Nous
avons appris avec stupéfaction et
consternation la condamnation en deuxième
instance de Chawki Amari et Omar Belhouchet
à deux mois de prison ferme pour
dommages causés par un billet satirique
au wali de Jijel paru en dernière
page du quotidien El Watan. La répression
mise en œuvre contre la liberté de
la presse nous rappelle des temps révolus
où la justice coloniale fonctionnait
comme un instrument de répression
des mouvements politiques nationalistes.
Tout comme en ces temps funestes, l’élection
est pervertie et vidée de son sens
par les manipulations systématiques
de l’administration centrale. La presse
est muselée par des codes restrictifs
et n’exprime qu’une partie de l’opinion.
D’une manière générale,
la majorité de la population est
privée de ses droits à la
citoyenneté ou se dispense de les
exercer, connaissant à l’avance le
sort qui leur est réservé.
Elle reste soumise à un droit et
une justice qui puisent leurs sources ailleurs
que dans les principes démocratiques.
De
nos jours, la justice apparaît comme
une arme venant s’ajouter à beaucoup
d’autres mises entre les mains du pouvoir
exécutif. Elle est utilisée
de manière efficace seulement quand
elle s’attaque aux droits fondamentaux des
citoyens de s’exprimer et de s’organiser
librement. Elle apparaît comme un
instrument parmi d’autres, mis à
la disposition du gouvernement avec pour
vocation spécifique le démantèlement
de toute forme d’organisation autonome ou
toute sorte de contre-pouvoir. Ainsi, depuis
des décennies, se développe
une justice aux limites de la légalité
ou carrément hors de la légalité.
Aucun conflit ne surgit entre autorités
militaires, judiciaires et politiques sur
son fonctionnement. Malgré des logiques
divergentes, tous s’accordent sur les nécessités
de la répression. Cela crée
les conditions du rejet de la fonction judiciaire
de l’Etat d’autant plus que ses détenteurs,
en étant les seuls bénéficiaires,
auront grandement aidé à cultiver
toutes sortes de ressentiments chez ceux
qui en sont exclus. En se préoccupant
d’abord d’en faire son instrument, le pouvoir
exécutif a fini par couper la société
du droit de l’Etat. C’est ce lourd héritage
du droit et de la justice d’exception en
territoire d’exception que va avoir à
endosser l’Algérie de demain.
Signataires :
Louisa Aït Hamou (universitaire), Daho
Djerbal (universitaire), Ali Bensaad (universitaire),
Mohammed Hachemaoui (universitaire), Selma
Hellal et Sofiane Hadjadj (éditeurs,
Editions Barzakh), Yassine Temlali (journaliste),
Ghania Mouffok (journaliste), Adlène
Meddi (journaliste et auteur), Fayçal
Métaoui (journaliste), Sid-Ahmed
Semiane (journaliste), Abdellah Benadouda
(éditeur), Kamel Daoud (journaliste-
chroniqueur), Mohamed Larbi Merhoum (architecte),
Leïla Oubouzar (architecte), Ghanem
Laribi (architecte/paysagiste), Kaouther
Adimi (étudiante), Yasmine Kacha
(étudiante), Sofia Djama, Hakim Guettaf,
Achouak Bahloul, Ali Redouane Chetouh, Amel
Aïssaoui, Sarah Kharfi. |
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