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Le monde de la presse en Algérie

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Liberté de la presse en Algérie


 

Conférence de presse de Zoubir Souissi

"Il n'y a pas de meilleur combat que celui que nous menons pour la liberté d'expression"

A sa sortie du centre culturel de Bouzeguène où il avait animé dans la matinée de jeudi dernier une conférence-débats sur le thème de la liberté d’expression à l’invitation de l’association Igelfan, l’auteur journaliste Zoubir Souissi lâchait à propos d’une réflexion sur tout ce qu’il incarne pour la corporation : “Si je venais à mourir, je demanderais à mes enfants d’écrire tout simplement, en guise d’épitaphe sur ma pierre tombale, Zoubir Souissi, journaliste.”

On comprend dès lors l’attachement de l’homme pour le métier de journaliste et la satisfaction manifestée quant au thème de la communication. Les personnes qui ont osé braver le froid sibérien qui régnait dans la localité en ont eu pour leur audace tant la conférence, qui s’est déroulée en présence de Malika Hamidchi, responsable du projet d’aide aux associations, auprès du Comité international pour le développement des peuples (CISP), une ONG italienne, a cerné toute la question du vaste débat sur la liberté d’expression dans notre pays avec ses corollaires la liberté de la presse, l’indépendance et le pluralisme des médias ainsi que les atteintes à la liberté. “Face au système qui a toujours le dernier mot”, le conférencier est arrivé à la conclusion que si nous devions faire aujourd’hui un bilan succinct de la situation de la liberté de la presse en Algérie, “un des actes de combat de toute une vie”, nous avons atteint de très bons résultats. Même si plus loin, il fait, sans fatalisme aucun, un constat amer estimant que “nous sommes aujourd’hui, hélas, retournés à la case départ”. Le conférencier a cependant l’intime conviction que cela n’altérera en rien la volonté des guerriers de la plume d’aller de l’avant dans la conquête de la liberté d’écrire : “Tant que nous existons, nous continuerons à nous battre”, dira en substance l’orateur qui trouve qu’il n’y a pas de meilleur combat que celui que les journalistes mènent pour la liberté d’expression et les libertés démocratiques. Un combat loin d’être fini pour la corporation “qui fait face à un système qui ne s’accommode pas de la liberté de parole”. Il était dès lors aisé pour un journaliste de la trempe de Zoubir Souissi qui a embrassé cette exaltante carrière dès 1966, de parler des étapes traversées par la presse. De l’ère du parti unique où il n’était pas question de parler dans un pays qui fonctionnait alors à la manière des pays de l’EST, où les journalistes algériens faisaient de la périphrase leur exercice favori pour écrire entre les lignes, à celle euphorique de l’après-évènements d’octobre 1988 à la faveur des réformes, dont celles médiatiques, engagées par Hamrouche avec cet espoir que le système allait s’ouvrir sur les libertés et l’exercice politique. Ce qui avait permis la naissance d’organes de presse, Le Soir d’Algérie étant le premier titre à voir le jour le 3 septembre 1990 “en réponse à l’attente et au répondant des lecteurs avides d’un nouveau langage face à la langue de bois”. A l’époque, souligne l’hôte de Bouzeguène, il n’y avait même pas de ministère de l’Information et l’Etat n’intervenait plus dans le fonctionnement de la presse privée. La liberté de la presse écrite n’était alors, d’après l’orateur que la première étape en attendant celle de l’audiovisuel. Des réformes qui seront malheureusement bloquées net après le recentrage du gouvernement et la création du ministère de l’Information sous Ghozali “car le pouvoir avait compris tout le danger qu’il avait à ouvrir le champ médiatique”. “C’en était donc fini de l’extraordinaire liberté de ton”, regrette l’orateur qui avoue tout de même que la presse algérienne était devenue la presse de référence pour l’Afrique et le monde arabe même s’il estime que cela ne conduit pas à pavoiser dès lors qu’il faut plutôt voir en haut qu’en bas. Mai 1991 restera cependant à jamais gravé dans la mémoire de l’orateur qui évoque la rencontre de Windhoek (Namibie) où son confrère Belhouchet et lui-même furent les invités d’honneur d’une rencontre d’où se décida l’organisation de la fameuse journée mondiale de la presse. Occasion pour les deux journalistes “de constater l’état calamiteux dans lequel se trouvait la presse africaine puisque certains journaux subissaient une censure de l’ordre de 60% de leur contenu”. Mais, se désole le conférencier, “on ne savait pas que la règle quasi immuable de tous les régimes du monde qui ne peuvent pas s’accommoder d’une presse trop libre, allait s’appliquer sur nos organes”. C’était l’étape qu’allait suivre une autre autrement plus difficile pour la presse algérienne “prise en tenaille entre l’Etat qui voulait la mettre en laisse en prétextant l’état d’urgence pour légitimer les atteintes aux libertés de la presse et le terrorisme islamiste qui attentait à la vie des journalistes”, étape qui a révélé “des gens qui ont fait la fierté de l’Algérie grâce à leur sacrifice dans l’exercice de leur profession journalistique”. Mais les journalistes ne seront pas au bout de leur peine “avec le pouvoir actuel qui a fini par mettre des journalistes en prison et pour des motifs fallacieux”, note le conférencier qui revient “sur la mésaventure de Mohamed Benchicou, sacrifié pour l’exemple et qui a purgé deux années de prison pour ses idées et parce que le journal qu’il dirigeait était considéré comme une véritable arme de guerre par le pouvoir”. Malgré toutes ces vicissitudes, et même si le découragement gagne la presse, la corporation, n’a selon le conférencier d’autre alternative que de poursuivre le combat “parce que nous savons que nous avons raison et que nos lecteurs sont avec nous, parce que nous nous battons pour la vérité, le droit et la justice”. L’auteur journaliste, a eu l’occasion de faire référence durant les riches débats, à son ouvrage La tête des orphelinsqui livre une analyse sans équivoque d’une tranche de vie de l’Algérie de l’indépendance à octobre 88, livre dont il a procédé à la vente-dédicacée à l’issue de la conférence. L’ouvrage qui fait l’objet d’une traduction en arabe pour toucher le maximum de monde, ira enrichir les rayonnages de la bibliothèque municipale locale qui vient de recevoir deux dotations, la dernière en date étant celle d’un émigré, Hanniche Med Saïd. Une occasion pour l’auteur de parler aussi de la situation du livre en Algérie où, “conséquence des dommages collatéraux de la décennie noire”, même un best-seller ne peut dépasser un tirage de 5 000 exemplaires, selon le conférencier qui, en réponse aux questions des présents sur l’absence de subventions étatiques et devant les errements du système, l’alternative pourrait être dans le soutien des ONG, mais cette option passerait pour un acte de trahison. Aux intervenants qui trouvent que le quotidien Le Soir d’Algérie est actuellement le seul sur qui reposent les espoirs des Algériens de par sa ligne libre, Zoubir Souissi révélera que la liberté toute relative qu’a ce quotidien “qui est dans le collimateur du pouvoir”, il la paye très cher de par les harcèlements qu’il subit au quotidien “on est obligés non seulement de payer les impôts présents, mais aussi dans l’intervalle les impôts à venir”, avouant qu’il lui est arrivé d’être personnellement convoqué par trois juges différents dans la même journée. Mais l’ouverture ayant été faite, il appartient aux journaux d’avoir leurs propres imprimeries pour éviter les exactions subies devant les imprimeries officielles où les journaux payent les contrecoups, les coûts et les surcoûts de la mauvaise gestion, car il n’y a pas d’autre alternative pour profiter de cette brèche. Après cela, le conférencier, pressé de questions par des militants de partis politiques, a eu à répondre à plusieurs questionnements. Sur la problématique de la régionalisation et de l’autonomie qui, il dira “je suis un militant de la décentralisation et même éventuellement de l’autonomie qui, elle ne traduit pas l’avis de la majorité”, estimant qu’il n’y a que les gens qui vivent dans une région qui connaissent réellement les problèmes de leur région, faisant référence à l’Allemagne, son modèle de société. Concernant le problème de remboursement de la dette, il estime que, du moment où l’économie ne marche pas, il serait plus judicieux de rembourser la dette. Cela permettra, selon lui d’éviter de payer la lourde facture du service de la dette.

Salem HAMMOUM

 

© Le Soir d'Algérie du 16 décembre 2006

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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