Un rapport
de l’université américaine
du Maryland vient d’établir que l’Algérie
figure à la 106e place dans le monde
en matière de recul des libertés,
et tout dernièrement quatre ONG,
Amnesty International, Human Rights Watch,
le Centre international pour la justice
transnationale et la Fédération
internationale des droits de l’homme, ont
dénoncé « l’impunité
et le musellement des opinions »
dans la mise en œuvre de la charte pour
la réconciliation.
Elles ont appelé
le gouvernement algérien « à
ne pas se soustraire à ses obligations
internationales en adoptant à l’échelon
national des lois contraires à ses
obligations, que ces lois résultent
d’un vote au Parlement ou d’un référendum ».
Avant elles, une autre ONG, Transparency
International, avait mis le doigt sur l’ampleur
de la corruption en Algérie et le
peu de volonté des autorités
pour en finir avec ce fléau grandissant.
La FIEJ et Reporters sans frontières
n’ont de cesse appelé à la
cessation du harcèlement politico-judiciaire
de la presse indépendante qui revêt
des proportions alarmantes. La liberté
est toujours refusée à Mohamed
Benchicou alors qu’elle est accordée
à des milliers de terroristes, y
compris des condamnés à mort
et de grands commanditaires politiques.
Les places libérées par ces
derniers dans les geôles pourraient
bien être réservées
aux journalistes. Régulièrement,
des ONG et de grands organismes internationaux
se prononcent sur l’actualité algérienne
dans l’espoir de susciter un écho
favorable du côté des officiels.
Peine perdue, c’est un silence méprisant
qui leur est opposé, le même
que rencontrent les rares associations et
syndicats nationaux qui se battent encore.
Certes, la capacité de mobilisation
des opinions publiques, notamment dans les
pays développés, est énorme.
Mais la marge de manœuvre des ONG à
l’égard de ce qui se passe en Algérie
est devenue étroite depuis que le
pays est devenu « attractif »
en ouvrant largement son domaine pétrolier
aux trusts énergétiques internationaux
et en mettant à la disposition du
commerce international son marché
intérieur et son matelas en devises.
En outre, l’implication algérienne
dans la lutte internationale contre le terrorisme
a séduit les gouvernements européens
et américain. Au demeurant, ces derniers
ont pris l’habitude - historique - de composer
avec les régimes antidémocratiques
dès lors qu’ils ne se mettent pas
grossièrement en dehors de la légalité
internationale et qu’ils ne bousculent pas
leurs intérêts « fondamentaux »
économiques et sécuritaires.
Les autorités algériennes
ont compris qu’il n’y a quasiment rien à
redouter de l’extérieur et que les
injonctions et les ingérences d’antan,
notamment durant la décennie 1990,
ne relèvent plus que du mauvais souvenir.
Aussi mènent-elles, sans état
d’âme et assurément avec fierté,
une politique de « normalisation »
de la vie publique, investissant l’ensemble
des espaces d’expression, ne tolérant
qu’aucun ne leur échappe. La mise
au pas des écoles privées
en est l’épisode le plus récent
de cette stratégie qui a, à
son actif, l’effacement de l’opposition
politique et la raréfaction de la
pensée critique. La société
subit de plein fouet cette politique :
livrée à elle-même,
sans réel encadrement politique,
elle se « gère »
en pilotage automatique. Des émeutes
populaires souvent d’une extrême violence
servent de « moyens d’expression »
et des conflits sociaux parfois lourds ponctuent
le dur quotidien des citoyens, fait de cherté
de la vie, de rareté de l’emploi
et du logement et de malvie, affectant particulièrement
les jeunes, majoritaires dans le pays. La
politique se ferme de plus en plus et la
société se recroqueville à
vive allure dans l’indifférence des
grandes capitales internationales et dans
l’impuissance des ONG et des acteurs sociaux.
Le paradoxe est que cela coïncide avec
l’ouverture grandissante de l’économie
du pays, bien que celle-ci attire davantage
les affairistes et les commerçants
que les grands investisseurs productifs.
Ce paradoxe n’est pas une spécificité
algérienne puisqu’il est expérimenté
à grande échelle par de grandes
nations, telles la Chine et la Russie, pour
ne citer que celles-là. A moins que
ce hiatus ne soit plus de nos jours une
aberration, ainsi que nous le pensons, mais
une manière autre de mener la politique
et dont doit s’accommoder une communauté
internationale qui voit de plus en plus
s’effacer les grands principes démocratiques
devant la realpolitik de la mondialisation
et des peurs sécuritaires.
Ali
BAHMANE |
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