La
défense assurée par Me Bourayou
estime qu’avec cette nouvelle condamnation,
“c’est le cycle de répression de
la presse qui continue”, considérant,
au passage, que cette manière de
faire “est totalement improductive pour
le droit”.
Farid
Alilat, ex-directeur de la publication de
Liberté, et Ali Dilem, caricaturiste
du journal, ont été condamnés
hier par le tribunal de Sidi M’hamed d’Alger
à une peine de six mois de prison
ferme et 250 000 DA d’amende pour offense
au président de la République.
Le journal doit également payer 1,5
million de dinars au titre des dommages
et intérêts. L’affaire remonte
au mois de septembre 2003 avec la parution
d’une caricature qui avait été
jugée par le ministère public
de blessante à l’égard de
la personne du premier magistrat du pays.
Le
ministère public s’est donc saisi
de l’affaire en déposant une plainte
contre le journal. Le procès concernant
ce dossier a eu lieu le 14 juin dernier.
La défense du journal, assurée
par Me Khaled Bourayou, a décidé
de faire appel de ce jugement. Me Bourayou
estime qu’avec cette nouvelle condamnation,
“c’est le cycle de répression de
la presse qui continue”, considérant
au passage que cette manière de faire
“est totalement improductive pour le droit”.
Il ne manque pas de s’élever une
nouvelle fois contre la condamnation de
journalistes à la prison. “Il n’y
a que les journalistes qu’on condamne dans
ce pays”, relève-t-il.
À
rappeler que l’ex-directeur de Liberté,
Farid Alilat, a déjà écopé
d’une peine par défaut d’une année
de prison ferme et de 100 000 DA d’amende
le 24 mai dernier par le même tribunal.
Les charges retenues contre lui concernaient,
notamment l’offense au chef de l’État.
Ali Dilem, caricaturiste, lui, également
entendu dans cette affaire, n’a été
condamné à verser qu’une amende
de 50 000 DA. Lors du procès qui
s’était déroulé deux
semaines auparavant, le procureur de la
République avait, pourtant, requis
une peine de 12 mois de prison ferme et
50 000 DA d’amende à l’encontre du
caricaturiste, et Farid Alilat, pour offense
à la personne du président
de la République. En rendant sa décision,
le tribunal a épargné Dilem
de la prison, contrairement à l’ex-directeur
du journal qui a eu droit à une condamnation
à la prison ferme. Salima Tlemçani,
journaliste à El Watan, a été
elle aussi condamnée par la même
instance à deux mois de prison avec
sursis et à 50 000 DA d’amende dans
l’affaire l’opposant à la DGSN, et
dont le procès a eu lieu la semaine
dernière. Le tribunal a, au cours
de la même séance, arrêté
les poursuites engagées contre la
journaliste par l’ancien directeur de la
Compagnie algérienne de banque (CAB).
Le tribunal a également rendu sa
décision dans l’affaire en diffamation
opposant Mohamed Bedjaoui, l’actuel ministre
des Affaires étrangères, à
Mohamed Benchicou, ancien directeur de la
publication du journal Le Matin. Malgré
le désistement de la partie plaignante,
le tribunal a condamné ce dernier
à une amende de 2 000 DA. Dans
une déclaration, Me Bourayou, estime
que “la presse indépendante n’a pas
fini de manger son mardi noir, le cycle
de répression continue inexorablement.
Il suffit d’être journaliste pour
être condamné”.
Pour
l’avocat de la défense, à
travers ce harcèlement incessant,
il s’agit “de tuer la caricature, d’assassiner
le mot et de bâillonner le verbe,
et à ce rythme, ajoute-t-il, la liberté
d’expression sera réduite à
sa simple expression”. Khaled Bourayou rappelle
enfin qu’“un journaliste est en prison,
les autres jouissent d’une liberté
provisoire”.
Hamid
SAÏDANI |
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