Ali
Dilem, caricaturiste à Liberté
et à TV5, est actuellement à
Genève en Suisse afin de participer
à une initiative des Nations unies
baptisée "Dessins pour la paix".
Ils sont en fait sept caricaturistes venus
d’Algérie, de Suisse, d’Iran, d’Israël,
du Liban, de France et de Russie, à
participer à cette rencontre internationale
qui reflète l’état des libertés
dans le monde et des sensibilités
par rapport au dessin de presse. Dans son
édition de samedi dernier, le journal
suisse Le Temps a réuni les sept
dessinateurs, et le caricaturiste du journal,
en l’occurrence Chappatte, a demandé
à chacun de ses confrères
de présenter un dessin. Ali Dilem,
dont le talent est reconnu au niveau international
pour avoir reçu des prix dont le
dernier fut aux USA, a évoqué
à cette occasion les poursuites judiciaires
dont il fait actuellement l’objet. Il a
également affirmé que le pouvoir
algérien ne peut pas faire l’économie
d'un Dilem, pour donner des gages démocratiques.
“On me laisse faire, tout en essayant de
me contenir.”
De
son côté, Jean Plantu, le dessinateur
vedette du quotidien français Le
Monde, est revenu sur un dessin où
il avait craint une incompréhension
chez les lecteurs. “J'ai été
content de lire des lettres de lecteurs
qui me disaient : vous savez, votre barbu,
il ressemble furieusement à Léonard
de Vinci. Sans vraiment le savoir, c'était
en fait exactement la réaction à
laquelle je rêvais…” Pour le dessinateur
israélien Kichka Michel, né
en Belgique, la pendaison de l’ancien président
irakien Saddam Hussein a été
atroce. “Non seulement je suis opposé
à la peine de mort, mais je n'ai
pas besoin d'images pour savoir à
quoi une pendaison ressemble”, a souligné
le caricaturiste pour qui son dessin reflète
l’absence d’une solution en Irak occupé.
De son côté, le dessinateur
russe Zlatkovsky, dont la plume est reconnue
internationalement dans ce sens où
il a reçu plusieurs prix, a relevé
la difficulté de publier des dessins
touchant l’église orthodoxe, celle-ci
étant devenue une composante officielle
du pouvoir dans la Fédération
de Russie. L’Iranien Hassan Karimzadeh,
dessinateur indépendant travaillant
pour de nombreuses publications iraniennes,
dont le quotidien Eetemad-e Melli (confiance
dans le peuple), fut condamné à
dix ans de prison, 50 coups de fouet et
500 000 rials (70 fr) d'amende pour un de
ses dessins en 1992. “Je voulais montrer
dans une image, publiée dans le journal
Les Femmes de demain, que même les
femmes un peu fortes à l'extérieur
peuvent être très fragiles
à l'intérieur. On m'a reproché
d'en profiter pour dessiner les courbes
féminines. Le ministère de
la Guidance islamique a écrit à
la direction du journal, l'accusant d'utiliser
cette représentation féminine
pour vendre plus d'exemplaires. La directrice
a été traînée
au tribunal. Maintenant, lorsqu'il s'agit
de dessiner une femme, je fais attention”,
a-t-il affirmé au journal suisse
Le Temps. Pour le Libanais Stavro, dessinateur
depuis 1967, actuellement pour le quotidien
Al Balad, pour le journal télévisé
de la chaîne New TV, pour l'hebdomadaire
satirique Ad Dabbour (la guêpe), ainsi
que pour la Revue du Liban, où paraît
sa rubrique hebdomadaire Jeux de maux, “en
2006, pendant la guerre, j'ai attaqué
tout le monde : Israël, le Hezbollah...
Chaque fois que je dessine un religieux,
un cheikh, un patriarche, un curé,
j'ai des réactions. J'ai été
le premier à dessiner Nasrallah.
S'ils ne faisaient pas de la politique,
ces religieux, je ne les dessinerais pas.
Au Liban, on a une liberté absolue,
mais pas de démocratie.” Enfin,
le caricaturiste suisse Chappatte qui exerce
au journal Le Temps depuis 1998, et qui
travaille aussi pour la NZZ am Sonntag et
l'International Herald Tribune conclut que,
“décidément, à l'ère
d'Internet, les frontières n'existent
plus, ni celles des cultures ni celles du
bon goût”.
Amine
ALLAMI |
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