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Le regard de Mohamed Benchicou

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Liberté de la presse en Algérie


«[...] Faut-il renoncer à informer, à dire et écrire librement ? Non. Aujourd'hui plus que jamais, non ! Cette flamme qui nous a fait, hier à l'heure de la lame assassine, relever les défis et donner la force de croire et de continuer, nous anime toujours. Elle peut vaciller, jamais s'éteindre. J'en suis convaincu. J'ai raison de croire, comme vous avez raison de croire et de continuer: la presse algérienne sera libre ou ne le sera pas...»

Mohamed Benchicou

Le secret de 2006

Mohamed Benchicou, intellectuel et brillant journaliste  algérienDe cette année qui s’en va — trop vite —, faut-il vraiment ne retenir que le temps perdu, un de plus, comme nous y invitent ces voix fatiguées, essoufflées et désespérées par les attentes déçues ? Peut-être pas. Je serais tenté, pour ma part, et au risque de briser le cercle du désenchantement national, de dire que 2006, à défaut d’être une bonne année, aura quand même profitablement taquiné le scepticisme algérien.

Elle fut, à la surprise générale, une année prometteuse. Et j’ajouterais, quitte à passer pour l’oracle du délire, que 2007 pourrait, à son tour, nous réserver quelques bonnes et agréables surprises. C’est que nous bouclons 2006 sans avoir subi les deux grandes défaites annoncées par 2005 : le retour triomphal de l’intégrisme, comme le souhaitaient les architectes de la “Charte pour la paix” ; l’abdication de ce qui nous restait des libertés d’Octobre 88, en dépit de la formidable répression exercée par le régime. Ce n’est pas peu. L’Algérie sort de 2006 sans avoir capitulé devant les assauts politico-militaires des islamistes encouragés par la politique pétainiste de Bouteflika et sans avoir renoncé à sa presse libre, à ses syndicats autonomes, à ses mouvements citoyens. C'est-à-dire qu’elle garde, envers et contre tout, son espoir démocratique et son droit de dire et de revendiquer. Oh, bien sûr, Belkhadem et Soltani restent dans le pouvoir, les journaux indépendants ne sont plus ce qu’ils étaient, les syndicalistes restent harcelés et l’opposition est tenue en laisse. Mais pensez d’où nous venons ! Pensez qu’il y a quatre mois à peine, Rabah Kébir et Madani Mezrag dictaient, en direct, leurs conditions à la République. Songeons qu’en été, à peine en été, il était question d’un retour revanchard d’Anouar Haddam et des parrains du FIS sur ce sol qui porte encore leurs chaudes cicatrices, pour y régner, pour y assouvir de sordides vengeances contre une résistance trahie. Réalisez que tout a été mobilisé pour imposer le silence : depuis janvier, plus de 500 citoyens manifestants ont été emprisonnés, plus de 100 syndicalistes et 27 journalistes ont été condamnés à de la prison ferme, 6 journalistes ont été incarcérés, des opposants ont été assassinés et d’autres terrorisés. Une vraie guerre d’éradication des contre-pouvoirs décidée par un pouvoir hégémonique et totalitaire. Comment avons-nous survécu à cette offensive menée contre la mémoire et contre les dignités ? C’est le secret de 2006 : les Algériens ne veulent plus être asservis aux religions du mensonge, aux connivences coupables et aux hégémonismes. Ils revendiquent l’autonomie de pensée et savent qu’elle leur coûtera des années de combat. Ils semblent, en 2006, avoir retrouvé confiance en eux-mêmes et commencent à le dire. Quelle révolution ! Oui, parce qu’elle est la première année de rupture avec le traumatisme du 8 avril 2004, parce qu’elle nous a montré quelques filons d’un bonheur devenu moins improbable, parce qu’on y a signé la paix avec nous-mêmes, pour toutes ses raisons magnifiques et quelques autres qu’on a oubliées, 2006 mérite qu’on la regrette. 

L’erreur de Saïd Sadi 
L’année qui s’annonce devrait donc confirmer ce début de résurrection de l’orgueil national. L’enjeu est de taille : dessiner une voie démocratique et autonome qui consacrerait, à la fois, la faillite du totalitarisme et de l’islamisme. Nous nous y acheminons, quoi qu’en pensent les esprits chagrins. 2007 se pose déjà comme une période probatoire à l’autonomie de la société. Oui mais, répliquera-ton, comment organiser ce mouvement social, comment l’encadrer en l’absence de partis démocratiques crédibles ? Vieux débat qui, à mon sens est déjà tranché dans les faits : la société trouvera par elle-même ses cadres d’organisation, en dehors des formations politiques disqualifiées pour leurs connivences politiciennes et que les gens ont fini par assimiler, avec raison parfois, aux cercles opaques du régime. Il faudra aux partis, surtout ceux du camp démocrate, reconquérir la confiance des citoyens par un surcroît d’écoute et un accompagnement sincère, à défaut d’être désintéressé, du mouvement social. C'est-à-dire qu’il leur faudra partager avec les gens une foi absolue : la patience. Or, on en semble encore loin si on en croit les propos de Saïd Sadi. Dans El Watan du 20 décembre, le chef du RCD, après s’être livré à une brillante analyse sur le “pouvoir comateux” et insisté sur la vigilance envers sa capacité corruptrice et les “appels et les tentations du pouvoir”, s’abandonne à l’illusion électorale et annonce que son parti sera au rendez- vous des législatives de 2007. C'est-à-dire qu’il accepte, contre son propre discours, de participer à une mascarade du pouvoir dont il sait qu’elle sera boudée par les électeurs, dont il n’ignore pas qu’elle servira d’alibi démocratique pour le régime et, surtout, dont il sait qu’elle sera truquée. Mais cela ne l’empêche pas de nourrir des doutes chimériques : “Le risque de fraude est toujours possible”, soutient-il. Mais quand a-t-il cessé de l’être, docteur ? L’erreur, en 2007, sera fatale : plutôt que d’accompagner un mouvement social dans sa quête d’autonomie, un parti républicain prend le risque de s’en séparer encore davantage. Comme les pneus rechapés, les illusions recyclées ne tiennent pas forcément la route. C’est la grande leçon de 2007. 

Mohamed BENCHICOU

 

 © Le Soir d'Algérie du 28 décembre 2006

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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