Le
harcèlement judiciaire et administratif
ciblant aussi bien des journalistes, des
syndicalistes, des militants des droits
humains, les atteintes aux droits fondamentaux,
les entraves à l’exercice syndical,
politique, associatif se multiplient de
manière inquiétante.
A
l’horizon, rien de rassurant. Les lourdes
peines prononcées avant-hier contre
des journalistes d’El Watan, (et quatre
jours avant contre un correspondant du journal
Echourouk), donnent un avant-goût
amer de ce que seront probablement les douze
prochains mois. A un an de la présidentielle,
la machine répressive des libertés
publiques et syndicales, du droit à
l’expression libre passe à une vitesse
vertigineuse. Le rouleau compresseur est
de nouveau actionné pour les besoins
d’une « pacification »
menée depuis des mois au pas de charge
de toute la société. Mais
en la matière, rien n’est vraiment
nouveau. Le harcèlement judiciaire
et administratif ciblant aussi bien des
journalistes, des syndicalistes, des animateurs
de la société civile, des
militants des droits humains, les atteintes
aux droits fondamentaux, les entraves à
l’exercice syndical, politique, associatif,
se multiplient de manière inquiétante.
Foulant aux pieds aussi bien ses propres
lois que les lois internationales, le gouvernement
algérien n’a eu de cesse de s’adonner
à son exercice favori : museler
la presse indépendante, verrouiller
les médias audiovisuels, restreindre
l’activité et le nombre des partis
politiques, laminer les syndicats autonomes.
Un cauchemar national, vécu au quotidien
par des millions d’Algériens. Les
différents rapports des ONG internationales
pour 2007, toutes tirent sans hésiter
la sonnette d’alarme. Freedom Housse dresse
un tableau noir de la situation dans le
pays. « Bien que l’Algérie
ait enregistré des progrès
économiques au cours des deux dernières
années, les dirigeants de l’Algérie
restent fondamentalement anti-démocratiques »,
note le rapport de l’ONG américaine.
A l’incurie politique s’ajoute l’incurie
économique. Transparency International
signifie dans son récent rapport
la « persistance du haut niveau
de corruption au sein des institutions de
l’Etat ». L’Algérie perd
15 places au classement mondial par rapport
à 2006. Sur 173 pays, l’Algérie
est classée 99e. En matière
de liberté d’expression Reporters
Sans Frontières n’est pas plus amène
avec le gouvernement algérien. RSF
fait remarquer dans son rapport que même
si les poursuites judiciaires et les violences
n’ont pas atteint les niveaux connus précédemment,
la liberté de la presse n’est pas
pour autant respectée.« L’absence
du pluralisme dans le secteur de l’audiovisuel
et les pressions indirectes subies par les
professionnels des médias sont là
pour le confirmer », écrit-on.
L’ONG note également que la « dizaine
de journalistes déférés
devant la justice en 2007 ont eu affaire
à des juges qui n’ont pas démontré
leur indépendance vis-à-vis
du pouvoir. La Confédération
syndicale internationale a dénoncé
pour sa part les « restrictions
aux libertés syndicales »
et les « persécutions »
dirigées contre les syndicalistes.
« Une mission de l’Internationale
des services publics (ISP) en visite en
Algérie en novembre 2006 a mis en
lumière des preuves de représailles
administratives et légales continues
et constantes à l’encontre de dirigeants
et membres de syndicats », souligne
le rapport de la CSI. Dans une lettre ouverte
au président de la République
(janvier 2007), l’ISP dénonce sans
ambages le « non-respect par
l’Algérie de Convention 87 sur la
liberté syndicale et la protection
du droit syndical ratifiée par l’Algérie
en 1962 ». « On se
doit de constater que les cas de harcèlement
des travailleurs et travailleuses de votre
pays témoignent de l’incapacité
de votre gouvernement à faire respecter
les droits fondamentaux au travail auxquels
vous avez pourtant adhéré »,
souligne l’ISP. Le premier rapport du Comité
national pour les libertés syndicales
est aussi virulent à l’égard
du gouvernement qu’il accuse d’entraves,
de persécutions et de harcèlement
judiciaire. Les suites des derniers mouvements
de grève dans la Fonction publique
ont confirmé le reproche. Les dirigeants
de l’intersyndicale, de la coordination
des syndicats autonomes, les travailleurs
affiliés à ces organismes
ont eu à éprouver, suite aux
grèves cycliques de février
dernier, les menaces, les intimidations
et les représailles de ce même
gouvernement. Ponctions sur salaires, suspensions,
menaces de licenciement, poursuites en justice,
un véritable bouquet répressif,
digne des temps des régimes staliniens.
Aziri
M. |
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