La
Journée mondiale de la liberté
de la presse a été célébrée,
mercredi à Alger, par le Syndicat
national des journalistes (SNJ), en donnant
la parole aux hommes de droit et aux directeurs
de journaux pour débattre de la thématique
« La pratique journalistique
entre le délit de presse et le défi
de l’autorégulation »,
en présence de l’ambassadeur des
Etats-Unis à Alger, Robert S. Ford.
Lors
de son intervention, le diplomate américain
indique encourager « fermement »
les journaux algériens à rehausser
leurs standards professionnels. Il cite
des initiatives concrètes. « Cet
été, nous projetons d’inviter
un interlocuteur en vue de parler de la
diffamation », et de poursuivre :
« Vers la fin de 2008 et 2009,
nous avons un programme en place - The Edward
R. Murrow Program - qui enverra des journalistes
algériens pour examiner les droits
et les responsabilités d’une presse
libre dans une démocratie. »
Se référant au rapport 2008,
élaboré par le rapporteur
spécial, M. Ford souligne que
plusieurs lois relatives à la diffamation
avec une interprétation vague et
leur application dans le cadre du code pénal
ont étouffé le journalisme
d’investigation et muselé la critique.
Il conclut qu’« il y a plus de
liberté dans la presse algérienne,
mais il y a aussi une autocensure considérable
due en partie au contrôle de la publicité
et en partie à la menace des cas
de diffamation ». Me Bergheul
Khaled, lui, a décortiqué
certaines dispositions du code pénal
à l’instar des articles 287 et 298
qualifiés de « censure
légale » ou encore les
articles 144 et 144 bis qui autorisent le
parquet à s’autosaisir pour délit
de presse. Me Bergheul a toutefois exprimé
une certaine satisfaction de cette « tendance
à privilégier les amendes
qui ne devraient pas, d’ailleurs, être
excessives ». L’avocat appelle
à une révision de la législation,
pour permettre la protection du journaliste.
Autre proposition : « Avant
d’aller en justice, il faut passer d’abord
par un conseil déontologique et scientifique
pour statuer sur la nature de l’information
(intox ou pas). » Quant à
Me Miloud Brahimi, il a préféré
plutôt interpeller l’assistance par
des questions pertinentes. « C’est
quoi un délit de presse ? Est-ce
une désinformation ? Mais n’est-il
pas également une infraction aux
dispositions du code de l’information ? »
Autre interrogation : « Faut-il
dépénaliser toutes les infractions
ou seulement pour les journalistes ? »
Ces questions ont mené l’avocat à
préconiser « l’interdiction
de la détention préventive
en matière de délit de presse »,
au lieu de demander une dépénalisation
du délit de presse dans son ensemble.
Omar Belhouchet, directeur d’El Watan, a
tenté d’abord de restituer le contexte
des années 1990. Les responsables
de journaux étaient confrontés
à une situation ardue : maintenir
l’existence des titres, sécuriser
les journalistes, dénoncer le terrorisme
et faire face au monopole sur la publicité
et au harcèlement judiciaire sans
égard ni retenue. Bref, une époque
de résistance, un contexte de combat.
« Maintenant que les conditions
sécuritaires se sont considérablement
améliorées, on peut parler
de professionnalisme », dira-t-il,
en situant, dans cette veine, le projet
de perfectionnement des journalistes lancé
par quatre quotidiens nationaux (Liberté,
Le Soir d’Algérie, El Khabar et El
Watan) en partenariat avec l’école
de Lille. « Il faut protéger
l’écrit journalistique »
Il souhaite, par ailleurs, « l’apaisement »
des relations entre la presse et la justice.
Mais « la loi doit être
modifiée. Le dispositif doit être
au profit des journalistes »,
plaide M. Belhouchet, appelant à
« protéger l’écrit
journalistique ». Il souligne
également que la critique est nécessaire
dans une société. « Mais
nous sommes prêts à rendre
des comptes », a-t-il conclu.
A côté de lui, Zoubir Souissi,
ancien président du Conseil supérieur
de l’éthique et de la déontologie,
indique que les professionnels des médias
demandent l’application d’un principe basique :
« On ne peut pas mettre un journaliste
en prison parce qu’il a écrit un
article de presse. » Lui succédant,
Me Fatma-Zahra Benbraham appelle à
faire un distinguo entre une diffamation
de droit commun et une diffamation journalistique.
Pour l’avocate, le journaliste est un homme
d’« exception », appelant
ainsi à l’application du « principe
d’exception de vérité »
devant les juridictions algériennes.
Prenant la parole, Hafnaoui Ghoul, correspondant
de presse à Djelfa qui avait écopé
de 6 mois de prison en 2004, a fait des
témoignages poignants sur l’environnement
hostile dans lequel évoluent les
correspondants locaux. Il déplore
l’absence de solidarité à
l’égard des journalistes exerçant
dans les wilayas intérieures. « Des
correspondants travaillent sans un minimum
de règles régissant la profession. »
Durant les débats, M. Belhouchet
regrette que « les correspondants
locaux soient livrés à eux-mêmes ».
Il invite les responsables des journaux
à consentir un effort matériel
et moral au niveau local. Ahcène
Djaballah, spécialiste en communication,
a situé le nœud du problème,
depuis l’ouverture de la presse écrite,
dans l’absence d’organisation entre les
éditeurs et les professionnels des
médias. Il avertit : « Aujourd’hui,
de nouvelles forces tendent à se
substituer au pouvoir politique : des
intérêts commerciaux et financiers
qui entrent dans les rédactions,
en plus de l’apparition de la maffia locale. »
En conclusion, les participants recommandent,
notamment, l’élaboration d’une loi
de procédure destinée à
protéger le journaliste dans l’exercice
de sa mission de service public ainsi que
l’élaboration et la signature d’une
convention collective codifiant la relation
de travail entre l’employeur et l’employé
conformément aux règles universelles.
En outre, ils demandent la redynamisation
urgente de la structure du Conseil de l’éthique
et de la déontologie.
Mustapha
RACHIDIOU |
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