Le
prestige de la nation en est à se
satisfaire des diadèmes qu'il peut.
Le roi Mohammed VI nous boude ? On se contentera
de Miss Angleterre. Entre deux couronnes,
il faut savoir se contenter de la plus disponible.
Avec Bouteflika, le narcissisme s'accompagne
inéluctablement de déchéance.
« Mohammed VI a téléphoné
à Bouteflika », nous apprend
en grosses manchettes El Moudjahid. Quel
bonheur ! Le journal ne dit pas si le souverain
chérifien a utilisé son portable
ou le téléphone doré
du palais royal, mais avec ce titre arboré
le jour du forum sur Abane Ramdane qui en
fut le cofondateur, El Moudjahid démontrait
avec éclat que la décadence
n'avait pas de limite.
Le
Président Bouteflika ramassé,
ramené à sa dimension de noceur-diplomate
par les chefs d'Etat du Maghreb, voilà
qui nous réveille sur notre condition
: nous sommes aujourd'hui un pays sans influence,
sans prestige et sans destin. Notre chef
de l'Etat pensait qu'il suffisait de cette
diplomatie de la rumba pour s'attacher la
considération de ses semblables.
Dans le monde d'aujourd'hui, il faut, hélas
ou tant mieux, bien plus que ça aux
nations pour devenir interlocutrices. La
confiance et le respect s'arrachent par
la crédibilité intérieure
d'un pays, jamais par les épanchements
et les accolades télévisées.
Quel crédit prétend encore
avoir notre diplomatie quand le ministre
des Affaires étrangères est
absorbé par la création d'un
comité de redressement à Tadmaït
et d'un autre à Boughezoul, quand
un sommet de l'Union du Maghreb se prépare
entre une bouillabaisse anti-Benflis à
Marseille sous l'égide de l'autre
ministre chargé de la diplomatie,
Messahel, et un loufoque tête-à-tête
Belkhadem-Si Affif à Annaba ?
Il
eut été bien cocasse qu'un
gang qui a si bien divisé l'Algérie
réussît à unifier le
Maghreb ! Nos voisins sont décidément
plus avisés qu'on ne le craignait.
Les brillants esprits militaires qui ont
fait du noceur-diplomate un Président
pour l'Algérie devraient être
fixés aujourd'hui sur l'étendue
de leur lucidité : Abdelaziz Bouteflika
a fait de l'Algérie un pays boudé
même par la Mauritanie ! Ce camouflet
est aussi le leur : dans le seul domaine
où ils attendaient de Bouteflika
quelque résultat, c'est-à-dire
dans le « rehaussement de l'image
de l'Algérie », leur poulain
a lamentablement échoué. Et
qu'ils se rassurent, la déconfiture
est harmonieusement répartie : les
investisseurs étrangers sont toujours
absents, le risque Algérie est toujours
élevé et le seul classement
où le pays est dans le peloton de
tête est celui de la corruption !
Bouteflika
a précipité le déclin
des illusions : aucune parodie électorale,
aussi réussie fût-elle, n'est
en mesure de fournir une alternative politique
crédible dans les conditions de déliquescence
actuelle. La population est coupée
de ses gouvernants, les contre-pouvoirs
sont neutralisés, les leviers de
commande sont entre les mains d'un seul
homme, le découragement s'est installé
et Chérif Belkacem n'a pas tort de
craindre qu'il ne faille se résoudre
à n'obtenir le changement que par
des combats de rue. Tout nous y conduit
en effet : le gang qui s'est emparé
du pouvoir en 1999 avec la bénédiction
des généraux refuse de céder
la place malgré ses échecs,
son impopularité, ses rapines, les
scandales qui l'éclaboussent et la
piètre image qu'il donne de l'Algérie.
Rien de plus normal : des roturiers arrivés
au trône par l'intrigue ne se résignent
jamais à le quitter, habitués
qu'ils sont aux plaisirs de la cour. Ils
trichent : Yazid Zerhouni, qui s'affiche
publiquement comme partie civile contre
un candidat, se prépare, sans talent,
à trafiquer les élections.
Ils corrompent : le clan présidentiel
s'achète, à vil prix, les
soutiens que son mandat ne lui a pas permis
d'accumuler. Ils répriment : les
opposants sont interdits de parole, cassés,
invalidés, interdits, suspendus,
condamnés, menacés Une coterie
de malfrats politiques, érigés
en gouvernants par la hiérarchie
militaire, entreprend de montrer ses biceps.
Pendant ce temps, apprend-on, l'Armée
s'est convertie à la neutralité.
Les poules sont invitées par le fermier
à s'organiser seules pour chasser
le renard que l'auguste maître des
lieux a fait entrer dans le poulailler.
L'affaire tournait déjà à
la galéjade. Voilà qu'elle
devient franchement grotesque: l'Armée
neutre devant le spectacle d'un Président
organisant à son aise un viol répété
de la République ! Neutre devant
la rapine, le pillage, l'injustice, la dictature
des va-nu-pied, ceux-là mêmes
qu'elle a érigés en souverains
d'un fier pays. Renvoyer la balle aujourd'hui
dans le seul camp de la société
civile n'est ni sain, ni pédagogique,
ni salvateur. Ce serait donner à
la société le rôle éprouvant
de pompier dans un contexte où le
clan présidentiel dispose des moyens
du châtiment, de la subornation, du
chantage et de la falsification. Demander
qu'une bravoure citoyenne supplée
les institutions pour sauver une République
que des décideurs ont abdiqué
un jour entre les mains d'une coterie marocaine
scélérate, ce serait avouer
une inaptitude impardonnable devant l'histoire.
Demander à des poitrines nues de
rectifier une lourde erreur politique face
aux armées de Zerhouni, face aux
larbins devenus hommes dans la patrie esseulée,
ce serait abandonner le champ de bataille
pour plaire à un parisianisme assassin.
Car
enfin, il faut en terminer avec cette frilosité
galonnée d'une Armée revenue
aux règles du jésuitisme dans
un pays livré aux brigands. Les intellectuels
convertis à la politique de l'absolu
sont à deviser de la non-ingérence
de l'Armée. Mais que ne les a-t-on
entendus quand Zerhouni cassait du Kabyle
? Que ne parlent-ils pas aujourd'hui que
prend fin, comme dirait Dilem, l'Année
de l'Algérie en France mais que s'éternisent
les cinq années du Maroc en Algérie
? Neutre mon général ? D'accord.
Mais dans un pays débarrassé
de vos bouledogues. Reprenez d'abord vos
coquins, mon général ! Restituez
le pays en l'état où Bouteflika
l'a trouvé. Participez à donner
à la société le temps
et le souffle pour créer une véritable
alternative démocratique. Aussitôt
après, oui, devenez neutre dans un
pays apaisé, fixé sur son
avenir, confié non à un gang
mais à ses véritables enfants.
Mohamed
BENCHICOU |
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