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Le monde de la presse en Algérie

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Liberté de la presse en Algérie


 

Journalistes femmes et la justice

Un combat à armes inégales

Après le sabre des terroristes, les journalistes continuent à subir la matraque de la justice au service du pouvoir décidé à casser les plumes et faire taire toutes les voix libres. Sans distinction aucune, le harcèlement judiciaire contre les journalistes algériens a pris des proportions inquiétantes ces derniers temps. Des journalistes femmes ont été condamnées à la prison ferme. Malika Boussouf, Saïda Azzouz, Salima Tlemçani, Souad Azzouz, Fouzia Ababsa, Yasmine Faroukhi, Abla Chérif, Ghada Hamrouche, Hada Hazem, toutes condamnées pour leurs écrits.

La liberté d’expression est en danger en Algérie. L’acharnement à l’encontre des professionnels des médias s’accentue de plus en plus. Les journalistes hommes et femmes assistent à la réduction progressive des espaces d’informations indépendants. Un autre combat, où la femme journaliste algérienne doit se surpasser et militer pour une réforme du code pénal afin de dépénaliser les délits de presse, comme le demande le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’opinion et d’expression. «L’article 144 bis du code pénal prévoit, par exemple, pour toute mise en cause du président de la République dans des termes injurieux, insultants ou diffamatoires, des peines de deux à douze mois de prison destinées à faire taire les voix discordantes et des amendes, parfois exorbitantes, dont le seul but est d’asphyxier les titres de presse indépendants». «Il n y a aucun avantage d’être une femme et une journaliste dans notre pays» ne cessent de rétorquer les consœurs interrogées. Parmi toutes les journalistes concernées par la cabale judiciaire, trois seront citées à titre d’exemple. 123 affaires pour une seule journaliste ! Fouzia Ababsa, celle qui détient le record en nombre d’affaires : 123 en tout accumulées depuis 1999. Rencontrée au siège de sa rédaction, elle nous confia : «Depuis exactement le 2 juin 2002, j’ai reçu 72 citations à comparaître pour des écrits jugés diffamatoires. Cependant, ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est le fait que je ne reçois pas de convocations et ce depuis trois ans, par contre, les jugements par défaut ne manquent pas.» Fouzia Ababsa a été maintes fois condamnée par défaut ! Un fait auquel, elle s’est habituée. «En 2001, j’ai été condamnée à 6 mois de prison ferme par défaut en l’absence également du plaignant.» Ce qui consolide la journaliste dans cette tourmente «ce sont les marques de solidarité témoignées notamment par les citoyens et les lecteurs», a-t- elle indiqué avant d’ajouter «je veux que la justice soit réellement indépendante et comme on parle de magistrats spécialisés dans les différents domaines comme le commerce par exemple, il n’y a pas de raison pour qu’ils ne se spécialisent pas dans le domaine de la presse.» C’est plus qu’un vœu, c’est une nécessité afin «que les magistrats qui nous condamnent sachent faire la différence entre le commentaire, la chronique et l’édito. C’est très important.» Cette occasion a été propice pour qu’elle s’interroge «est-ce qu’il n’est pas temps pour dépénaliser le délit de presse ? Puisqu’on parle de réconciliation, pourquoi touche-t-elle les uns et pas les autres. On n’est pas faiseur d’opinion lorsque ça les arrange et des anti-professionnels lorsque ça ne les arrange pas.» Malika Boussouf, celle dont les témoignages avaient sidéré les auditeurs à travers le monde lorsqu’elle disait «Nous sommes impuissants face à un kalachnikov ou un sabre. Nous n’avons plus peur de mourir. Ce que nous craignons, c’est être égorgés ou décapités plutôt que tués par balle». Après la décennie de l’horreur, le tribunal d’Alger l’a condamnée à 6 mois de prison ferme. Lorsqu’elle nous parla, elle insista sur : «Je ne fais aucune différence entre les femmes et les hommes harcelés par l’appareil judiciaire réclamant la liberté d’expression. On a le droit de poursuivre en justice les journalistes dans le cas où on se sent lésé mais il y a plusieurs façons de poursuivre les gens. Cependant, il y a plus grave que le harcèlement judiciaire contre les femmes puisqu’il est question de célébrer la Journée internationale de la femme, il y a la discrimination dont elles sont victimes dans leur poste de travail. Comment expliquer par exemple que deux journalistes occupant le même poste de responsabilité, au sein d’un même journal soient payés du simple au double ? Publiez déjà ça et vous démontrez qu’effectivement vos responsables travaillent et respectent le liberté d’expression.» Saïda Azzouz, 17 ans de presse, 3 procès avec son journal Le Matin fermé depuis juillet 2004 et plus de sept autres affaires en instruction. Elle a écopé de deux condamnations de deux mois chacune avec sursis, en plus des amendes et a eu sa première condamnation en délibéré alors qu’elle était à Aïn-Salah pour couvrir des émeutes. «Lors des procès de délits de presse ou diffamations, les journalistes se retrouvent à la barre sans répondant, c'est-à-dire, qu’ils n’ont pas la possibilité de se faire comprendre. En face, il y a des magistrats qui ne sont pas spécialisés et ignorent tout des techniques de presse. Pour eux, un journaliste qui reprend un communiqué émanant d’une instance quelconque est responsable de ses écrits jugés diffamatoires et on lui demande toujours de vérifier l’information. Il est aussi considéré coupable des propos rapportés lors d’un entretien comme s’il était l’auteur. » Elle se souvient de la première fois où elle passait à la barre «j’étais convoquée pour avoir fait mon métier et rapporter des faits vérifiés. Mon sentiment était mitigé. Il y avait de la crainte car le verdict n’est jamais rendu en fonction du délit reproché mais en fonction de la conjoncture politique dans laquelle on se trouve.» «Le fait qu’il n’y a pas de répondant et qu’être journaliste est considéré comme un délit, nous motive un peu plus et nous pousse à faire encore ce métier».

Ilhem B. TIR

 

© Le Soir d'Algérie du 7 mars 2006

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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