
Alors que la presse commémorait, hier, une année d'emprisonnement de Benchicou
Dilem, Boughanem et Amarni condamnés...
Le caricaturiste de Liberté Ali Dilem a été condamné à 6 mois de prison ferme, le directeur du Soir d’Algérie Fouad Boughanem à 2 mois et le journaliste Kamel Amarni du même quotidien à 6 mois. De fortes amendes ont été également infligées.
Comme tous les mardis depuis des
mois, des journalistes étaient hier à la barre, au tribunal d’Alger,
pour connaître le verdict d’un procès qui a déjà
eu lieu ou pour être jugés pour “diffamation” ou “outrage au chef
de l’État”.
Ce mardi a donc eu son lot de condamnations : six mois
et deux mois de prison ferme respectivement contre notre confrère Kamel
Amarni du Soir d’Algérie, et Fouad Boughanem, le directeur du journal,
en sus d’une amende de 250 000 dinars contre chacun d’entre eux et une autre
de 2 500 000 dinars contre la publication.
Kamel Amarni et son directeur
étaient poursuivis suite à la publication d’un article, durant
la précampagne de la présidentielle de 2004, où il était
fait état de l’utilisation des moyens de l’État à des fins
électorales par le président de la République qui était
alors candidat à sa propre succession.
De son
côté, Dilem, le caricaturiste de Liberté, a été
condamné à la même peine de prison assortie d’une amende
de 250 000 dinars et d’une autre de 1 000 000 de dinars contre le journal. Le
mis en cause devra, en outre, verser un dinar symbolique à la partie
plaignante. C’est suite à un dessin dans lequel il “mettait en scène”
des généraux que le caricaturiste avait été poursuivi
par le ministère de la Défense nationale. Une condamnation similaire
risque de le frapper ainsi que Liberté, ce 28, date du verdict d’un autre
procès qui a eu lieu hier. Le procureur a requis en effet une peine de
6 mois ferme, toujours assortie d’une amende contre lui, ainsi q’une autre amende
de 250 000 000 dinars contre le journal, “de quoi craindre pour nos salaires”,
comme le disait, hier, un confrère mi-sérieux, mi-ironique. Dans
un autre procès, intenté celui-là par le Haut-Conseil islamique
(HCI) contre le Soir d’Algérie et son journaliste Sofiane Aït Iflis
qui, par ailleurs, est le secrétaire général du Syndicat
des journalistes algériens (SNJ), la partie plaignante a été
déboutée en la forme pour nullité de la procédure.
L’affaire n’a donc pas été jugée quant au fond.
Rencontré
au rassemblement organisé à la Maison de la presse pour exiger
la libération de Mohamed Benchicou qui bouclait hier une année
de prison, Kamel Amarni, détendu à souhait, a déclaré
que “les gouvernants doivent savoir une bonne fois pour toutes que la presse
est un contre-pouvoir et qu’à ce titre, elle a le droit, voire le devoir
de critiquer leur action et la manière dont ils gèrent et conduisent
les affaires de la cité”. Réagissant à la condamnation
que le tribunal venait de prononcer contre lui et son journal, Amarni s’exprimera
ainsi : “Dans un pays où le président traite les journalistes
de terroristes tandis qu’il amnistie les terroristes assassins et violeurs,
comment s’étonner de ce que des journalistes refusant la normalisation
et la “responsabilisation” de la presse soient condamnés à de
la prison ?” Comment, en effet ?
Farouk LAKHMICI
© Liberté du 15 juin 2005
Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie

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