Le
journaliste et directeur du journal Le Matin
boucle en ce 14 juin une année de
détention. Douze mois sur les vingt-quatre
auxquels il a été condamné
il y a un an par le tribunal d’El-Harrach
viennent de s’écouler. Comment le
prisonnier le plus célèbre
de la maison d’arrêt d’El-Harrach
les a-t-il vécus ? La question nous
l’avons posée à son avocat
et ami, Me Abdellah Benarbia, qui, depuis
son incarcération, lui rend visite
presque chaque jour. Il ressort de ce petit
entretien, que l’avocat a bien voulu nous
accorder, que Mohamed Benchicou vit sa détention
avec beaucoup de philosophie.
Le
Soir d’Algérie : Vous
rendez régulièrement visite
à Mohamed Benchicou. De vos différents
entretiens comment pensez-vous qu’il a géré
ses 366 jours de détention, alors
qu’il lui en reste autant à passer
?
Abdellah
Benarbia : Je peux vous assurer que
M. Benchicou dispose actuellement d’un très
bon moral, pour ne pas dire d’un moral d’acier
qui résiste à toutes les épreuves,
à l’exception de ses problèmes
de santé.
L.
S. : Justement, comment arrive-t-il
à vivre et à supporter sa
maladie ?
A.
B. : Il faut savoir qu’avant
son incarcération, il se soignait
pour une arthrose cervicale, pour laquelle
il était suivi par des spécialistes.
Depuis son incarcération, les soins
appropriés ne lui sont plus administrés.
Cela, bien évidemment, se répercute
sur son état de santé. Sa
maladie se détériore et menace
sérieusement de paralysie son bras
droit.
L.
S. : Arrive-t-il à gérer
moralement cette menace ?
A.
B. : Malgré son état
de santé déficient, faisant
un travail sur lui-même et convaincu
de son innocence, il arrive à se
forger une raison qui lui permet de supporter
les privations des libertés.
L.
S. : Et comment vit-il son
éloignement de sa famille ?
A.
B. : Il est évident
que pour tout détenu, l’absence de
la famille pèse lourdement sur ses
responsabilités familiales. Il lui
arrive de les voir lors des visites à
la prison, mais sans pour autant leur manifester
un quelconque signe de découragement.
L.
S. : Et vis-à-vis de
son métier ? Le fait de ne pas écrire
ne lui manque-t-il pas ?
A.
B. : Vous
êtes de la presse, vous êtes
journalistes, vous connaissez bien Mohamed
Benchicou, il ne sait rien faire d’autre
que d’être un journaliste talentueux
et parfois polémiste. On en parle
parfois, il avoue avoir travaillé
sans haine, sans mépris à
l’égard de quiconque. Son seul souci
c’était de mettre son quotidien au
service du citoyen et de la société.
L.
S. : Quand il n’est pas au
tribunal que fait-il de ses journées
et comment vit-il quotidiennement son incarcération
?
A.
B. : De par sa personnalité,
Mohamed Benchicou, pour nous, «ami
Mohamed» pour ses codétenus,
jouit de l’estime de tout le monde y compris
les prisonniers. Cette entente entre co-prévenus
et le respect qu’il a lui-même du
règlement intérieur de la
prison font que sa détention se trouve
quelque peu acceptable. J’avoue que la situation
était très difficile pour
lui les tout premiers jours de son incarcération.
Depuis, il s’est fait une raison et subit
sa peine avec une certaine philosophie.
Sinon, il passe énormément
de temps dans la bibliothèque de
la prison, la lecture lui permet aussi de
tenir le coup.
L.
S. : A-t-il une idée
sur la mobilisation que suscite son incarcération
et les actions entreprises pour sa libération
? Quel commentaire en fait-il ?
A.
B. : A
travers ses avocats, sa famille, la presse
quand il arrive à en avoir, il est
au courant de la tournure qu’a pris sa situation
pour être éminemment politique.
Pour le reste, il ne fait aucun commentaire,
il a purgé la moitié de sa
peine et dans douze mois il sera libre…
L.
S. : Pour reprendre son travail
de journaliste ?
A.
B. : Comme je vous l’ai dit,
à part écrire Mohamed Benchicou
ne sait rien faire d’autre, ceci par conviction
politique et en conformité avec son
statut personnel.
Saïda
AZZOUZ |