Si
la condamnation de Benchicou devait servir
de mise en garde aux autres journalistes,
il faut admettre que c'est "raté",
et que le fiasco est à la mesure
des deux années de prison.
Mohamed
Benchicou est enfin libre ; une liberté
retrouvée au bout de deux pénibles
années de prison à El-Harrach.
Ainsi ceux qui ont juré de lui faire
payer sa liberté de ton, sa liberté
d’expression, sa liberté tout court
sont allés jusqu’au bout de l’injustice.
Le faire taire par l’enfermement. Sont-ils
donc arrivés à leur fin ?
oh que non ! La liberté d’expression
et celle de pensée sont des droits
inaliénables de la personne humaine.
Ce qui en d’autres termes signifie que personne
ne peut les mettre indéfiniment au
cachot, les idées ne s’emprisonnent
pas. Et l’histoire nous a enseigné
que le droit finit par triompher. Les exemples
sont légion dans le monde. Revenons
maintenant à l’exercice de notre
métier de journaliste et à
l’usage de ces libertés. Il faut
reconnaître que sans celles-ci, il
n’y a point de presse dans sa dimension
démocratique et sa portée
universelle.
En
partant de ces évidences, le journaliste
ne doit en aucun cas être privé
de l’essence même de son métier,
à savoir chercher et rapporter à
ses lecteurs toutes les informations nécessaires
à la compréhension de la situation
dans notre pays et dans le monde. Tout cela
dans le respect de l’éthique, de
la déontologie et des lois en vigueur.
Mais faut-il que celles-ci soient débarrassées
de leur contenu scélérat et
répressif. Ainsi, là où
il n’aurait fallu user que de mots, on a
fait usage du bâton et mis sous écrou
un grand journaliste. Deux ans après,
Mohamed Benchicou sort de prison, grandi
par l’épreuve et plus déterminé
que jamais à lutter contre l’injustice
et l’arbitraire. Dans son message à
la société, et à tous
ceux qui de près ou de loin l’ont
aidé ou lui ont témoigné
leur sympathie, Benchicou les remercie et
les assure qu’il “ressort intact”. Aussi,
si sa condamnation devait servir de mise
en garde aux autres journalistes, il faut
admettre que c’est “raté”, et que
le fiasco est à la mesure des deux
années de prison. Une tache de plus
dans l’histoire de la presse algérienne.
Cette
heureuse libération intervient à
un moment où la langue de bois a
supplanté l’information faisant un
come-back très remarqué. Nous
assistons donc aujourd’hui à une
régression qui nous renvoie aux années
de plomb, à l’ère du parti
unique et de “l’article 120”. Un chef du
gouvernement s’en va un autre arrive, des
déclarations sibyllines par-ci, et
assassines par-là, ne cessent de
faire et défaire les membres de l’exécutif,
des généraux, la révision
de la constitution, les walis, les hauts
fonctionnaires et que sais-je. C’est donc
ce type d’infos ou de rumeurs qui circulent
dans les travées du pouvoir et qui
naturellement se retrouvent dans les colonnes
de journaux.
Il
faut croire que le pouvoir a peur de communiquer,
et que sa meilleure défense est l’opacité
et un savant dosage entre l’information
officielle et le silence calculé.
Voilà en quelques mots les circonstances
et les conditions dans lesquelles baigne
la presse. Dans de telles conditions, l’on
se retrouve à faire des spéculations,
à élaborer des scénarios
et à prédire des événements.
Et même dans ce contexte, lorsque
les articles n’agréent pas les puissants
du moment, c’est la main lourde de la justice
qui s’abat sur les journalistes. Le nombre
de procès contre la presse montre,
si besoin est, que le combat est encore
à mener, pour qu’elle acquière
la place et le rôle qui sont les siens.
Ali
OUAFEK |
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