"C’est
déjà beau d’être là
un mardi et pas au tribunal de Sidi M’hamed.
Mais, en même temps, là, maintenant,
en ce moment même, des consœurs et
des confrères attendent leur tour
pour être jugés ou attendent
tout simplement un délibéré.
J’ai une pensée pour eux. Et puis
il y a lui. Lui qu’on ramène pratiquement
chaque mardi, encadré par des policiers
et à qui on demande de répondre
de son intelligence.
Tu
en reviendrais presque à espérer
qu’ils ne vont pas le déranger. Qu’il
va pouvoir éviter le calvaire du
fourgon. Mais, en même temps, on a
tellement envie de voir Mohamed, de lui
dire bonjour, même de loin. Alors,
bien sûr, c’est son prix qui me touche
par-dessus tout aujourd’hui. Un prénom,
Mohamed, sur une épaule, un nom,
Benchicou, sur cette autre épaule.
Pas plus, Allah yarham waldikoum, ne rajoutez
pas le deuxième prénom, Boualem,
c’est déjà assez lourd comme
ça !! Je suis très heureux
de recevoir ce prix, justement parce que
c’est son prix à lui. Je suis très
heureux, mais, en même temps, excusez-moi
de ne pas laisser déborder ma joie,
de ne pas danser la gigue écossaise.
Ma joie, ma joie totale, le pied intégral,
permettez-moi de le remettre à un
peu plus tard et d’attendre que Mohamed
sorte de là-bas qu’il puisse me remettre,
au coin d’un gueuleton, ce prix. Là
je serai complètement heureux. Comblé.
Bon, en attendant, je sacrifie tout de même
au rituel du remerciement. Non sans ajouter
ma petite pique. Eh oui ! Vous ne m’auriez
pas décerné ce prix si je
n’avais pas été aussi cela,
un impertinent. Et au chapitre de l’impertinence,
je ne peux pas ne pas associer à
ce prix quelqu’un qui fut un pionnier à
avoir ouvert la brèche de l’impertinence
et de l’insolence par laquelle nous nous
engouffrons aujourd’hui. Je voudrais remercier
Ali Dilem. Il y a quelques mois, le régime
et ses canaux rémunérés
avaient tenté de dresser des bûchers
et avaient appelé à brûler
les journaux qui n’étaient pas dans
la ligne, li machi fel khet. Le 9 avril
au matin, alors que nous étions un
vendredi, qu’il n’y avait pas urgence, que
l’on pouvait attendre le samedi 10, les
vainqueurs avaient exigé la décapitation
des vaincus. Au niveau de la presse, ça
avait pris la forme d’une soudaine et furieuse
envie de débattre d’éthique
et de déontologie. A chaque coin
de rue, il y avait quelqu’un pour vous dire
"voilà maintenant comment faire
votre métier !" A ce pouvoir-là,
donneur de leçons, personnellement,
je n’ai qu’une chose à dire : le
jour où il apprendra à gérer
le pays dans l’intérêt du peuple,
wallah, juré, promis, j’apprendrai
à mieux exercer mon métier
de journaliste. Merci encore une fois! Rendez-vous
à la libération de Mohamed
!!"
Hakim
LAÂLAM
laalamh@yahoo.fr |
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