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Je
souhaite de tout cœur que Mohamed Benchicou
puisse bénéficier d’une grâce
et passer les fêtes de l’Aïd
avec les siens. Je souhaite également
que ses amis l’aident avec une sérieuse
prise en charge pour sauver ce qui reste
à l’être car, comme vous le
savez, sa santé n’est pas au beau
fixe. J’espère enfin que son expérience
nous servira tous de leçon pour l’avènement
d’une véritable démocratie
en Algérie.
On
s’achemine vers le fait que Benchicou est
obligé d’effecteur les deux années
de prison ferme. C’est le pire scénario
qu’on puisse imaginer. Il n’a pas été
libéré pour des raisons difficiles
à cerner en mettant tout le monde
dans une situation délicate dans
la mesure où il sera difficile de
contester une décision de justice
quelle qu’elle soit. Il est difficile d’accepter
qu’un confrère soit en prison. Il
reste que les efforts déployés
par les uns et les autres pour essayer de
lever cette mesure n’ont pas été
à la hauteur de cette situation.
De toute évidence, il n’a pas été
facile de démanteler les multiples
faisceaux qui ont conduit à cette
situation. Ce qui n’est pas vraiment envisageable
dans la mesure où cela révèle
la persistance d’une tension encore grande
entre différents secteurs de la scène
politique nationale. Et la persistance de
cette tension inique probablement que les
luttes politiques dans notre pays continuent
à être très violentes.
Cela n’est évidemment pas très
positif pour tous. Aussi, cela n’a pas été
possible de le faire dans le cadre des différentes
grâces au cours de ces deux dernières
années. C’est également un
signe très inquiétant indiquant
que nous ne sommes pas encore sortis de
la phase des affrontements et de l’incapacité
à cohabiter dans un climat démocratique
apaisé. Et précisément,
les nouvelles conditions à venir
nous amènent à penser que,
quelque part, la volonté de maintenir
les affrontements à un niveau de
violence levée est probablement souhaitée.
Dans quel but ? Il est très difficile
de répondre pour l’instant dans la
mesure où plusieurs secteurs du pouvoir
ont laissé entendre que la place
d’un journaliste n’est pas en prison. D’autant
plus que la philosophie que la charte pour
la paix et la réconciliation nationale
laissait entrevoir des mesures d’apaisement
qui auraient pu concerner Mohamed Benchicou
qui n’a commis, jusqu’à preuve du
contraire, ni massacre, ni posé de
bombes dans un lieu publique.
On
ne pouvait imaginer que la décision
d’emprisonnement de deux années ferme
serait mise à exécution. Nous
souhaitons que Mohamed Benchicou puisse
être libéré au plus
tôt et que la page soit définitivement
tournée pour passer vers une nouvelle
étape dans la construction d’un pays
démocratique où la liberté
de la presse serait réelle et effective.
Savoir
qu’il y a un journaliste en prison prouve
pour toute la corporation que le combat
pour la liberté d’expression et la
liberté de la presse n’a pas encore
abouti. Et pour consacrer cette liberté
pour laquelle beaucoup de journalistes ont
payé de leur vie, les personnes des
médias doivent prendre leur responsabilité
pour faire aboutir cette lutte et la mener
à terme. Bien entendu, ce combat
ne peut être mené qu’avec l’adhésion
de la société qui a prouvé
plus d’une fois son attachement à
la liberté d’expression et à
la presse. Le maintien de Mohamed Benchicou
en prison et la succession de procès
à laquelle il fait face montrent
que le gouvernement n’entend pas faire de
cadeau à la presse.
Un
journaliste et directeur de journal est
emprisonné comme un criminel. On
sait qu’il n’est pas là où
il est pour avoir commis un crime, mais
il a seulement exprimé librement
ses opinions et utilisé son droit
de libre expression. Il est aussi intolérable
qu’il soit en prison sans soins médicaux
au moment où on parle de démocratie
et de droits de l’homme. Pour moi, il est
difficile de pratiquer la profession de
journaliste en sachant qu’un des nôtres
est privé de sa liberté. J’espère
aussi que la corporation ne va pas oublier
d’autant que Mohamed Benchicou ne regrette
rien et ne demande pas de grâce. Pour
lui, la seule façon d’exercer sa
profession est de la faire librement.
Au
bout de ces 500 jours de détention,
nous espérons voir enfin notre confrère
Benchicou libéré dans les
plus brefs délais. C’est ainsi qu’au
moment où l’on parle de réconciliation
nationale et qu’on accorde des circonstances
atténuantes à ceux qui ont
fait du tort à ce pays. Les journalistes
ont pourtant payé un lourd tribut
durant ces dernières années.
Benchicou se retrouve emprisonné
et quels que soient les griefs retenus contre
lui, il est honteux que l’on parle de démocratie
et de droits de l’homme dans de telles conditions.
En
dépit des efforts consentis pour
sortir Benchicou de prison, les autorités
font la sourde oreille. Mais son combat
n’est pas vain. Il est emprisonné
pour ses écrits. Ainsi et en dépit
du fait que Reporters sans frontières
a sensibilisé à cette question,
les pays européens, notamment la
France, préfèrent mettre en
avant leurs intérêts et la
question de la liberté d’expression
en Algérie leur est indifférente.
Nous demandons donc la libération
du directeur du Matind’autant qu’il a de
graves problèmes de santé.
C’est un journaliste, un écrivain
et un intellectuel qui a fait face lors
des années où le terrorisme
faisait rage. Actuellement, on préfère
libérer ceux qui tuent des citoyens
par milliers.
Nous
sommes peinés de voir un membre de
notre corporation en prison. C’est un constat
des plus amers. Et dans ce cadre, nous espérons
un geste fort des autorités pour
amender la peine de Mohamed Benchicou. De
ce fait, notre métier sensible qui
nous fait faire des erreurs tous les jours
fait qu’à l’instar des autres pays,
nous offrons des garanties pour tous types
de condamnations. Nous sommes des citoyens
comme les autres, il faut à tout
prix éviter la prison à un
journaliste quel que soit le délit
d’opinion. Dans cette optique, il reste
beaucoup à faire dans cette profession
notamment dans le cadre de la problématique
de l’éthique et de la déontologie
à même d’éviter les
atteintes diffamatoires qui discréditent
notre profession.
La
donne n’a pas changé depuis 500 jours.
La presse subit la même répression
depuis déjà plusieurs années.
Nous avons constaté une offensive
contre la presse depuis les élections
du 8 avril 2004. Mais avant cette date,
nous avons connu aussi les amendements du
code pénal qui constituent un grand
recul en matière de garantie juridique
à la liberté d’expression.
Mon sentiment personnel est que l’Algérie
recule en matière de liberté
de la presse. Un constat amer encore plus
dur avec le manque de mobilisation de la
presse soit pour dénoncer la répression,
soit pour améliorer la profession
.
Propos
recueillis par :
Meriem
OUYAHIA & F. ZOHRA B |
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