L’émotion
et la joie étaient, encore, au rendez-vous,
hier à la Maison de la presse Tahar
Djaout. Mohammed Benchicou, directeur du
quotidien Le Matin est libéré
dans la matinée après deux
ans d’emprisonnement à la maison
d’arrêt d’El Harrach.
Bien
que l’heure de la libération du journaliste
n’ait pas été communiquée,
faute d’information, des journalistes, des
militants politiques et des représentants
de syndicats autonomes ainsi que les délégués
du Mouvement citoyen, ont pris d’assaut
la Maison de la presse, tandis que les animateurs
du comité Benchicou pour les libertés
et la famille de l’ex prisonnier attendaient
devant la prison.
Emotion
et souvenirs
Sorti d’El Harrach à 10h30’, Mohammed
Benchicou et ses accompagnateurs,
parmi lesquels on pouvait distinguer Bélaid
Abrika et Rachid Allouache des archs, Hamid
Farhi du MDS et d’autres figures connues
ou anonymes, s’est dirigé vers la
place de la liberté de la presse,
sise à la rue Hassiba Ben Bouali
où il a déposé une
gerbe de fleurs à la mémoire
des journalistes assassinés par le
terrorisme, sous les applaudissements des
présents et des cris de "pouvoir
assassin". Certains présents
ont même tenté d’improviser
une marche vite stoppée par des organisateurs
qui ne voulaient pas créer d’incident.
Même scénario devant le hangar
de l’ETUSA, où de jeunes journalistes
furent fauchées à la fleur
de l’age par un chauffeur de bus lors de
la marche historique du 14 juin 2001.
C’est sous un soleil de plomb que Benchicou
et ses compagnons sont arrivés, enfin,
à 11h50’ à la maison de la
presse où une foule nombreuse les
attendait. Première escale : le siège
de son journal fermé il y a près
de deux ans, c’est-à-dire quelques
mois après son emprisonnement. Benchicou
revient sur les lieux de son travail deux
années plus tard. Les murs et l’enseigne
du quotidien sont toujours là, mais
à l’intérieur, il ne reste
que de la poussière et quelques souvenirs
symbolisés par des notes de service
et le mobilier. L’émotion est à
son comble et les youyous fusent de partout
tout comme les cris de certains militants
des archs qui ont repris, à l’occasion,
certains de leurs slogans délaissés
depuis belle lurette. L’escale ne durera
que quelques minutes, puisque le journaliste
s’est dirigé, ou il a été
dirigé, vers le siège du défunt
conseil de l’éthique et de la déontologie,
transformé entre temps en bureau
du comité Benchicou. Difficile de
se frayer un chemin devant le zèle
de certains accompagnateurs, notamment des
délégués des archs.
A l’intérieur attendait un autre
journaliste, marocain celui-là. Ali
Lemrabet, puisque c’est de lui qu’il s’agit,
recevra quelques minutes plus tard le prix
Benchicou pour la plume libre. Avant de
rejoindre la foule qui attendait, le journaliste
fait une visite au Soir d’Algérie,
seul journal visité, qui se trouve
à quelques encablures de là.
Matoub
pour animer la fête
Pendant ce temps, des confrères et
des citoyens anonymes s’échangent
des propos, partagés entre la joie
de voir un journaliste libéré
et celle d’une appréhension sur l’avenir
de la corporation. Première remarque
: hormis les représentants de l’aile
de Ali Hocine du MDS, aucun représentant
de partis politiques, dits démocrates,
n’était présent. Seul l’infatigable
Ali Yahia Abdenour a suscité la curiosité
des journalistes. "Mohamed Benchicou
a quitté sa petite prison pour se
retrouver dans cette grande prison qu’est
l’Algérie. Il faut lutter pour plus
de libertés dans ce pays", déclare
entre autres le vieil avocat derrière
ses lunettes de soleil.
Pendant que Mohamed Benchicou prenait un
peu de recul, les organisateurs ont trouvé
une bonne solution pour ne pas ennuyer les
présents. Des opus du défunt
Matoub Lounès sont diffusés
à grands décibels, donnant
un cachet de fête à l’évènement.
Le soleil brûlant n’a pas dissuadé
les présents de rester sur place
pour écouter le journaliste libéré
et le voir à l’oeil nu.
Vers 13 heures, un des animateurs des archs
est enfin monté sur le perron de
la maison de la presse pour inviter l’assistance,
composée de quelques dizaines de
personnes, à se rapprocher. Benchicou
apparaît dans une forme époustouflante.
Sourires mêlés d’émotion
sont visibles sur son visage. C’est le moment
de décerner le prix qui porte son
nom, dans sa deuxième édition,
au journaliste marocain, Ali Lemrabet et
à Bachir Larabi. Le directeur du
quotidien Le Matin, aujourd’hui fermé,
se contentera de quelques phrases, prononcées
avec une gorge serrée. "Après
deux ans de prison, je ressors intact est
déterminé. N’ayez pas peur
de leurs prisons. Vous y trouverez des Algériens
qui vous aideront. L’Algérie a besoin
de liberté et c’est le moment de
lutter pour arracher cette liberté",
se contentera de dire le journaliste, qui
a retenu difficilement ses larmes, avant
de donner le prix aux deux journalistes.
Et la foule, soulagée, se disperse
avec un numéro du Matin, gratuit
et symbolique, entre les mains.
Par ailleurs, juste après la cérémonie,
le Syndicat National des Journalistes (SNJ),
la Fédération Internationale
des Journalistes (FIJ) et Reporters Sans
Frontières (RSF) ont diffusé
des communiqués dans lesquels ils
se félicitent de la libération
du journaliste et demandent de "poursuivre
la lutte".
Ali
BOUKHLEF |
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