Bachir
Larabi, correspondant du quotidien arabophone
El-Khabar à El-Bayadh (au sud-ouest
du pays), ne voit toujours pas le bout de
ses peines. Ayant déjà été
arrêté pendant un mois, pour
délit de presse, en janvier dernier,
huit autres affaires, toutes kafkaïennes
les unes les autres, le feront comparaître
de nouveau devant le tribunal pour répondre
de ses articles. Sa dernière apparition
en public remonte au 3 mai, Journée
mondiale de la presse, où il réitéra
à qui voulait l’entendre son soutien
inconditionnel à Mohamed Benchicou.
C’était
comme tirer le diable par la queue. Harcelé
et malmené, Larabi n’en finit pas
de faire les frais. Le 28 mai dernier, alors
qu’il était dépêché
par son journal à l’hôpital
d’El-Bayadh, pour des raisons professionnelles,
il a été abordé, « insulté
grossièrement », puis
passé à tabac, par des policiers
déchaînés. Il s’en est
sorti in extremis, avec un certificat d’incapacité
de travail de douze jours.
Par
ailleurs, il y a lieu de signaler que le
Comité Benchicou pour les libertés
a rendu public un communiqué où
il dénonce vigoureusement l’agression.
« C’est pendant qu’il s’acquittait
de sa mission de journaliste qu’il a été
violemment empêché de faire
son travail, sauvagement tabassé
et grossièrement insulté en
public, par des membres des services de
sécurité », écrit-il.
De
même que la victime ne cache pas son
angoisse au quotidien Le Soir d’Algérie
(l’édition du 30 mai 2006) :
« Hier, j’ai été
tabassé et insulté par un
officier et un policier devant des passants
et ce, en plein jour. Hier, j’ai déposé
une plainte auprès du procureur de
la République. Ce dernier qui m’a
bien reçu a enregistré ma
plainte et m’a invité d’aller à
la police pour m’auditionner. Chose que
j’ai refusée. Dans l’après-midi,
j’ai reçu un télégramme
de la part du procureur m’invitant officiellement
à aller à la police, mais
je n’ai plus confiance. Je me sens seul
contre tous à El-Bayadh. »
Dès
lors, rien ne va plus. Mais vraiment à
ce point ! Avoir été
agressé et avoir peur d’aller porter
plainte ?! (Ici, pour les besoins d'un
procès-verbal que la police établit
s'entend.) Alors on ne peut que comprendre
et partager les inquiétudes du Comité
Benchicou
quand il nous remet en
mémoire le sombre épisode
Beliardouh, correspondant d’El Watan à
Tebessa (à l’est du pays), d’il y
a trois ans. L’épilogue fut autre,
disons plus tragique, puisque le protagoniste,
n’en pouvant plus avec les pressions et
les intimidations, mit fin à ses
jours.
Triste histoire dirons-nous.
Épargnons d’autres vies humaines,
et d’autres drames familiers qui en découlent. Mais
là encore, faudra-t-il parler au
préalable d’un État de droit.
Sans quoi on ne ferait que tourner en rond.
Chose à laquelle on semblerait même
y avoir « pris goût »
il y a longtemps déjà.
Mohamed
ZIANE-KHODJA |
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