Demain,
14 juin 2007, les Algériens attachés
à la démocratie et à
la liberté commémorent le
sixième anniversaire de la mort dans
l’exercice de leur travail de deux journalistes,
tués dans des circonstances tragiques,
lors de l’historique marche noire organisée
à Alger par le mouvement citoyen
des arouch. La disparition des deux jeunes
journalistes, Fadhéla Nedjma et Adel
Zerrouk, dans des conditions de répression
a encore une fois rappelé, en plus
du courage d’accomplir le devoir d’informer
et de rendre compte objectivement des faits,
la situation politique et sociale difficile
dans laquelle évoluent les travailleurs
algériens des médias et les
risques encourus dans l’accomplissement
de leurs tâches ordinaires.
Le
14 juin est aussi la date de l’incarcération
et de la libération, il y a un an,
de Mohamed Benchicou, journaliste, directeur
du journal Le Matin après deux années
d’emprisonnement pour délit d’opinion
durant lesquelles la société
civile, à sa tête le Comité
Benchicou pour les libertés créé
en réaction à sa détention,
n’a pas cessé de démontrer
le caractère injuste et arbitraire
de son incarcération et de réclamer
sa remise en liberté. C’est pour
ces raisons que le Comité Benchicou
pour les libertés a décidé
de faire du 14 juin une journée dédiée
à la liberté d’expression
et la liberté de la presse et institué
un prix national et international en hommage
aux luttes et sacrifices des professionnels
des mass media pour l’exercice libre et
indépendant de leur profession, en
récompensant chaque année
des journalistes et écrivains qui
se distinguent par un esprit de liberté
et de courage. Pour sa troisième
édition consécutive, le prix
Benchicou de la plume libre de l’année
2007 a été décerné
conjointement, et à titre posthume,
au journaliste Abdelhak Beliardouh, correspondant
d’ El-Watan à Tébessa qui
a payé de sa vie l’audace d’écrire
sur la mafia locale et au journaliste- écrivain
syrien Michel Kilo emprisonné par
la justice syrienne depuis le 14 mai 2006
et condamné à 3 ans de prison
pour “critique et affaiblissement de l’Etat”.
Abdelhaï Beliardouh, décédé
dans la nuit du 19 au 20 novembre 2002,
a été poussé au suicide
par les potentats de la ville qui l’ont
agressé, torturé et humilié
suite à la parution, dans l’édition
du 20 juillet d’ El Watan, d’un article
intitulé “Arrestation du président
de la chambre”. Abdelhaï Beliardouh
écrivait notamment que Saâd
Garboussi, président de la Chambre
de commerce et d’industrie des Nememchas
(wilayas de Tébessa et de Souk-Ahras)
“aurait été cité par
un repenti comme étant un pourvoyeur
de fonds pour le terrorisme” et “aurait
participé au blanchiment des fonds
du GIA, fruits du crime et du racket qui
ont endeuillé les régions
de Médéa et de Jijel”. Après
cet article, le journaliste avait alors
été roué de coups devant
sa famille par Saâd Garboussi et ses
nervis avant d’être traîné,
par le col de sa chemise, dans les rues
de la ville et ce, jusqu’à la place
publique du 1er- Novembre. Il avait alors
été de nouveau violenté
et insulté publiquement. Humilié,
Abdelhaï Beliardouh, dans un état
de grande tension, avait alors avalé,
à Tébessa, de l’acide pur.
Il avait été rapidement hospitalisé
à l’hôpital Mustapha, à
Alger. Mais c’était trop tard : l’acide
avait provoqué de graves lésions
internes, notamment à l’œsophage
et à l’estomac. Détenu depuis
un an, Michel Kilo, connu pour ses prises
de position en faveur des réformes
démocratiques dans son pays la Syrie,
a été condamné à
trois ans de prison. Il avait été
arrêté le 14 mai 2006 après
avoir signé une déclaration
appelant à une réforme radicale
des relations libano-syriennes. Accusé
de “provoquer des dissensions confessionnelles
et raciales”, de publier des “informations
mensongères et exagérées
qui ont pour but de porter atteinte au prestige
de l’Etat” et de “diffamation à l’encontre
du chef de l’Etat et des tribunaux” Michel
Kilo est aujourd’hui enfermé dans
les geôles syriennes. Il est directeur
de Hourriyat, un centre de défense
de la presse et de la liberté d’expression,
créé à Damas en 2005
et correspondant de plusieurs journaux arabophones.
A cette occasion de la commémoration
de cette journée, le Comité
Benchicou pour les libertés tient
à réaffirmer ses craintes
devant les velléités avérées
du régime, tendant à encadrer
la liberté d’expression et à
étouffer la presse. La poursuite
des procès intentés aux journalistes
et ce, malgré des signaux factices
d’apaisement, atteste, s’il en est, de la
volonté des pouvoirs publics à
faire taire à terme toute voix libre
dans la presse et au-delà dans la
société, faisant, ainsi, reléguer
l’Algérie au rang des pays les plus
fermés de la planète. Devant
ces menaces réelles contre la liberté
d’expression et la liberté de presse,
le Comité Benchicou pour les libertés
appelle les organisations de la société
civile, les partis politiques, les journalistes,
les syndicalistes, les hommes de culture,
les universitaires, les travailleurs, les
étudiants et les chômeurs à
la cérémonie de la remise
des prix des lauréats qui aura lieu
le samedi 16 juin 2007 à la maison
de la presse Tahar-Djaout.
Le
programme de la journée :
A 11h00: rassemblement
à la maison de la presse Tahar-Djaout
(place du 1er-Mai)
Recueillement
et dépôt de gerbe de fleurs
devant l’Etusa (rue Hassiba- Ben-Bouali)
en souvenir de Fadéla et Adel
Remise
des trophées, prise de parole
et collation.
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