La
presse algérienne a connu les phases
les plus difficiles au cours de son histoire.
Soumise à la censure et au contrôle
des pouvoirs publics qui ont renforcé
la rigidité de ses limites, et les
a imposées avec plus de sévérité.
Les problème politiques, économiques,
sociaux et culturels, présentent
aujourd’hui, une telle complexité
que, sans une opinion publique bien informée,
il n’y a aucun espoir de les comprendre
et de les résoudre. Paradoxalement,
c’est précisément en cette
période que les pouvoirs publics
redoublent d’effort, pour imposer leur tutelle
sur les moyens de communication de masse.
La
mutation majeure tient au fait que les deux
tiers de la population mondiale ont obtenu
la liberté politique en chassant
la domination étrangère. Ce
n’est pas vrai. C’est l’indépendance
nationale qu’ils ont obtenue, et non nécessairement
la liberté. C’est là tout
le problème. En l’espèce l’enjeu
porte sur la liberté individuelle.
La confusion est entretenue entre les droits
de l’Etat et ceux de l’individu. La liberté
de la presse n’est pas un droit détenu
par l’Etat mais par les citoyens, et c’est
une liberté par rapport à
l’Etat. Les intérêts individuels
et par conséquent ceux de la nation,
sont mieux servis par un journalisme libre
et ouvert, par une presse indépendante
et pluraliste. Le déni de la liberté
de la presse, est le déni de la liberté
même de l’individu.
La
liberté de la presse est une conquête
fragile qui doit être protégée,
renforcée
Toute
personne engagée professionnellement
dans un aspect quelconque du journalisme
de la presse écrite ou de la radio
télévision, est un journaliste.
Les journalistes de la Télévision
unique et de la Radio unique, sont-ils des
journalistes ou des fonctionnaires de l’information
? Les journaux ont besoin de liberté
et d’indépendance pour éduquer,
informer, protéger et distraire.
L’expérience de la vie en société
nous a enseigné que le progrès
passe par le dialogue, qui contribue à
supprimer les tensions. Un débat
public ouvert engendre une meilleure compréhension
des problèmes qui se posent au peuple,
et par suite les meilleures chances de trouver
des solutions. Seule une presse libre permet
au peuple de faire entendre sa voix et ses
problèmes aux pouvoirs publics. La
réponse à la liberté
de la presse se situe à deux niveaux
:
Celui
de la théorie et de la réflexion
tendant à préciser et à
approfondir ce concept d’une part, celui
de la recherche des voies et moyens par
lesquels l’action concrète devrait
s’exercer d’autre part. La théorie
et la réflexion ne peuvent être
dissociées de l’action.
La
question fondamentale à se poser
pour assurer une circulation de l’information
libre et équilibrée est celle-ci
: les hommes et les femmes reçoivent-ils
l’information nécessaire pour avoir
une large compréhension de leur société,
du monde ? De plus sont-ils en mesure d’exprimer
leurs points de vue et leurs préoccupations
? Les journaux souffrent d’encadrement qualifié,
d’institutions de formations et de moyens
de financement : d’où la nécessité
de former les personnels indispensables
à la production des programmes en
mettant l’action sur la rédaction,
l’interview, l’observation et la recherche,
sans oublier de produire des programmes
et des messages originaux plus conformes
à notre identité culturelle
et plus aptes à répondre aux
besoins réels et aux aspirations
profondes de notre peuple. Il va sans dire
que cela ne signifie en aucune manière
un repli sur soi, mais au contraire une
ouverture aux apports extérieurs
et aux grands courants du monde moderne,
de manière à provoquer par
le dialogue et l’échanges un processus
d’enrichissement mutuel.
La
presse privée s’améliore,
sort du conformisme et de l’uniformité.
La confiance des Algériens dans la
presse s’est améliorée. Il
y a un vide politique et intellectuel qu’elle
tente de combler. La presse doit par un
effort accru élever son niveau qualificatif,
son professionnalisme, son prestige, c’est-à-dire
son influence et son crédit qui dépendent
de la loyauté de ses lecteurs, et
de la diffusion honnête et ouverte
des informations et des opinions. Le secret
des sources des journalistes et leur protection
est la pierre angulaire de la liberté
de la presse. Un journaliste ne donne pas
ses sources et chacun doit l’accepter.
Le
pouvoir de la presse est limité par
sa diversité, car elle n’est ni unie
ni une. Certains le regrettent. On voit
en la presse
un “quatrième pouvoir”
alors même qu’on ne distingue plus
très nettement les trois premiers,
et qu’il y a non pas séparation mais
confusion des pouvoirs. Certains reproches
faits à la presse privée sont
justifiés ou du moins ils le paraissent.
La
presse privée est un des principaux
vecteurs de la démocratie
Elle
est la clef de la démocratie. Pas
de démocratie sans elle et vice versa.
L’exigence de liberté implique une
démocratisation de l’information,
une multiplication des sources d’information.
Les journalistes ont dû combattre
pour gagner le droit à la liberté
de la presse qui est un élément
essentiel à l’instauration et à
la consolidation de la démocratie.
Plus la vérité est importante
plus elle est cachée, et plus complexes
en sont les manifestations. Pour Victor
Hugo : “Le principe de la liberté
de la presse n’est pas moins essentiel,
n’est pas moins sacré que le principe
du suffrage universel”. Chaque Algérien
majeur et électeur est souvent lecteur.
Il
faudrait d’une part que les citoyens aient
conscience de la gravité de la crise
qui se répète, se succède,
s’enchaîne, s’amplifie et se prolonge,
et d’autre part qu’eux-mêmes se situent,
c’est-à-dire qu’ils prennent publiquement
position. Quand l’histoire d’un homme est
finie, quand son mandat légal se
termine, il ne faut pas forcer le destin
en ajoutant un dernier chapitre. Respecter
le peuple ce n’est rien lui imposer. Eviter
le danger, ne pas laisser un désastre
s’accomplir, est la qualité indispensable
de tous ceux qui ont conduit leur peuple.
Il faut entendre la protestation populaire
qui s’enfle et se durcit, entendre les voix
lançant des cris d’alarme : dix ans,
c’est assez, dix ans, ça suffit !
L’Etat
exerce un contrôle non seulement sur
l’information intérieure, mais aussi
sur toute celle qui vient de l’extérieur
La
presse est contrôlée. Le pouvoir
qui a peur de l’opinion publique cherche
à la détruire en mettant les
moyens d’information en tutelle. Les lois
promulguées laissent virtuellement
le destin de la presse à la merci
du pouvoir, ancré en permanence dans
son hostilité à la liberté
de la presse, pour renforcer les mécanismes
visant à la subordonner aux seuls
objectifs de la propagande. Les journalistes
ont très clairement fait savoir que
sur le choix entre une presse libre et la
propagande du pouvoir, il n’y a pas de compromis.
Défendre la cause de la liberté
de la presse, c’est faire obstacle à
l’exercice d’un contrôle étatique
sur les organes d’information.
La
création de nouveaux journaux est
soumise à l’autorisation officielle
par la justice. L’un des problèmes
les plus alarmants pour la démocratie
est celui de la télévision,
en butte aux convoitises du pouvoir, parce
qu’elle est la principale source d’information.
Si le pouvoir à le droit de s’exprimer
à la télévision pour
défendre son programme et la manière
dont il gère le pays, il n’a pas
le droit de d’accaparer un service public
financé par tous les Algériens,
de le monopoliser pour interdire tout débat
contradictoire qui est l’hygiène
et même l’hygiène de la vie
publique, passage obligé d’une démocratie
formelle à une démocratie
réelle. L’image à la télévision
possède un grand pouvoir de suggestion,
mais on peut tout lui faire suggérer.
Le président de la République
a déclaré à la chaîne
MBC : “La télévision est et
continue d’être la propriété
de l’Etat, et ne saurait être soumise
à une quelque forme d’expression
contradictoire ou polémique. C’est
l’Etat qui finance la radio et la télévision,
et elles sont la pour défendre la
politique de l’Etat”. Il est nécessaire
de permettre la création de chaînes
de télévision privées,
libres de leur choix, libre d’offrir à
leurs auditeurs des œuvres diverses, ambitieuses,
dignes d’intérêt.
A
la mort de Franco en 1975, l’Etat espagnol
constituait et de loin, l’entreprise d’information
la plus importante. Il possédait
les deux seules chaînes de télévision
du pays, deux radios dont la principale,
une agence de presse et trente-six quotidiens,
les reformes effectuées ont abrogé
la tutelle étatique dont le pays
avait hérité. La liberté
d’expression et de la presse a progressé
substantiellement en 1981 et en 1982; “Le
gouvernement a fermé huit de ces
quotidiens ainsi que l’agence de presse.
Les deux Chambres du parlement -les Cortés”
ont adopté une loi qui a décidé
que les 25 journaux d’Etat restant seraient
vendus au secteur privé. On fermera
les journaux qui ne trouveront pas d’acheteur.
Ce processus de suppression de la presse
de l’Etat devait arriver à son terme
en 1983. Le gouvernement a légalisé
la télévision privée.
La
protection des journalistes
La
liberté de la presse est plantée,
enracinée, mais pour qu’elle puisse
s’épanouir il ne faut pas la déraciner.
Le journalisme est une profession en butte
à des harcèlements, des menaces
de représailles et à d’autres
pressions qui ne sont pas moins intimidantes.
Lorsque le fond d’intolérance s’accompagne
d’insultes, de menaces et même d’agressions
physiques contre les journalistes, surtout
les correspondants de presse à l’intérieur
du pays par les représentants locaux
du pouvoir, le moment n’est pas loin où
il n’y aura ni liberté d’expression
ni liberté tout court. La première
urgence est de mettre fin à la répression
qui les frappe et qui a atteint avec les
dernières condamnations en série l’intolérable
qui ne peut être toléré.
La liberté d’expression et d’opinion
du journaliste bénéficie déjà
de la protection assurée en vertu
de l’article 19 de la déclaration
universelle des droits de l’homme, laquelle
reconnaît que “tout individu a le
droit à la liberté d’opinion
et d’expression, ce qui implique le droit
de ne pas être inquiété
pour ses opinions et celui de chercher,
de recevoir et de répondre sans considération
de frontières les informations et
les idées par quelque moyen d’expression
que ce soit”.
Il faut aussi avoir présent
à l’esprit l’engagement contenu dans
la constitution de l’UNESCO de “promouvoir
la libre circulation des idées par
le mot et par l’image” en théorie,
mais il s’agit seulement d’une théorie
juste dans ses principes : tout pays qui
adhère à l’ONU et à
l’UNESCO s’engage à défendre
la liberté de la presse.
Les
journalistes disposent d’une arme puissante
pour assurer leur propre protection et celle
de leurs collègues ailleurs. Cette
arme est l’information, une information
complète, rapide et largement diffusée
sur tout exemple d’atteinte où que
ce soit aux droits des journalistes.
Le
code de déontologie journalistique
est avant tout l’affaire des journalistes,
de leurs syndicats et de leurs organisations
professionnelles, non de l’Etat, du gouvernement
ou de tout autre groupe de pression de quelque
nature que ce soit. Les adversaires du journalisme
sont le pouvoir et l’argent. Il serait urgent
de doter la presse d’un statut qui assure
son indépendance et la met à
l’abri de l’action maléfique du pouvoir
mais aussi de celles des bailleurs de fonds.
Il faut dépénaliser le délit
de presse pour expurger de son venin le
code de l’information qui n’est qu’un code
pénal bis. Les Algériens ne
doivent pas renoncer à exercer pleinement
leurs droits de citoyens. Une presse mise
en tutelle, équivaut à une
renonciation à leurs principes et
acquis les plus précieux, ainsi qu’à
leurs plus hautes aspirations de liberté
et de dignité. Leur engagement en
faveur d’un journalisme indépendant
et professionnel et pour une information
libre, pluraliste et équilibrée
qui favorise la réflexion politique,
le débat démocratique ainsi
que le développement économique,
social et culturel, doit être total.
La
liberté d’expression est un droit
de la vie sociale et culturelle, de la création
scientifique et artistique.
La
dégradation politique et morale des
institutions est due à l’absence
d’alternance, laquelle permet le maintien
au pouvoir des mêmes clans et des
mêmes intérêts durant
une longue période. Il est temps
d’agir si l’on veut libérer la presse
et les journalistes des poursuites judiciaires
et des condamnations, domaine qui nous concerne
tous dans notre vie et notre liberté
de chaque jour. |
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