La
défense interpelle le plus haut magistrat
du pays pour mettre un terme à cette
mascarade. Me
Ali Benarbia, porte-parole du collectif
des avocats de Mohamed Benchicou, a animé,
hier, une conférence de presse dans
les locaux du Soir d’Algérie. Me
Benarbia était accompagné
de Mme Fatiha Benchicou. À l’ordre
du jour, une affaire délicate : la
mystérieuse disparition du dossier
de M. Benchicou au niveau de la Cour suprême.
“Le dossier demeure à ce jour introuvable.
On a fait des demandes, on a sensibilisé
les plus hautes instances du pays. Aucune
réponse officielle n’est venue mettre
fin à nos inquiétudes”, affirme
Me Benarbia avant de commenter : “C’est
une situation burlesque.” Qui est responsable
de cette négligence ? Le responsable
“matériel” est tout désigné
: la Cour suprême. Le responsable
réel, moral, politique : le système.
Mais pour Me Benarbia, à la limite,
la question du qui a fait perdre le dossier
est secondaire. Il souligne toutefois qu’en
32 ans de carrière, c’est la première
fois qu’il se voit confronté à
une telle situation. “Vous savez, la Cour
suprême, c’est comme les coffres-forts
de la Banque centrale : les dossiers y sont
gardés avec une extrême vigilance,
comme la banque garde ses trésors”,
dit-il. Notons que la disparition a été
relevée par les avocats depuis plusieurs
mois. “Mais nous ne voulions pas ébruiter
l’affaire avant d’être sûrs”.
Me
Benarbia poursuit : “Je n’accuse personne.
De même que la justice fonctionne
sur le principe de la présomption
d’innocence, nous accordons la présomption
de bonne foi aux services de la Cour suprême.
Ce n’est pas le tribunal de Hassi-Bahbah
ou de Bab El-Oued. C’est tout de même
la plus haute instance du pays.” L’avocat
de M. Benchicou préfère donc
considérer que cette négligence
n’a pas été commise volontairement
“autrement, ce serait un crime très
grave”. “Quoi qu’il en soit, volontaire
ou pas, cette disparition pose un problème
de déni de justice. C’est une situation
de non-droit. Depuis un an, nous attendons
ce pourvoi. Et voilà que nous apprenons
que le dossier est égaré.
Il faut mettre le holà. Basta ! On
demande le respect des droits de la défense.
Pas à Mohamed Benchicou comme journaliste
ni comme directeur mais comme citoyen. Prenez
vos responsabilités, Messieurs !”
martèle le conférencier. Que
convient-il de faire ? “Il ne nous appartient
pas à nous, défense, de reconstituer
le dossier. Il y a des instances pour cela.
Il faut reconstituer le dossier, le programmer
et faire passer le pourvoi”, plaide Me Benarbia.
Ce dernier estime que la justice devrait
prononcer la libération pure et simple
du justiciable dans la mesure où
la disparition du dossier prive M. Benchicou
du droit à un procès équitable
jusqu’à extinction de l’action judiciaire
et épuisement de tous les recours.
“À situation de non-droit, il faut
une solution de droit. C’est sa libération.
Ce n’est pas sorcier de mettre quelqu’un
en liberté en suivant la procédure
la plus régulière”. Le porte-parole
du collectif est convaincu que si le pourvoi
avait abouti, la cassation aurait été
“imparable”.
La
crainte de Me Benarbia est que le dossier
réapparaisse comme par enchantement
peu de temps avant que M. Benchicou eût
fini de purger sa peine. “On refuse de conclure
à l’acte volontaire, mais agissez,
bougez, retrouvez ce dossier et faites quelque
chose comme pour n’importe quel citoyen
! À défaut d’une telle diligence,
force est de conclure à une volonté
inavouée de laisser ce dossier en
souffrance comme Mohamed Benchicou jusqu’à
la fin de sa peine ou presque, et le pourvoi
n’aura servi à rien”, prévient
l’avocat avec vigueur. Aussi lance-t-il
un appel, au nom du collectif qu’il représente,
au premier magistrat du pays pour intervenir
dans cette affaire et mettre un terme à
cette mascarade. “Il y va de la crédibilité
de notre justice, des institutions de l’État
et de l’idée même de l’État
de droit que nous aspirons à édifier”.
Pour
sa part, Mme Benchicou a exprimé
sa gratitude à tous ceux qui ont
soutenu son combat et sa cause. Loin d’être
amoindrie, courageuse comme son mari, c’est
une femme rayonnante et déterminée
qui prend la parole. Elle a tenu à
dire combien Mohamed est coriace et combien
est désespérée la tâche
de ceux qui rêvent de le voir à
genoux. “Mon mari est un homme courageux
qui a su rester debout. La prison, ce n’est
pas la fin du monde. Ce qui compte, c’est
la dignité. Je pense qu’il faut écrire
avec audace ou se taire. Cette incarcération,
nous devons la capitaliser. Il faut que
les autorités ne s’avisent plus à
jeter des journalistes en prison. Les autorités
espéraient terroriser les gens dans
ce pays. Il restera toujours l’essentiel,
c'est-à-dire la dignité”.
Pour
finir, Me Benarbia a transmis aux confrères
présents à cette conférence
les salutations militantes de Mohamed Benchicou
et ses vœux de voir la cause pour laquelle
il est (honteusement) incarcéré
“contaminer” toute la corporation. Mohamed
Benchicou, rappelons-le, est incarcéré
à la prison d’El-Harrach depuis le
14 juin 2004, soit depuis 413 jours.
Mustapha
BENFODIL |
|