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Chroniques de Mohamed Benchicou

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Liberté de la presse en Algérie

     


[...] Mohamed Benchicou est jeté en prison, non pas pour l’histoire à dormir debout des « bons de caisse », mais pour sa hardiesse de journaliste imbu de valeurs de sa profession.  Chroniqueur de talent, mais aussi directeur d’un journal qui faisait toucher du doigt l’information,  et voilà ! Puis, avec son livre « Bouteflika : une imposture algérienne », Benchicou était allé encore trop loin dans sa tentation du diable. Qui mieux que lui a osé tenir tête à un Bouteflika omnipotent, ainsi qu’à ses laquais, dans un pays où on prend à présent les ombres pour des réalités ? [...]  De même qu'il aurait été stupide prétendre enfermer les idées, de même il est absurde de justifier l'injustifiable. La parole est liberté. Comme on dit, on chasse le naturel, et il revient au galop.  [...] Le monde change constamment au gré du vent des libertés. Et plus personne ne pourra infléchir ce formidable élan de conscience universel à l'épanouissement, à l'émancipation... Tous autant que nous sommes, et aujourd'hui plus que jamais, nous devons maintenir vivace la flamme de ces hommes libres qui ont su dire qu'une autre Algérie est possible. Celle des libertés, des droits humains et de la démocratie. N'en déplaise aux bien-pensants, aux guardiens du Temple qui semblent d'un autre âge. Mohamed Benchicou ressortira grandi de cette injustice dont  il est victime. Et il nous aura donné une leçon magistrale de liberté de dire. Donc, pas seulement d'informer, mais d'opiner aussi...

Mohamed Ziane-Khodja, juin 2004

Et pourtant, il faut y croire: bonne année !

Mohamed Benchicou, intellectuel et brillant journaliste algérienIl est de ce décembre quelque chose qui rappelle fortement 1991. Une certaine impuissance devant la ruse d'appareils, l'anxiété de se savoir nu devant l'histoire, un peu de cet insoutenable sentiment de solitude face à des hommes qui nous ont dupés. En 1991, on redoutait le FIS. En 2003, on tremble à l'idée qu'Abdelaziz Bouteflika ne rempile !

Bizarre que de vieilles peurs ressuscitent autour d'épouvantails que rien ne devrait rapprocher : Bouteflika et le FIS ! Et pourtant, vous avez dû le vivre hier, au lendemain du putsch du clan présidentiel, cet abattement inexplicable qu'on ne pensait pas avoir à revivre un jour. Qu'allons-nous devenir ? se demande-t-on déjà, l'oeil rivé sur les Tagarins.

Bizarre ? Pas vraiment. En 1991 comme en 2003, l'armée a livré, par frivolité politique, un pays convalescent à des clans de parvenus. Les mêmes clans prédateurs. Ceux de 1991 étaient Afghans, ceux de 2003 Marocains ; ceux de 1991 portaient barbes ; ceux de 2003 portent costumes. Les deux sont venus par la fraude. Les deux veulent se maintenir par la force. Les deux partagent la même envie de violer la République, viennent du même néant, nous sont également inconnus, rivalisent en duplicité et en lâcheté. Les deux sont à éliminer.

Bouteflika, comme le FIS, a profité de l'empressement du régime à se donner une virginité. Qu'allons nous devenir ? Peut-être faut-il se demander comment nous en sommes venus à nous poser cette question du désespoir douze ans après le FIS, onze ans après Djaout, une éternité après nos promesses de liberté. On se console à épiloguer sur les choix aveugles de l'armée. C'est vrai. Mais n'avons pas nous-mêmes délégué, tacitement, aux généraux la mission de nous débarrasser de Bouteflika en contrepartie de notre silence sur leur substitut, Ali Benflis ou un autre, quelqu'un sur lequel on fermerait les yeux le temps de vieillir un peu plus, de voir pousser les enfants et de finir la villa ? Nous en voulons, en vérité, plus aux chefs militaires d'avoir failli à imposer leur nouveau poulain que d'avoir choisi Bouteflika en 1999. Nous avions placé tous nos espoirs sur le génie du système à pouvoir garantir nos quiétudes sans que l'on ait à nous en soucier. Qu'allons-nous devenir, mon général ? Il ne tenait pourtant qu'à nous de nous épargner cette humiliante question face aux arrogances marocaines. Il ne tenait qu'à nous de domestiquer nos résignations. A nous, seulement à nous, pour que plus jamais les généraux ne choisissent nos destins. Nous avons eu des démissions inversement proportionnelles à nos colères présentes. Nous avons regardé des Algériens se battre sans nous en inspirer, nous avons détourné nos yeux des combats essentiels, nous avons bavardé, mangé, bu, soliloqué comme nous soliloquions déjà en 1991 avant qu'Ali Benhadj ne nous réveille sur nos vulnérabilités. Nous avons accompagné toutes les forfaitures de Bouteflika avec l'assurance benoîte que les pires infortunes ont un délai de péremption fixé, bien entendu, à un quinquennat. Nous nous sommes bernés.

Abdelaziz Bouteflika, comme le FIS, a profité de nos défaillances. Que faire ? Réaliser avant tout notre condition de citoyen d'une République chancelante. Divorcer avec nos basses vanités, crier nos rancurs à la face du pouvoir, nous organiser dans nos quêtes communes d'une vie meilleure, revendiquer, demander des comptes, pétitionner, marcher, se rassembler, râler, refuser les élus corrompus, refuser la télé de Hamraoui Habib Chawki, refuser les petites et les grandes injustices C'est ainsi qu'on aurait appris à nier à une bande de mercenaires d'Oujda le droit de nous asservir sur la terre qui nous a vu naître. C'est ainsi qu'on aurait bouté le clan de Bouteflika hors de ce pays sans qu'on ait à espérer que les généraux le fassent à notre place. Dans l'immédiat, il n'est rien d'autre à entreprendre que de s'allier avec les forces qui partagent le même désir d'en finir avec le clan Bouteflika, y compris celles du FLN. Après Bouteflika, il faudra nous en souvenir : le pain des casernes reste toujours sur l'estomac.Il sera peut-être temps de mettre la main à la pâte. Après Bouteflika, personne ne pourra revendiquer l'ignorance.  Allez, pour cette première chronique de 2004, et en dépit des évidences : bonne année !

Mohamed BENCHICOU

 

© Le Matin du 31 décembre 2003

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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