A
Josep Borrell
Fontelles
Président
du Parlement européen
Rue Wiertz
B-1047, Bruxelles
Monsieur
le Président,
Le
collectif pour la liberté de la presse
en Algérie, composé de femmes
et d'hommes de France, d'Algérie
et d'autres pays d'Europe et du Maghreb,
attachés aux libertés, voudrait
attirer votre attention sur les effets de
vos déclarations suite à votre
visite à Alger. Le communiqué
officiel du Parlement européen faisant
suite à cette visite effectuée
du 6 au 10 mars dernier nous informe du
fait que « le
sujet de la liberté de la presse
et de l’incarcération de certains
journalistes a été également
abordé »
et que vous avez « fait
part de la vive préoccupation de
l’Union européenne et de certaines
associations de journalistes européens,
en défendant la nécessité
de la liberté des médias dans
toute démocratie ».
Cependant,
vos déclarations à la presse nous
laissent penser que le contenu de vos interventions
sur ce sujet fut moins conforme à
la résolution sur la Liberté de
la Presse en Algérie, votée
le 8 juin 2005 par le Parlement que vous
présidez, que ne le laisse paraître
ce communiqué.
D’après
vos déclarations à la presse,
vous souscrivez à la thèse
selon laquelle Mohammed Benchicou ne serait
pas emprisonné pour ses écrits,
mais pour un autre délit. Aucune
des ONG qui, comme HRW, FIDH, Amnesty International,
se sont rendues en Algérie et y ont
enquêté, aucun des Députés
européens qui ont rencontré
les autorités et les journalistes
algériens, comme Bernadette Bourzai,
Hélène Flautre, Adeline Hazan,
Francis Wurtz, ou encore Nicole Fontaine,
n’ont accepté cette thèse.
Trois
journalistes sont actuellement en prison :
Mohamed Benchicou (depuis
le 14 juin 2004)
Kamel
Bousaâd (depuis le 12 février
2006)
Berkane Bouderbala
(depuis le 12 fevrier 2006)
Trois
autres ont été libérés
après :
8 mois de prison (Hafnaoui
Ghoul),
11
mois (Ahmed Bennaoum),
1
mois (Bachir Larabi)
Et
18 sont condamnés à la prison
ferme et attendent la notification de la
justice pour s'y rendre :
Farid
Allilat, Kamel Amarni, Nacer Belhadjoudja,
Djamel Eddine Benchenouf, Abder Bettach,
Fouad Boughanem, Malika Boussouf, Abla
Cherif, Ali Dilem, Abdelkader Djemaâ,
Yasmine Ferroukhi, Ghanem Khemis, Hakim
Laâlam, Badis Massaoui, Youcef
rezzoug, Sid Ahmed Semiane, Hassan Zerrouki,
et à nouveau Mohamed Benchicou.
Plusieurs
dizaines d'autres ont fait l'objet de condamnations
avec sursis. Le journal Le Matin est suspendu. Les
motifs de ces condamnations, qui datent de bien avant l’affaire
des caricatures, sont bien des délits
de presse, délits dont le parlement
européen demande expressément
la dépénalisation.
L’Union
européenne et l’Algérie sont
liées par un accord d’association
dont l’article 2 affirme que le respect
des principes démocratiques et des
droits fondamentaux de l’homme constitue
l’un de ses éléments essentiels
et dont l’article 82 évoque l’importance
attachée par les parties au renforcement
de l’Etat de droit. Le fait que la situation
des libertés en Algérie ne
soit pas la pire dans la région ne
saurait être une raison d’accepter
une dérogation à ces principes
et une tolérance vis-à-vis
du non respect des accords signés.
Cela impliquerait une forte perte de crédibilité
de l’Union européenne auprès
de la société civile en Algérie
comme dans les pays européens où
une solidarité active se manifeste
avec les journalistes algériens harcelés
par le pouvoir politique et une justice
dépourvue d’indépendance et
d’autonomie.
Nous
vous faisons parvenir un dossier contenant
des éléments d’information
qui, nous en sommes certains, vous permettra
de prendre connaissance de l’ampleur des
manquements à la liberté de
la presse en Algérie et vous conduira
à rester vigilant pour empêcher
que l’exigence de respect des libertés
soit négligée dans l’application
de l’accord d’association.
Nous
vous prions de croire, Monsieur le Président,
en l’assurance de notre haute considération.
16
mars 2006
Le
Collectif pour la liberté de la presse
en Algérie |
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