C’est
en tombant nez à nez avec la une
de mon propre journal l’autre jour que j’ai
sursauté. De ces sursauts de mec
en liberté, doucereusement lové
dans le sofa de son salon et qui lit «Benchicou,
400e jour d’incarcération».
Pourtant, le compteur que le Soir d’Algérie
a placé d’office en première
page, je le vois tous les jours. Mais là,
ce «chiffre rond», ces deux
zéros qui suivent le 4, ça
m’a remué. 400 jours que Mohamed
survit derrière des barreaux dans
l’Algérie fréquentable de
2005. C’est toujours facile d’énoncer
un chiffre, une addition de jours lorsque,
ensuite, il suffit de tendre la main pour
se saisir du zappeur et de s’envoyer un
bon film ou de se lever et faire quelques
pas seulement pour happer une canette de
n’importe quel breuvage dans le frigo. Pourquoi
bon Dieu, au moment précis où
ce chiffre de 400 faisait un bruit d’enfer
dans ma tête, me revenait comme un
empoisonné ressac le silence lourd
de la Maison de la presse. La canicule et
les congés ne peuvent pas tout expliquer.
Yal’ khawa ! Ne sommes-nous pas en train
d’abandonner Mohamed à l’entrée
payante de nos plages de sable fin, à
la lisière de nos clôtures
et appartements à repeindre, de nos
enfants à amener au restaurant à
poissons afin d’effacer notre mauvaise conscience
hivernale, celle qui nous les aura fait
négliger l’année durant ?
Wach, yal' khawa ? Vous rendez- vous compte
que le régime qui s’était
juré de faire payer Benchicou veut
lui en faire baver un peu plus. Le 7 septembre
prochain, à la rentrée, lorsque
nous serons rassasiés de poisson,
d’iode et d’amour pour nos enfants, lorsque
nous réintégrerons, bronzés,
nos rédactions, Mohamed sera amené
au tribunal pour neuf procès en appel
! Savez-vous que le must de l’assassinat
lent dont est victime en ce moment Benchicou
vient de connaître un «raffinement»
particulièrement sadique ? Son dossier
de pourvoi est officiellement déclaré
perdu au niveau de la Cour suprême.
En clair, le dossier du détenu le
plus surveillé du pays, le plus épié
du pays et le plus médiatique du
pays a été égaré
au bon moment, celui des délais légaux.
J’ai de la peine à le croire. Même
avec la canicule. Même avec les congés.
Même avec la lassitude. Même
avec les yeux rivés sur les chiffres
des tirages. J’ai de la difficulté
à croire que l’on puisse égarer
le dossier de Mohamed. Par contre, je crois
de plus en plus que les miradors d’El-Harrach
ne sont décidément plus visibles
de la Maison de la presse. Une question
de perspective, peut-être. Inaâl
bouha khedma ! Je fume du thé et
je reste éveillé, le cauchemar
continue.
Hakim
LAÂLAM
P.
S. : Hier, 24 juillet, une
triste date-anniversaire. Cela fait un an,
jour pour jour, que le quotidien Le Matin
a été liquidé. |
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