“Il
est clair que Mohamed Benchicou a été
châtié pour son livre et ses
écrits, sa condamnation pour les
bons de caisse est un prétexte fallacieux…”
a affirmé, hier, lors d’une conférence
de presse Eric Goldstein, président
de la délégation du Human
Rights Watch qui vient de séjourner
en Algérie.
Séjour
d’une dizaine de jours qui a amené
la délégation à se
rendre dans plusieurs wilayas du pays et
à rencontrer entre autres les associations
des familles victimes du terrorisme, celles
des disparus, le collectif Benchicou pour
les libertés, et un membre de la
famille du journaliste incarcéré
à la prison d’El-Harrach depuis plus
d’un an. Mohamed Benchicou, directeur du
journal Le Matin, que l’organisation des
droits de l’homme qualifie «d’implacable
critique du président Bouteflika»,
purge actuellement une peine de deux ans
de prison ferme pour violation de la réglementation
des changes. “Accusations peu fondées
et politiquement orientées”, estime
Human Rights Watch dont les membres ont
animé hier matin une conférence
de presse à l’hôtel Es Safir
à Alger organisée pour rendre
publics les résultats préliminaires
de la mission effectuée dans notre
pays du 12 au 23 juin. Une première
pour cette organisation américaine
des droits de l’homme dont le dernier séjour
en Algérie remonte à 2002.
Les conférenciers n’ont d’ailleurs
pas manqué de remercier les autorités
locales pour leur avoir permis de rencontrer
les journalistes. La liberté de la
presse et le harcèlement judiciaire
des journalistes algériens à
travers plusieurs cas dont celui de Benchicou,
Benaoum et Hafnaoui Ghoul, ont été
parmi les points abordés avec les
médias lors de ce point de presse.
L’organisation constate que «les journalistes
sont devenus les victimes “privilégiées”
d’un appareil judiciaire de plus en plus
politisé». Invité à
donner une appréciation de la situation
de la presse à travers le cas Benchicou,
Eric Goldstein affirme que «ce cas
est révélateur d’une volonté
de réprimer les journalistes (….)»
Ce qui est «désolant»
pour le conférencier qui n’a pas
manqué de rappeler l’avancée
dans le domaine de la liberté de
la presse prise par l’Algérie dans
les années 90, sur ses voisins immédiats
et les pays du monde arabe. «Le train
recule, et c’est dommage !», commente
Eric Goldstein qui invite les journalistes
à défendre cet acquis. «Il
faut focaliser sur l’expérience que
vous avez en tant que journalistes et la
préserver. » Le recul de la
liberté de la presse dans notre pays
n’est pas le seul constat relevé
dans le rapport préliminaire de cette
organisation des droits de l’homme. «Le
dysfonctionnement » de l’appareil
judiciaire fait dire à Human Rights
Watch que la «justice est en danger
face aux graves abus du passé et
aux défis du présent».
Ainsi l’amnistie pour eux générale
ne doit pas se faire au détriment
de la justice «Nous avons rencontré
à Blida des familles des victimes
du terrorisme, des familles des disparus,
qui s’inquiètent de l’impunité
régnante. Ils ne veulent pas que
les responsables soient blanchis et nous
sommes d’accord avec eux», dira Eric
Goldstein, qui, invité à donner
son sentiment sur l’amnistie, déclare,
tout en mettant l’accent sur «le droit»
à la vérité, que «c’est
aux Algériens de décider,
après un débat libre».
L’état d’urgence et les prérogatives
«excessives des walis» par rapport
«aux textes qui les régissent»,
«le prétexte sécuritaire»
pour justifier «la fin politique »,
les comités de probation et le code
de la famille ont également été
débattus lors de cette rencontre
avec les journalistes.
Saïda
AZZOUZ |
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