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Le regard de Mohamed Benchicou

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Liberté de la presse en Algérie


«[...] Faut-il renoncer à informer, à dire et écrire librement ? Non. Aujourd'hui plus que jamais, non ! Cette flamme qui nous a fait, hier à l'heure de la lame assassine, relever les défis et donner la force de croire et de continuer, nous anime toujours. Elle peut vaciller, jamais s'éteindre. J'en suis convaincu. J'ai raison de croire, comme vous avez raison de croire et de continuer: la presse algérienne sera libre ou ne le sera pas...»

Mohamed Benchicou

Nos Kabyles et leurs Kurdes

Mohamed Benchicou, intellectuel et brillant journaliste  algérienLe premier cadeau de 2007 est une splendide extravagance : l’image d’un dictateur pendu qui arrache des larmes aux masses arabes ! Une année qui commence par une pareille bizarrerie ne peut pas être tout à fait mauvaise. C’est vrai que Dieu entend plus facilement un sanglot qu’un appel, si on en croit saint Augustin, mais l’Histoire devrait quand même nous inviter à plus de retenue.

On n’offre pas une gloire posthume à un despote sous prétexte qu’il a été exécuté dans des conditions humiliantes et par des Américains arrogants qui, il est vrai, ne sont pas des modèles d’équité et de probité. Bridons nos émotions. Le monde arabe a suffisamment de nobles causes en quête de héros pour qu’on érige une stèle d’honneur à la mémoire d’un des tyrans qui ont bâti le déshonneur et l’impuissance arabes. Ne pas danser autour du totem est une chose, gémir sur le cadavre d’un dictateur en est une autre. Sans ces autocrates sanguinaires qui ont étouffé leurs propres sociétés, le monde arabe n’en serait pas, cinq siècles après la chute de Grenade, à pleurer aujourd’hui sur son impotence et, ironie de l’Histoire, à regarder des yankees pendre leurs leaders comme dans un mauvais western. Or, précisément, pour nous Algériens, plutôt que de nous émouvoir sur la fin peu prestigieuse du dictateur, il convient peut-être de méditer cette providentielle morale de l’Histoire : le crime contre l’humanité rattrape presque toujours ses auteurs. Officiellement, Saddam Hussein a été condamné pour le massacre de 148 villageois chiites durant les années 1980. Autrement dit, selon les nouvelles normes internationales, rappelées insidieusement par la justice irakoaméricaine, l’assassinat collectif commis par un gouvernant dans l’exercice de ses fonctions conduit, inexorablement, même vingt ans après, au mieux à la prison, au pire à la potence. Mais alors, dans l’échelle des délits, tuer 148 villageois kurdes est-il forcément moins pardonnable que tuer 126 manifestants kabyles ? Nos cadavres kabyles valent-ils leurs dépouilles kurdes ? J’arrête ici les indignations cocardières : je ne suggère pas, par ce parallèle, qu’il faut penser à dresser la potence à Bouteflika ou à Zerhouni et je ne fais pas de la justice américaine le parangon de l’équité mondiale. Je pose juste une question qui sera, tôt ou tard, posée devant l’opinion internationale et que, dans son infinie suffisance, le régime algérien croit dissoute dans la mare boueuse des connivences politiciennes. Quand donc réaliserez- vous, messieurs, que le sang versé pour la démocratie et la liberté, dans ce pays, est indélébile ? Car enfin, si la mémoire a rattrapé Saddam Hussein pour un massacre mené en représailles à un attentat manqué contre un convoi présidentiel, que dire d’une tuerie conduite sadiquement contre des citoyens kabyles revendiquant juste la vérité ? L’illusion de l’oubli est tentante. Elle est tellement forte chez nos souverains, qu’ils en viennent, par un exercice effréné de la mégalomanie et de la paranoïa politique, jusqu’à prétendre se classer parmi les personnalités honorables de la planète et à même postuler pour le Nobel de la paix ! La mascarade nationale a même pris une tournure grotesque avec le lancement d’un récent appel soutenant la candidature de Bouteflika au Nobel et signé par des figures du monde de la culture et des affaires qui se sont tristement prêtées à la loufoquerie. Les courtisans qui, pour reprendre Camus, ne savent placer que leurs fauteuils – ou leurs portefeuilles – dans le sens de l’Histoire, Saddam n’en manquait pas. Ils n’ont rien pu faire contre la déchéance du despote. Curieusement, il semble que cette morale de l’Histoire n’ait pas tout à fait échappé au pouvoir algérien. Commentant la pendaison de Saddam Hussein, le gouvernement Belkhadem, dans une déclaration très peu médiatisée, plaide pour une certaine impunité des gouvernants pour les abus commis durant l’exercice de leur pouvoir, niant aux hommes la compétence à juger les souverains. Après avoir, en effet, regretté que l’ancien président irakien ait fait l’objet d’un «jugement des hommes» et exécuté «suite à une condamnation à mort pour des actes relevant de ses activités à la tête de l’Etat irakien», le pouvoir algérien estime que «l’évaluation de sa vie appartient au jugement de Dieu». God save the king !

Mohamed BENCHICOU

 

 © Le Soir d'Algérie du 04 janvier 2007

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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