Mme Fatiha
Benchicou, jointe hier par téléphone,
a tenu à rassurer, à partir
de Paris, que le moral de son mari incarcéré
à la prison d’El Harrach, à
Alger, depuis le 14 juillet 2004, est excellent.
Elle évoque,
par contre, la dégradation de la
santé de son mari. Elle estime que
museler la presse est un des objectifs des
pouvoirs publics. Elle appelle la corporation
et la société civile à
rejoindre les rangs de soutien à
la presse.
Quel
est l’état de santé de Mohamed
Benchicou ?
Il
y a deux volets sur le plan de la santé.
Le premier, sur le plan moral, cela ne surprendra
pas les gens qui le connaissent quand je
vous dis que son moral est bon, excellent.
Et ce, grâce à sa personnalité,
au soutien aussi bien à Alger qu’à
l’étranger qui ne s’est pas essoufflé
et à celui de ses codétenus
auprès desquels il a trouvé
une deuxième famille. Dès
son arrivée à la prison d’El
Harrach, ses codétenus ont vite compris
qu’il était là pour ses opinions
et pour ses écrits. Ils se sont constitués
comme une barrière entre lui et ceux
qui continuent à le harceler de l’extérieur.
Ils l’ont protégé pour adoucir
son séjour en prison. Son état
physique s’est par contre dégradé
depuis deux années parce qu’il a
perdu un grande capacité de mobilité
de son bras droit. Je pense qu’il a une
arthrose.
Comment
expliquez-vous le silence des pouvoirs publics
en dépit d’une forte mobilisation
pour sa libération ?
Les
autorités n’ont jamais renoncé
à faire disparaître la presse
libre. Plus que jamais, museler la presse
reste l’un de leurs objectifs.
Pour preuve, le récent emprisonnement
de Bachir Larabi, correspondant du quotidien
El Khabar à Naâma, et la condamnation
à des peines fermes de 18 journalistes
en 2005. C’est un projet auquel elles (les
autorités, ndlr) tiennent et nous
sommes nombreux à l’avoir compris.
Au-delà de la libération de
Mohamed et de Bachir Larabi, nous avons
compris que nous avons encore du pain sur
la planche. Nous devons lutter pour défendre
notre acquis comme l’existence de la liberté
de presse et d’expression comme piliers
d’un Etat démocratique.
Est-ce
que vous envisagez de passer à une
étape supérieure pour exiger
la libération de Mohamed Benchicou ?
Nous
avons fait le maximum avec les comités.
Nous ne comptons pas baisser les bras. Nous
allons continuer dans cette voie pour empêcher
et dénoncer le harcèlement
et l’emprisonnement des journalistes. Quant
à passer à une étape
supérieure, plus que jamais les comités
de défense de la liberté de
la presse ont besoin de renforts. J’appelle
toutes les personnes éprises et qui
veulent défendre cet acquis démocratique
au sein de la société civile
et surtout dans la corporation de rejoindre
les rangs de soutien à la presse.
Rabah
BELDJENNA |