L’organisation
non gouvernementale RSF (Reporters sans
frontières) vient de rendre public
son rapport annuel pour l’exercice 2004,
dans lequel elle consacre un chapitre entier
à l’Algérie où elle
décèle les signes d’une grave
régression.
Ainsi, rappelle d’emblée cette ONG,
“plusieurs journaux ayant mené campagne
contre le “candidat président” Abdelaziz
Bouteflika ont subi un violent retour de
bâton” après sa réélection
le 8 avril 2004.
Ce
retour de bâton, comme le nomme RSF,
était prévisible puisque,
rappelle RSF, le président Bouteflika
avait répliqué, dès
mars 2004, en accusant les journalistes
de faire “autant de mal au pays que les
terroristes” et avait juré de combattre
ces mêmes journalistes qu’il avait
alors affublés d’un insultant sobriquet
: “Les mercenaires de la plume.” Les attaques
du pouvoir contre la presse vont alors prendre
diverses formes : durcissement des textes,
restrictions sur la publicité étatique,
chantage par le moyen des imprimeries publiques,
instrumentalisation de l’appareil judiciaire.
Sitôt
réélu, Bouteflika charge le
gouvernement de réviser dans un sens
plus restrictif la loi sur l'information
d'avril 1990. Du reste, le chef du gouvernement,
Ahmed Ouyahia, emboîtant le pas au
chef de l’État nouvellement réélu,
annonce lors d’une conférence de
presse que la fin du monopole étatique
sur la radio et la télévision
n’était pas à l'ordre du jour.
Moins constant était Ouyahia qui,
se rappelle-t-on, avait déclaré
sur Berbère télévision
(BRTV), avant le lancement de la campagne
électorale, que l’ouverture du champ
audiovisuel était désormais
“incontournable”. C’est ainsi que les autorités
ont rétabli en 2004, lit-on dans
le rapport, le monopole sur la publicité
publique. Une autre restriction contre la
liberté de la presse, observée
par RSF, frappe les journalistes exerçant
en Algérie pour le compte de la presse
étrangère. Conséquence
: le 30 juin 2004, le bureau d’Al-Jazeera
à Alger est fermé. Fin 2004,
un photographe de l'AFP attendait, toujours
en vain, son accréditation. Après
la réélection de Bouteflika,
la justice s’est mise de la partie pour
accompagner le chef de l’État dans
sa guerre contre la presse privée.
Des dizaines de plaintes déposées
contre des journalistes, autant de convocations
émanant de la police et des tribunaux,
incarcération de quatre journalistes,
tout cela n’a pas été sans
amener “certaines rédactions”
à pratiquer l’autocensure. Des dizaines
de condamnations à de lourdes amendes
et à des peines de prison ont été
prononcées contre des journalistes.
Quatre d’entre eux ont été
condamnés à des peines de
prison ferme alors que deux autres, Mohamed
Benchicou et Ahmed Benaoum, étaient
toujours incarcérés au 1er
janvier 2005, le second ayant été
libéré depuis. Hafnaoui Ghoul,
correspondant du quotidien arabophone El
Youm à Djelfa, arrêté
puis libéré en novembre.
Le
quotidien Le Matin, pour sa part, a vu l'étau
se resserrer sur lui. Son directeur, Mohamed
Benchicou, a été condamné,
le 14 juin 2004, à deux ans de prison
pour “infraction à la législation
sur les mouvements de capitaux” et incarcéré
sur-le-champ à la prison d'El-Harrach,
près d'Alger. Près d'une cinquantaine
de plaintes ont été jugées
ou sont en cours contre lui, dont certaines
pour des délits de presse. Le journal
a cessé de paraître le 24 juillet,
l'imprimerie d'État Simpral (Société
d'impression d'Alger) ayant refusé
un échéancier pour le versement
de ses impayés. La radio et la télévision
ont répercuté “systématiquement”
le discours officiel, laissant “peu de place”
à la voix de l’opposition. En dehors
de la campagne officielle, “aucun débat
politique n'a été programmé”,
constate RSF. L’impossibilité pour
l'opposition d’accéder aux médias
publics a poussé la majorité
des Algériens à s'équiper
d'antennes paraboliques, relève encore
cette ONG. Les leaders de l'opposition ne
peuvent plus s’adresser à l’opinion
que par l'intermédiaire des télévisions
étrangères.
La
Rédaction |
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