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Le monde de la presse en Algérie

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Liberté de la presse en Algérie


 

Paroles d’éditeurs

Hassan Bachir Cherif, directeur de la publication de la Tribune : La multitude de titres avec différentes lignes éditoriales qui a suivi l’ouverture démocratique est un acquis, certes. Cela a permis d’offrir aux Algériens un espace de recours face aux différents abus. A ce titre, la presse a posé plusieurs problématiques et proposé des choix politiques aux Algériens. Même quand elle était entre le marteau et l’enclume, la presse était toujours là, au service de la démocratie et du pluralisme. Cette presse avait connu, il est vrai, une période de tâtonnement, puisque personne parmi les journalistes qui ont tenté « l’aventure intellectuelle », n’était assez préparé pour devenir gestionnaire ou cadre d’entreprise. Il a fallu donc s’adapter rapidement à cette nouvelle situation. Avec le temps, la presse a commencé à se structurer. Mais le terrorisme qui a pris pour cible les journalistes a freiné en quelque sorte cette première dynamique. Nous devions, à la fois, préserver les journaux, combattre le terrorisme et affronter une partie du pouvoir qui ne pouvait s’accommoder de la naissance d’une presse libre. Cela a permis à cette presse de s’imposer dans le paysage médiatique national et international. Aussi, les entreprises de presse doivent- elles avoir leurs propres moyens d’impression, de diffusion et des instruments de contrôle de la diffusion.

H’mida Ayachi, directeur de la publication d’El Djazaïr News : On peut dire, du moins sur un plan symbolique, que le bilan des 15 années d’existence de la presse indépendante est globalement positif. Personne ne peut remettre en cause l’existence d’un paysage médiatique pluriel avec des opinions, des lignes éditoriales et des langues différentes. En outre, la naissance de la presse indépendante a donné un sens concret au pluralisme politique et concrétisé le passage de l’ère du parti unique à l’ère du multipartisme. Au départ, il est vrai, ce ne fut qu’une « aventure intellectuelle ». Mais aujourd’hui, on parle de véritables entreprises de presse.

Ali Djerri, directeur de la publication d’El Khabar : Malgré la chape de plomb qui a longtemps pesé sur elle, la presse indépendante a réalisé des acquis considérables. La preuve, en dépit d’un environnement des plus hostiles, nous sommes toujours là. Cependant, ces derniers moments, nous assistons à une nette régression de la presse. Cette régression est due principalement à la restriction des libertés et aux pressions diverses exercées par un pouvoir qui ne veut toujours pas admettre l’existence d’une presse libre. Pour relever le défi et faire face à toutes les pressions, nous devons mettre un terme au bricolage en franchissant une autre étape : celle de bâtir de véritables entreprises de presse avec tout ce que cela suppose comme investissement. Le monopole exercé par l’Etat dans le domaine de l’impression est un moyen de pression.

Rabah Abdallah, SG du SNG : Incontestablement, depuis la consécration de la liberté d’entreprendre en matière de presse écrite par la loi 90-07 du 3 avril 1990, des acquis considérables ont été engrangés par la presse, dont la liberté de ton reste, de loin, une singularité dans le monde arabe, voire africain. Cependant, hormis ce ton affranchi, la presse a raté l’occasion d’être véritablement un quatrième pouvoir. Il est vrai que la situation sécuritaire a freiné certaines évolutions positives mais cela n’exclut pas le reproche à faire aux gestionnaires des journaux privés qui n’ont pas su ou pas voulu bâtir de véritables entreprises de presse. Aussi, l’un des défis qui guettent la presse écrite demeure cette mutation vers une véritable industrie de presse.Un effort à faire en même temps que l’amélioration, au sens qualité, du travail des journalistes ce qui suppose, au préalable, une formation adéquate et une rémunération et des conditions de travail tout autant adéquates. Ce qui guette la presse écrite, en termes de danger bien entendu, reste évidemment le chapelet de lois liberticides en vigueur et celles en projet. Il va de soi qu’il ne peut y avoir de développement de la presse si l’environnement politico-juridique reste en l’état.

Brahim Brahim, chercheur et professeur à l’université d’Alger : Il faut souligner d’emblée qu’on a tendance à ne parler que des aspects négatifs de la presse indépendante. Or, le constat est tout autre en ce sens que la situation de la presse est totalement différente de celle existant avant 1988. Bien qu’au secteur de l’audiovisuel il n’y ait pas eu de changements, la presse écrite a évolué de façon fulgurante. Aujourd’hui, on sait que le tirage des quotidiens a triplé (1 700 000 exemplaires pour 44 quotidiens parmi lesquels deux, El Khabar et El Watan, en l’occurrence, disposent de leur propre imprimerie). Il y a lieu de relever aussi le cas spécifique de la presse algérienne où des journalistes possèdent 100 % des actions de certains journaux (El Watan, El Khabar, le Soir d’Algérie, la Tribune, le Jeune indépendant et Le Matin), ce qui fait que cette presse échappe au pouvoir politique et au pouvoir de l’argent. Il faut renforcer cette expérience.

Abderrahmane Mahmoudi, directeur de la publication du Jour d’Algérie : Pendant 15 ans, la presse privée - je préfère utiliser ce terme juridique - a été l’espace par excellence à travers lequel se sont exprimés les différents courants qui animent la scène politique nationale. En 1990, on ne parlait pas encore d’entreprises de presse mais de journaux. Mais au fil des ans, ces publications se sont installées dans une logique économique sérieuse et sont devenues des entreprises comme toutes les autres. Aussitôt lancée, cette presse s’est inscrite dans le combat antiterroriste. Au cours de ce combat, elle a payé un lourd tribut. Aussi, c’est grâce à elle que le monde a compris le drame algérien et pris conscience du danger que représentait le terrorisme. La presse avait ainsi réussi là où le pouvoir avait échoué. Néanmoins, elle n’a pas su faire fructifier cette expérience, puisque, à partir de 1999, elle s’est repliée sur elle-même. A mesure que l’Etat reprenait les choses en main, la presse perdait du terrain et son impact sur l’opinion publique ne cessait de se rétrécir.

Nadir Bensaba (FIJ) : 113 journalistes assassinés par les islamistes armés entre 1993 et 1997. Mohamed Benchicou, journaliste et directeur du quotidien Le Matin, interdit de parution, purge une peine de deux années de prison pour ses écrits depuis juin 2004. Près d’une dizaine de journalistes condamnés en première Instance à des peines allant de deux mois à deux années de prison ferme. Un champ médiatique hermétiquement verrouillé à toute expression libre. Un code pénal suffisamment amendé en 2001 pour instaurer la terreur du fait des délits prévus en cas de diffamation. L’accès aux sources de l’information n’est pas garanti, sinon il est permis aux seuls journaux clients du système. Un nombre important de journalistes travaille sans couverture sociale. Absence de convention collective qui définit les responsabilités de tout un chacun et qui accorde une autonomie de traitement de l’information dans les rédactions. C’est dire que ces quinze années d’exercice journalistique ont plutôt profité au pouvoir qui a su entretenir cette situation de non-droit pour parvenir par la suite à développer un arsenal juridique des plus contraignants pour la presse indépendante.

 

© El Watan du 10 décembre 2005

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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