En dépit
d’une présence modeste au rassemblement
initié hier par le Comité
Benchicou pour les libertés à
la maison de la presse Tahar Djaout, à
Alger, la détermination, elle, reste
intacte, véhiculée par des
mots chargés d’émotions. Détermination
surtout parce que les pressions qui pèsent,
ces derniers temps, sur les gens de la plume
font craindre le pire pour la presse libre
à l’avenir.
Ce que d’aucuns
ont compris. « On va vivre une
année 2006 particulière parce
qu’ils (les pouvoirs publics, ndlr) ont
décidé de manière totale
de mettre en application le code pénal »,
avertit le directeur de publication d’El
Watan. M. Belhouchet estime que « le
modèle autoritaire va se mettre en
place avec la manne financière ».
Ainsi, suggère-t-il de multiplier
des initiatives (rassemblement, pétitions...)
pour poser le problème des graves
atteintes à la liberté de
la presse et à la libre expression.
« Cela devrait nous réveiller
et nous donner à réfléchir
pour affronter le harcèlement à
travers une large mobilisation »,
a-t-il dit. Lui succédant, M. Brerhi
du CCDR est allé dans le même
sens. « Nous sommes une bande
irréductible, on doit s’interroger
sur une forme d’organisation que la société
civile doit prendre », a-t-il
préconisé. Le représentant
du CCDR, parti non encore agréé,
va plus loin en estimant que ce n’est pas
seulement la liberté d’expression
qui est en danger, mais la liberté
de la vie. « Le pouvoir va plus
loin que museler la presse, ce n’est que
la partie visible de l’iceberg »,
a-t-il dit. Ali Djerri, directeur général
d’El Khabar, n’en dira pas moins. Lui, qui
est déjà scandalisé
par l’emprisonnement de l’un de ses journalistes,
Bachir Larabi en l’occurrence. Les intentions
des autorités, selon lui, sont claires :
étouffer la presse. « Elles
ont confirmé, à travers l’emprisonnement
de Larabi, que leur seule préoccupation,
ce sont les journalistes », a-t-il
tranché. Pour lui, le correspondant
à El Bayadh n’a fait que son travail :
« Dénoncer le wali, des
preuves à l’appui. » Et
d’ajouter : « Logiquement,
c’est au procureur de s’autosaisir de cette
affaire. » M. Djerri met
lui aussi en exergue la détermination
de la corporation. Si Hassan Abdelkrim,
ancien officier de l’ALN, accompagné
de l’une de ses amies de combat, la Française
Anis Stiller, regrette « certains
comportement qui sont contraires à
ceux pour lesquels on a milité pour
la libération du pays ».
Emue, Mme Stiller exprime, elle aussi,
sa crainte pour la presse. « Si
je suis là aujourd’hui, c’est parce
que j’ai peur », a-t-elle dit
avant de trancher : « Vous
continuez, car c’était autre chose
que voulait le 1er Novembre. »
Une déclaration contrastée
par le climat d’oppression et de répression
que vit la corporation. Ainsi pour la seule
année 2005, « 18 journalistes
ont été condamnés à
la prison ferme et risquent d’être
embastillés à tout moment »,
rappelle le Comité Benchicou pour
les libertés dans une déclaration-pétition
lue à l’occasion. Aux yeux du comité,
« ce triste palmarès détenu
par l’Algérie des années 2000
est le résultat d’un climat de tension
sciemment entretenu par le régime
pour tuer ce qui reste de liberté
dans la presse avant de liquider les autres
libertés. Toutes les libertés. »
Le comité exige la cessation immédiate
du harcèlement systématique
des journalistes, la libération de
Mohamed Benchicou et de Bachir Larabi et
la relaxe de tous les journalistes condamnés
à des peines fermes. Il demande également
l’abolition de l’article 144 bis du code
pénal et l’adoption d’une loi qui
promeut la liberté de la presse et
protège le journaliste dans l’exercice
du métier. Le comité appelle
enfin l’ONU ainsi que les ONG de défense
des droits de l’homme à exiger de
l’Etat algérien de se conformer aux
conventions et pactes internationaux relatifs
à la liberté d’expression
et à la liberté de presse
ratifiés par. Il demande enfin à
l’UE, à travers l’application de
l’article 2 de l’accord d’association, d’user
de toute son influence pour le respect par
les pouvoirs publics de la liberté
d’expression.
Rabah
BELDJENNA |
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