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Chroniques de Mohamed Benchicou

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Liberté de la presse en Algérie

     


[...] Mohamed Benchicou est jeté en prison, non pas pour l’histoire à dormir debout des « bons de caisse », mais pour sa hardiesse de journaliste imbu de valeurs de sa profession.  Chroniqueur de talent, mais aussi directeur d’un journal qui faisait toucher du doigt l’information,  et voilà ! Puis, avec son livre « Bouteflika : une imposture algérienne », Benchicou était allé encore trop loin dans sa tentation du diable. Qui mieux que lui a osé tenir tête à un Bouteflika omnipotent, ainsi qu’à ses laquais, dans un pays où on prend à présent les ombres pour des réalités ? [...]  De même qu'il aurait été stupide prétendre enfermer les idées, de même il est absurde de justifier l'injustifiable. La parole est liberté. Comme on dit, on chasse le naturel, et il revient au galop.  [...] Le monde change constamment au gré du vent des libertés. Et plus personne ne pourra infléchir ce formidable élan de conscience universel à l'épanouissement, à l'émancipation... Tous autant que nous sommes, et aujourd'hui plus que jamais, nous devons maintenir vivace la flamme de ces hommes libres qui ont su dire qu'une autre Algérie est possible. Celle des libertés, des droits humains et de la démocratie. N'en déplaise aux bien-pensants, aux guardiens du Temple qui semblent d'un autre âge. Mohamed Benchicou ressortira grandi de cette injustice dont  il est victime. Et il nous aura donné une leçon magistrale de liberté de dire. Donc, pas seulement d'informer, mais d'opiner aussi...

Mohamed Ziane-Khodja, juin 2004

Reprenez d'abord vos coquins, mon général !

Mohamed Benchicou, intellectuel et brillant journaliste algérienLe prestige de la nation en est à se satisfaire des diadèmes qu'il peut. Le roi Mohammed VI nous boude ? On se contentera de Miss Angleterre. Entre deux couronnes, il faut savoir se contenter de la plus disponible. Avec Bouteflika, le narcissisme s'accompagne inéluctablement de déchéance. « Mohammed VI a téléphoné à Bouteflika », nous apprend en grosses manchettes El Moudjahid. Quel bonheur ! Le journal ne dit pas si le souverain chérifien a utilisé son portable ou le téléphone doré du palais royal, mais avec ce titre arboré le jour du forum sur Abane Ramdane qui en fut le cofondateur, El Moudjahid démontrait avec éclat que la décadence n'avait pas de limite.

Le Président Bouteflika ramassé, ramené à sa dimension de noceur-diplomate par les chefs d'Etat du Maghreb, voilà qui nous réveille sur notre condition : nous sommes aujourd'hui un pays sans influence, sans prestige et sans destin. Notre chef de l'Etat pensait qu'il suffisait de cette diplomatie de la rumba pour s'attacher la considération de ses semblables. Dans le monde d'aujourd'hui, il faut, hélas ou tant mieux, bien plus que ça aux nations pour devenir interlocutrices. La confiance et le respect s'arrachent par la crédibilité intérieure d'un pays, jamais par les épanchements et les accolades télévisées. Quel crédit prétend encore avoir notre diplomatie quand le ministre des Affaires étrangères est absorbé par la création d'un comité de redressement à Tadmaït et d'un autre à Boughezoul, quand un sommet de l'Union du Maghreb se prépare entre une bouillabaisse anti-Benflis à Marseille sous l'égide de l'autre ministre chargé de la diplomatie, Messahel, et un loufoque tête-à-tête Belkhadem-Si Affif à Annaba ?

Il eut été bien cocasse qu'un gang qui a si bien divisé l'Algérie réussît à unifier le Maghreb ! Nos voisins sont décidément plus avisés qu'on ne le craignait. Les brillants esprits militaires qui ont fait du noceur-diplomate un Président pour l'Algérie devraient être fixés aujourd'hui sur l'étendue de leur lucidité : Abdelaziz Bouteflika a fait de l'Algérie un pays boudé même par la Mauritanie ! Ce camouflet est aussi le leur : dans le seul domaine où ils attendaient de Bouteflika quelque résultat, c'est-à-dire dans le « rehaussement de l'image de l'Algérie », leur poulain a lamentablement échoué. Et qu'ils se rassurent, la déconfiture est harmonieusement répartie : les investisseurs étrangers sont toujours absents, le risque Algérie est toujours élevé et le seul classement où le pays est dans le peloton de tête est celui de la corruption !

Bouteflika a précipité le déclin des illusions : aucune parodie électorale, aussi réussie fût-elle, n'est en mesure de fournir une alternative politique crédible dans les conditions de déliquescence actuelle. La population est coupée de ses gouvernants, les contre-pouvoirs sont neutralisés, les leviers de commande sont entre les mains d'un seul homme, le découragement s'est installé et Chérif Belkacem n'a pas tort de craindre qu'il ne faille se résoudre à n'obtenir le changement que par des combats de rue. Tout nous y conduit en effet : le gang qui s'est emparé du pouvoir en 1999 avec la bénédiction des généraux refuse de céder la place malgré ses échecs, son impopularité, ses rapines, les scandales qui l'éclaboussent et la piètre image qu'il donne de l'Algérie. Rien de plus normal : des roturiers arrivés au trône par l'intrigue ne se résignent jamais à le quitter, habitués qu'ils sont aux plaisirs de la cour. Ils trichent : Yazid Zerhouni, qui s'affiche publiquement comme partie civile contre un candidat, se prépare, sans talent, à trafiquer les élections. Ils corrompent : le clan présidentiel s'achète, à vil prix, les soutiens que son mandat ne lui a pas permis d'accumuler. Ils répriment : les opposants sont interdits de parole, cassés, invalidés, interdits, suspendus, condamnés, menacés Une coterie de malfrats politiques, érigés en gouvernants par la hiérarchie militaire, entreprend de montrer ses biceps. Pendant ce temps, apprend-on, l'Armée s'est convertie à la neutralité. Les poules sont invitées par le fermier à s'organiser seules pour chasser le renard que l'auguste maître des lieux a fait entrer dans le poulailler. L'affaire tournait déjà à la galéjade. Voilà qu'elle devient franchement grotesque: l'Armée neutre devant le spectacle d'un Président organisant à son aise un viol répété de la République ! Neutre devant la rapine, le pillage, l'injustice, la dictature des va-nu-pied, ceux-là mêmes qu'elle a érigés en souverains d'un fier pays. Renvoyer la balle aujourd'hui dans le seul camp de la société civile n'est ni sain, ni pédagogique, ni salvateur. Ce serait donner à la société le rôle éprouvant de pompier dans un contexte où le clan présidentiel dispose des moyens du châtiment, de la subornation, du chantage et de la falsification. Demander qu'une bravoure citoyenne supplée les institutions pour sauver une République que des décideurs ont abdiqué un jour entre les mains d'une coterie marocaine scélérate, ce serait avouer une inaptitude impardonnable devant l'histoire. Demander à des poitrines nues de rectifier une lourde erreur politique face aux armées de Zerhouni, face aux larbins devenus hommes dans la patrie esseulée, ce serait abandonner le champ de bataille pour plaire à un parisianisme assassin.

Car enfin, il faut en terminer avec cette frilosité galonnée d'une Armée revenue aux règles du jésuitisme dans un pays livré aux brigands. Les intellectuels convertis à la politique de l'absolu sont à deviser de la non-ingérence de l'Armée. Mais que ne les a-t-on entendus quand Zerhouni cassait du Kabyle ? Que ne parlent-ils pas aujourd'hui que prend fin, comme dirait Dilem, l'Année de l'Algérie en France mais que s'éternisent les cinq années du Maroc en Algérie ? Neutre mon général ? D'accord. Mais dans un pays débarrassé de vos bouledogues. Reprenez d'abord vos coquins, mon général ! Restituez le pays en l'état où Bouteflika l'a trouvé. Participez à donner à la société le temps et le souffle pour créer une véritable alternative démocratique. Aussitôt après, oui, devenez neutre dans un pays apaisé, fixé sur son avenir, confié non à un gang mais à ses véritables enfants.

Mohamed BENCHICOU

 

© Le Matin du 24 décembre 2003

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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