Après
les magistrats, les enseignants. On avait
nos juges de la nuit, on aura nos profs
marrons. Les premiers pour bafouer la justice,
les seconds pour casser la grève.
Il ne reste à Abdelaziz Bouteflika
que le pouvoir de diviser. Dérisoire
et ultime usage d'un mandat gaspillé
aux passions de saltimbanque : manger, voyager,
bavarder, duper, intriguer Diviser pour
régner, racoler pour continuer à
régner.
Il
est jusqu'à l'instant de Dieu pour
être sacrifié, en cette prière
de l'Aïd, aux mascarades des hommes.
A trancher ainsi avec la solennité
du lieu et du moment, les quidams chargés
par Saïd Bouteflika de suggérer
un second mandat au grand frère défaillant
faisaient peine à voir. Et le Président-candidat
encore plus qui s'abaissait au vaudeville
filmé par les caméras vigilantes
de Hamraoui Habib-Chawki. La mosquée
se profanait autrefois par les hérétiques
; elle l'est aujourd'hui par les charlatans.
Dieu attendra avril.
Dieu
Mais les enseignants, Monsieur le Président
? Et la Kabylie dissidente qui reprend colère
? Et les mécanos de Rouiba, et les
étudiants impatientés, et
les chômeurs agrippés aux derniers
lambeaux de fierté ? Allez-vous encore
les neutraliser par l'intrigue, les suborner
par la carotte, les museler par le bâton
?
Allez-vous
diviser encore plus l'Algérie, Monsieur
le Président, jusqu'à ce que
disparaisse à jamais l'odeur de la
poudre de Novembre, jusqu'à ce qu'abdique,
enfin, entre vos mains une nation dépenaillée,
épuisée de se battre contre
elle-même ? Lâchez ce pays,
Monsieur Bouteflika ! Emportez vos sondages
truqués et vos hommes de main, reprenez
vos juges et vos gourdins, vos caisses noires
et vos oies blanches, lâchez donc
ce pays avant d'en être éconduit
par les impatiences anonymes, puisez de
la Géorgie la morale du temps et
de la dignité de Chevardnadze la
leçon pour vos vieux jours Il vous
habite la certitude que tout s'obtient par
la trique quand il n'est qu'à voir
le bilan du pauvre Yazid Zerhouni pour réaliser
les ravages de l'âge sur la peau des
tyrans. A vouloir soumettre la Kabylie,
il ne l'en a rendue que plus rebelle ; à
prétendre domestiquer la presse,
il en a requinqué l'animosité
; à viser l'atomisation du FLN, il
a failli en faire un parti démocratique
! Voilà que l'indéfinissable
Ouyahia, toujours à la recherche
d'une ambition, s'inspire des échecs
du vieux flic : mater les professeurs de
lycée. Les diviser entre fortes têtes
et têtes amies. Ne jurez-vous donc,
messieurs, que par le schisme ? Car enfin
M. Benbouzid, s'il plaît à
Zerhouni d'être le Bigeard algérien,
quelle grandeur y a-t-il pour vous à
être le Naegelen d'un Ouyahia condamné,
pour ce qui lui reste de gloire, à
devenir Ramadier sans De Gaulle ? Il est
d'autres destins plus flatteurs que celui
du ministre français de l'Education
promu gouverneur général de
l'Algérie pour imposer les Arabes
béni-oui-oui. D'où vient que
vous soyez à ce point attirés
par les déchéances ? N'avez-vous
donc pas réalisé messieurs
que, depuis Abrika, vos prisons n'impressionnent
que vos ouailles ? Vous faudra-t-il emprisonner
tous les contestataires pour gagner quelques
Algériens à vos causes perdues
? Essayez donc de placer tous les journalistes
cabochards sous contrôle judiciaire,
vous n'en ferez jamais des bouffons du roi
! Vous êtes déjà installés
dans votre propre fin !
Lâchez
ce pays, Monsieur Bouteflika !
Il
a besoin d'être écouté,
vous ne faites que parler. Il lui eût
fallu un souverain apaisé, vous êtes
affolé. C'est un pays de montagnes,
Monsieur le Président, il s'en nourrit
de la majesté ; un pays de déserts
infinis qui ont toujours rappelé
aux hommes leur fatuité. On vous
prête le dessein de vouloir sévir
en décembre comme pour obtenir par
le fouet l'impossible allégeance
des Algériens. La sottise était
prévisible. Vous l'inaugurez de belle
manière en mettant le feu dans les
lycées. C'est le titre de «
une » du Matin, Monsieur le Président.
Et il est de vous. Etes-vous condamné
à n'inspirer que les formules de
pyromanes ? Il n'est pas trop tard pour
éviter le brasier dans nos lycées.
Eteignez cet incendie-là, Monsieur
Bouteflika, et rentrez chez vous ! La nation
pourrait vous en être reconnaissante
d'avoir reconnu une fin même aux plus
vilaines plaisanteries.
Mohamed
BENCHICOU |
|