A
partir de lundi, Le Matin pourrait ne plus
être dans les kiosques pour avoir
choisi d'être aux côtés
de ceux qui ont fait obstacle au bradage
des richesses du pays et à l'abdication
de l'Algérie devant l'islamisme,
notre Algérie, celle où nous
sommes nés, l'Algérie de nos
pères et de nos enfants. Le Matin
sera suspendu dès lundi pour avoir
dévoilé le vrai visage de
l'équipe d'Oujda, ramassis de mercenaires
et de tortionnaires. Le Matin sera privé
de parution pour avoir révélé
l'affaire Sadaoui, dévoilé
le passé de tortionnaire de Zerhouni,
dévoilé les détournements
dans Sonatrach, découvert que Bouteflika
s'est servi de l'argent du Trésor
et de celui de Khalifa. Nous ne le regrettons
pas et nous poursuivrons notre travail de
divulgation dès notre retour dans
les kiosques.
Abdelaziz
Bouteflika va courageusement casser le thermomètre
pour ne pas voir monter la fièvre
: en suspendant, dès demain, les
principaux quotidiens indépendants,
il s'évite d'affronter les scandales
qui éclaboussent son régime
; il brise le miroir dans lequel se reflétait
sa déchéance ; il jette un
drap sale sur l'immoralité de l'équipe
d'Oujda, sur ses intrigues politiques, ses
malversations et ses connivences ; il fait
l'impasse sur les détournements de
l'argent de Sonatrach, sur le passé
de tortionnaire de son ministre de l'Intérieur,
sur les innocents jetés en prison
à la place de ses amis, sur les morts
de Kabylie, sur le putsch contre le FLN
En suspendant dès demain la parution
des journaux indépendants, il franchit
un pas de plus dans la politique de prédation
qu'il mène depuis près de
cinq ans. Qu'importe si, au passage, il
détruit la dernière fausse
réputation qui lui restait, celle
d'un chef d'Etat trop respectueux de la
liberté de la presse pour suspendre
un journal ou incarcérer un journaliste.
Il se comparait à Jefferson, il se
découvre un petit Bokassa. Tout petit
Bokassa. Fort seulement de la puissance
qu'ont mis entre ses mains, un certain soir
d'avril 1999, des généraux
aussi avisés en politique que peut
l'être un bidasse dans une troupe
de majorettes. Le Jefferson algérien
mourra demain soir sans jamais avoir vu
le jour. Un mythe de moins. Mais un signal
de plus : il faut, en urgence, sauver l'Algérie
des mains de Bokassa. Car ce Bouteflika
qui s'apprête à censurer la
presse de son pays, c'est un homme grisé
par le pouvoir absolu, déchiré
par la perspective de le perdre dans huit
mois, décidé à brûler
la moitié du pays pour contraindre
l'autre moitié à se taire.
Un avertissement sérieux pour les
aârouch qui se sont laissé
séduire par la flagornerie du personnage
et qui risquent leur âme à
suivre un saltimbanque dépourvu de
principes moraux. Faut-il laisser faire
un homme qui, visiblement, ne dispose pas
de toutes ses capacités psychiques,
sous le fallacieux prétexte qu'il
« faut l'accompagner délicatement
vers la sortie » ?
En
huit mois, ce personnage habité par
la tentation despotique a le temps de faire
exploser le pays. Comment tolérer
qu'il s'approprie tous les leviers de décisions,
au mépris de la Constitution, pour
les utiliser au service de son clan et de
sa famille ? En suspendant dès demain
les journaux qui ont commis le délit
de révéler ses intrigues,
le Président coopté assène
une insulte de plus au peuple algérien
: « Je fais ce qui me plaît.
» Honte à vous, Monsieur Bouteflika,
de profiter ainsi de votre situation de
Président coopté pour narguer
un peuple fier et qui ne vous a jamais élu.
Honte à vous, Monsieur Bouteflika,
de vous prendre pour un méchant despote
quand vous n'avez toujours été,
pour paraphraser Nezzar, que la «
marionnette de Boumediène ».
Honte à Ahmed Ouyahia, personnage
des petites besognes et qui s'obstine à
le rester, vil exécuteur des basses
uvres, l'homme qui aura suspendu deux fois
la presse de son pays pour plaire à
ses commanditaires, celui dont on dit qu'il
pourrait être notre Président
par la volonté des généraux
comme s'il n'y avait plus assez d'hommes
sur cette terre pour que, après les
marionnettes d'Oujda, elle ait à
subir les valets de service. Et honte à
tous ceux qui vont laisser faire ! Comme
à ceux qui vont nous inonder de fadaises
comptables et de leçons de morale
: « Payez vos factures d'abord. »
A ceux-là, et pour la dernière
fois, nous répétons ceci :
les journaux qui seront suspendus demain
sont parmi les rares à s'être
acquittés de toutes leurs factures
! Ils ne sont pas suspendus pour n'avoir
pas payé mais pour avoir écrit.
De grâce, messieurs Tartuffe, épargnez-nous
vos justifications chiffrées.
À
partir de lundi, Le Matin ne sera plus dans
les kiosques pour avoir choisi d'être
parmi ceux qui, travailleurs, résistants
antiterroristes, citoyens révoltés
en Kabylie et ailleurs, femmes, cadres,
chefs d'entreprise, ont décidé
de faire barrage au bradage des richesses
du pays par l'équipe d'Oujda et à
l'abdication de l'Algérie devant
l'islamisme, notre Algérie, celle
où nous sommes nés, l'Algérie
de nos pères et de nos enfants. Le
Matin sera suspendu dès lundi pour
avoir dévoilé le vrai visage
de l'équipe d'Oujda, ramassis de
mercenaires et de tortionnaires. Le Matin
sera privé de parution pour avoir
révélé l'affaire Sadaoui,
pour avoir dévoilé le passé
de tortionnaire de Nouredine Zerhouni, pour
avoir fait parler un vétérinaire
jeté en prison à la place
d'un couple d'amis de Bouteflika, pour avoir
dévoilé les détournements
dans Sonatrach, pour avoir découvert
que l'argent du Trésor était
utilisé par Bouteflika pour l'achat
d'un ranch à Abu Dhabi et celui de
Khalifa pour l'acquisition d'un appartement
à Paris Nous serons suspendus pour
avoir dit la vérité à
nos lecteurs et nous ne le regrettons pas.
Que Bouteflika et Zerhouni le sachent dès
maintenant : à notre retour dans
les kiosques nous continuerons à
dévoiler leurs intrigues. Ils ne
nous intimident pas. Ce duo de bluffeurs
qui n'a connu l'Algérie qu'en 1962
ne nous impressionne pas. Ils auraient aimé
nous compter parmi leurs petits larbins,
leurs nouveaux repentis, leurs petits félons
Ah qu'ils sont ignares de la sève
de ce pays ! Ah qu'ils sont méprisables
ces Marocains-coopérants qui nous
gouvernent, méprisables autant que
les hommes qu'ils entreprennent d'émasculer
!
Le
Matin, et je suppose tous les titres indépendants
qui vont disparaître des kiosques
dès demain, est fier d'avoir accompagné
un mouvement de résistance nationale,
un moment de réappropriation populaire
du droit à la dignité. Le
Matin est fier d'avoir dit non aux islamistes
quand le Pouvoir se courbait devant Ali
Benhadj, d'avoir défendu les résistants
antiterroristes, citoyens et Armée,
contre la calomnie commanditée et
orchestrée par l'équipe d'Oujda.
Le Matin est fier d'avoir été
aux côtés des travailleurs,
de ces forces populaires qui, au sein de
l'UGTA ou ailleurs, ont déjoué
les plans de pillage de l'Algérie.
Oui, Le Matin a été et restera
le compagnon des citoyens de Kabylie en
lutte contre l'indignité. Le Matin
revendique sa place au sein de l'Algérie
rebelle. Il s'en est enrichi. Vous avez
connu les émirs chasseurs d'outarde,
nous avons côtoyé les enfants
de Ben M'hidi et de Matoub Lounès.
Qu'avons-nous d'autre à nous dire
?
Chronique
parue le 16 août 2003
Mohamed
BENCHICOU |
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