Nous
sommes nombreux, et ils sont nombreux ces
Algériens qui s’interrogent sur le
sort des journalistes condamnés à
des peines de prison ferme, en particulier
le directeur du Matin, Mohamed Benchicou,
qui purge déjà une peine de
deux ans de prison depuis juin 2004. Et
ce, au moment où, grâce au
projet de charte pour la paix et la réconciliation
qui sera sans aucun doute adopté,
des milliers d’islamistes condamnés
et détenus pour actes de violences
et soutien au terrorisme vont bénéficier
d’une grâce comme le stipule le projet
(chapitre II, sixième alinéa).
Parmi
ces derniers, figurent de nombreux terroristes
impliqués dans des assassinats de
journalistes. Est-ce à dire qu’il
eût mieux valu être un terroriste
qu’un journaliste ? En effet, comment ne
pas se poser cette question à l’idée
que des journalistes aillent prendre la
place de ces terroristes graciés
dans les prisons du pays ? Comment ne pas
s’indigner à l’idée qu’on
demande à Anouar Haddam, qui a revendiqué
(les écrits existent) des actes terroristes
(attentat du boulevard Amirouche), les assassinats
de journalistes et d’intellectuels, notamment
celui du professeur Boucebci, de rentrer
au pays ? Est-ce à dire que ce monsieur
bénéficie d’une plus grande
considération de la part des autorités
pour ce qu’il a fait que les journalistes
? Est-ce que la diffamation — en ce qui
me concerne et c’est le cas de tous les
journalistes condamnés — est un acte
plus grave que tuer des innocents ? Est-ce
à dire que les journalistes représentent
une menace pour un Etat que le GIA n'a pas
réussi à détruire au
point de les traduire chaque mardi devant
un tribunal ? Allons donc! Pour ma part,
je récuse l’accusation de diffamation
et je considère que moi et mes collègues
n’avons fait qu’exercer notre droit à
la liberté d’information et d’expression.
De ce fait, il ne s’agit pas de demander
que les journalistes condamnés bénéficient
d’une amnistie parce que tout simplement
nous ne sommes pas des criminels et nous
refusons d’être assimilés à
des gens qui, de l’aveu même du chef
de l’Etat, ont failli détruire l’Etat
national après avoir massacré
des dizaines de milliers de civils, assassiné
plus de 60 confrères et contraint
à l’exil des centaines d’autres.
Certes, le chef de l’Etat a rendu un hommage
à Batna puis à Alger — à
ma connaissance, c’est la première
fois qu’il le fait publiquement — aux journalistes
assassinés tout en lançant
un appel à ceux partis en exil de
rentrer au pays. Mais, on aurait bien aimé
qu’il ne s’arrête pas en si bon chemin
et qu’il tourne également la page
des harcèlements et des poursuites
judiciaires envers les journalistes et certains
journaux indépendants qui, dans les
pires moments que connaissait ce pays, ont
su faire face avec courage et détermination,
n’en déplaise aux planqués
de tous bords qui, aujourd’hui, s’avisent
de nous donner des leçons. Et que
Mohamed Benchicou soit libéré.
Car, encore une fois, la place d’un journaliste
n’est pas en prison.
Hassane
ZERROUKY |
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