Le
journaliste marocain, condamné en
appel en juin 2003 à trois ans de
prison ferme — l’audience n’a duré
que 10 min — puis en avril 2005 à
dix ans d’interdiction d’écrire pour
avoir déclaré que les Sahraouis
n’étaient pas «séquestrés
à Tindouf» et qu’ils n’avaient
«aucune envie de rentrer au Maroc»,
était hier à la Maison de
la Presse Tahar-Djaout pour recevoir le
prix de la Plume libre des mains de Mohamed
Benchicou. Arrivé le jour même
de la sortie de prison de Mohamed Benchicou,
Ali Lemrabet était visiblement heureux
d’être parmi ses confrères
algériens.
Le
Soir : Comment avez-vous vécu la
libération de Mohamed Benchicou ?
Lemrabet : D’abord, c’est un honneur
pour moi d’être en Algérie
pour la deuxième fois. La cérémonie
était très émouvante.
Voir tant de gens heureux de revoir Mohamed
Benchicou enfin libre est en soi un grand
évènement. Qui plus est, ils
ont eu droit à cette édition
spéciale et gratuite du Matin. Bien
sûr, beaucoup plus que le prix qui
m’a été décerné,
l’évènement c’était
Mohamed Benchicou, et ce, même si
je considère ce prix comme un grand
honneur qui m’a été fait.
Maintenant que Mohamed est libre, j’espère
qu’à mon retour au Maroc, je ne vais
pas retourner devant le juge. Car la dernière
fois que je suis venu en Algérie,
ça m’a coûté dix ans
d’interdiction d’écriture.
L.
S. : Quelle signification a pour vous ce
prix qui vous a été attribué
?
L. : Je crois que le fait de
décerner un prix à un journaliste
marocain, compte tenu des susceptibilités
existantes de part et d’autre de la frontière,
est un message très fort adressé
en direction des journalistes des deux pays
et, partant, à l’ensemble de la presse
maghrébine. Car la solidarité
en matière de liberté d’expression
et de la presse n’a pas de frontière
surtout entre deux peuples frères.
L.
S. : Justement, quel regard portez-vous
sur l’état des libertés dans
le Maghreb ?
L. : Il y a un fait, c’est l’état
de non-démocratie existant au niveau
de tout le Maghreb, voire au niveau de l’ensemble
du monde arabe. De mon point de vue, il
n’existe pas un seul pays arabe démocratique.
Au Maghreb, par exemple, on se croit à
tort supérieur aux pays de l’Afrique
sub-saharienne. Dans cette Afrique noire,
il y a de véritables démocraties,
l’Afrique du Sud, le Kenya et même
le Sénégal. En revanche, dans
le monde arabe, on a soit des républiques
monarchiques où des enfants de chefs
d’Etat succèdent à leurs pères
à la tête de leurs pays, soit
des monarchies de droit divin, ayant toutes
en commun une répression des libertés.
Quand on parle de liberté d’expression,
il faut savoir qu’elle est le commencement
de tout. Sans liberté de la presse,
il n’y a rien. Notre problème, à
nous journalistes arabes et maghrébins,
c’est que, face à des régimes
autoritaires ou policiers, il est impossible
d’avoir une presse libre. C’est une «guéguerre»
inégale opposant le chat à
la souris. Bien entendu, je n’ai pas besoin
de préciser qui dans cette «guéguerre»
est la souris.
Entretien réalisé
par :
Hassane ZERROUKY |
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