Le pourvoi
en cassation de Mohamed Benchicou est toujours
introuvable. Le collectif des avocats de
la défense est, depuis des mois,
en quête d’explications.
Sans
résultat. « Aucune réponse
officielle ne nous a été donnée »,
indique Me Ali Benarbia, l’un des avocats
de la défense. Le parquet général
de la cour d’Alger a transmis le dossier
de pourvoi à la Cour suprême
le 24 octobre 2004. « Il a été
bien enregistré », précise
Me Benarbia. Huit mois après, le
dossier s’est « volatilisé »,
sans laisser de traces. Un fait inédit
que même les fonctionnaires de la
plus haute instance judiciaire de l’Algérie
n’arrivent pas à expliquer. Ils ne
savent pas ce qui s’est passé ni
ce qu’on a fait du dossier de pourvoi de
Benchicou. Il s’agit d’un cas unique. « Je
ne pense pas qu’il y ait d’autres cas »,
souligne Me Benarbia. L’avocat est revenu
sur « cette situation inédite »
à travers une conférence de
presse, hier, au siège du Soir d’Algérie,
à la maison de la presse Tahar Djaout,
à Alger. « J’ai 32 ans
de carrière et c’est la première
fois que j’entends parler d’un dossier de
pourvoi égaré »,
soutient-il. Selon lui, la Cour suprême
ressemble aux coffres-forts de la Banque
d’Algérie. « Il est difficile
de perdre un dossier à ce niveau.
Car tout est soigneusement gardé »,
observe-t-il. Désigné porte-parole
du collectif des avocats de Benchicou, Me
Benarbia précise qu’il ne vise aucun
responsable par ses propos. Je n’accuse
personne », souligne-t-il avant
de dénoncer le statu quo. Le ministère
pourrait classer cela dans son épais
registre des « dysfonctionnements »
de l’appareil judiciaire. « Le
collectif, qui m’a mandaté pour parler
en son nom, croit que la perte du pourvoi
est involontaire », ajoute Me
Benarbia. Il estime que la Cour suprême
est une institution qui bénéficie
de « la présomption de
la bonne foi ». L’avocat lance
ainsi « un appel solennel »
au premier magistrat du pays afin de donner
des instructions fermes qui mettront « un
terme à ce grave dysfonctionnement »
et qui permettront de retrouver rapidement
le dossier. Sinon, il demande ainsi à
ce que la Cour suprême reconstitue
et programme le dossier de pourvoi pour
que Mohamed Benchicou puisse avoir son jugement
définitif. Dans ce cas, Me Benarbia
demande la libération du détenu,
en attendant que son sort soit fixé.
« A une situation injuste, il
faut une solution juste et judicieuse »,
enchaîne-t-il. Considérant
que le dossier de Benchicou est « très
sensible », Me Benarbia trouve
que cela y va de la crédibilité
même de la Justice. L’idée
d’un acte volontaire demeure probable. Seulement,
il n’y a, à présent, rien
qui peut confirmer ou consolider une telle
thèse. « S’il s’avère
qu’il s’agissait d’un acte délibéré,
cela constituera un crime de forfaiture »,
soutient-il. L’avocat demande « le
respect des droits de la défense
de Mohamed Benchicou en tant que citoyen
qui s’est pourvu en cassation ».
Me Benarbia trouve, en outre, que l’aboutissement
du pourvoi de Benchicou est « imparable ».
« Le collectif est en droit donc,
de s’interroger sur cette disparition subite »,
clame-t-il. L’avocat précise que
le collectif compte patienter encore quelques
jours pour ne pas agir à la hâte.
Si rien n’est fait d’ici là, il passera
à l’action. « Nous allons
saisir toutes les instances et ONG internationales »,
affirme Me Benarbia. Pour lui, laisser le
dossier en souffrance est aussi causer plus
de souffrance à Benchicou. L’avocat
prévient quant au risque que la reconstitution
du dossier soit laissée jusqu’à
2 mois avant que le détenu purge
la totalité de sa peine ou peut-être
jusqu’à 4 mois après. « Ce
sera un pourvoi qui ne servira à
rien », atteste-t-il. Mohamed
Benchicou en est à son 14e mois à
la prison d’El Harrach. Il a été
condamné à 2 ans de prison
ferme le 14 juin 2004. Peine confirmée
en appel le 11 août de la même
année. Son épouse, présente
à la conférence de presse
à côté de Me Benarbia,
appelle la corporation à faire preuve
de plus d’audace et à ne pas avoir
peur de la prison. « Je ne suis
pas abattue et mon mari est courageux »,
souligne-t-elle. « La prison
n’est pas la fin du monde. L’essentiel est
qu’en tant que journalistes, vous devez
garder votre dignité et votre charisme
et poursuivre le combat pour la liberté
de la presse », ajoute-t-elle.
Mokrane
AÏT-OUARABI |
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