention de son fils, que la mère de Mohamed Benchicou nous mène vers le salon de son modeste appartement situé au 10ème étage d’un des immeubles de la place du 1er-Mai. Quelques minutes auparavant, au seuil de la porte, nous venions de lui expliquer, presque timidement, la raison pour laquelle, en cette fin de matinée de dimanche 12 juin, nous sommes venus interrompre la sieste de cette femme âgée et malade. Nos excuses balbutiées font esquisser un large sourire sur le visage de cette femme de 71 ans au regard fatigué mais pétillant, que la vie ne semble pas avoir épargnée et qui nous invite à prendre place dans cette pièce du domicile parental de Mohamed Benchicou où les policiers ont un jour débarqué pour le fouiller de fond en comble dans l’espoir d’y trouver «quelque chose» qui pourrait mettre le journaliste à l’ombre, et pour longtemps. Un souvenir que la mère du directeur du journal Le Matin garde intact. «Ils étaient une dizaine, l’un d’entre eux, un officier, était assis là, au même endroit où vous êtes, il tentait de m’occuper, pendant que ses collègues qui accompagnaient Mohamed retournaient la maison… Ils n’ont rien trouvé…» Ses petits yeux d’un bleu limpide se voilent, elle détourne son regard pour fixer la porte d’entrée du salon, grande ouverte. Son regard se fige sur un calendrier 2005 accroché au mur du couloir. Il est illustré par un portrait de Mohamed Benchicou arborant un sourire triomphant. Le journaliste a hérité de sa mère le bleu des yeux. Un bleu que fait ressortir un peu plus la robe de la même couleur qu’elle porte avec une rare élégance en ce début d’après-midi de juin. La vieille femme semble puiser son courage dans le regard de son fils. Elle revient impassible. Elle force le respect, en aucun cas la compassion. «Qu’ont-ils fait? Mohamed est en prison ! Et après ! Ce n’est pas un criminel, un assassin ou un voleur, il n’a pas trahi son pays !» Un pays qu’elle aime par-dessus tout et qu’elle nous raconte à sa façon. A la façon de ces mamans qui briment leur instinct maternel pour encourager leur enfant dans le combat qu’il a choisi, et ce, quoi qu’il leur en coûte. Elle en est convaincue, son fils est en prison pour ses écrits et non pour une histoire de bons de caisse et cela lui suffit pour survivre à la détention arbitraire de son fils. «Eux-mêmes ont fini par l’admettre» dit-elle l’air victorieux avant de nous raconter l’intervention en direct de ce ministre de la République qui, interrogé sur le cas de Benchicou, a reconnu que le journaliste est en prison «pour ce qu’il a écrit» Un aveu pour la mère de Mohamed Benchicou. Elle interrompt son récit en s’excusant d’avoir «trop parlé de Mohamed» et de ne pas avoir demandé des nouvelles de ses confrères. «Comment vont Hakim Laâlam, Dilem, le directeur du Soir, Omar... ils ne donnent pas de nouvelles... et les autres ; ceux qui ont été condamnés à la prison.» Elle ne nous donne pas le temps de répondre. Elle se met à implorer de tous ses vœux la volonté divine pour protéger les journalistes qui sont «dehors» et qui continuent à faire leur métier avec la même abnégation. «Vous savez, même s’ils ne le manifestent pas, les gens vous respectent pour ce que vous faites. J’en ai pris conscience à chacune de mes visites à la prison. Personne ne rate l’occasion de me dire combien on respecte Mohamed. Tous disent que son emprisonnement est une injustice, et qu’il est en prison pour son livre.» Un ouvrage qu’elle nous raconte à sa manière, avec des mots simples. Comme elle nous racontera ses visites au parloir de la prison, les longues heures d’attente, avant d’entendre «dans le haut-parleur » les nom et prénom de son fils, avant de franchir «le long couloir», avant de pouvoir «lui parler cinq minutes à travers une vitre». Une épreuve que ses autres fils tentent de lui épargner, mais que la vieille femme tenace «entêtée», pour reprendre son fils Abdelkrim, surmonte. «Pour Mohamed.» «Vous savez, il m’arrive de me réveiller la nuit, pour oublier que Mohamed qui n’a rien fait est en prison, je prie, je prie , je prie et j’invoque Dieu pour qu’il fasse justice. » Cela l’amène à nous conseiller de ne pas désespérer, de ne jamais baisser les bras parce que «quoi qu’ils fassent, ils ne sont pas éternels et surtout parce qu’il y a une justice divine». La mère de Mohamed Benchicou commence à se sentir lasse, elle fait un effort pour qu’on ne s’en rende pas compte. On se retire pour laisser se reposer cette femme âgée qui souffre de l’absence de son fils et qui puise dans sa foi en Dieu la force pour la supporter. Encore une année ! Douze, c’est peut-être rien dans la vie d’un homme, mais c’est toute une vie dans celle de sa mère.

Saïda AZZOUZ

 

 © Le Soir d'Algérie du 14 juin 2005

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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