A
ceux qui se sont tus lors de l’arrestation
de Benchicou, qui n’ont rien dit quand le
stand de son éditeur a été
fermé et qui s’en fichent de la dernière
descente de police dans une imprimerie ;
à ceux qui n’ont pas réagi
quand le film de Jean-Pierre Lledo a été
refusé ; à ceux qui n’ont
pas dit un mot sur l’interdiction du dernier
forum de Béjaïa ; à ceux
qui détournent les yeux pour ne pas
voir le lynchage du député
Aït-Hamouda, fils du Lion du Djurdjura,
le grand Amirouche ; à ceux qui baissent
la tête, pensant sauver leur peau,
je dédie cette citation trouvée
dans un forum algérien :
«Quand
ils sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas
communiste. Quand ils sont venus chercher
les syndicalistes, je n’ai rien dit, je
n’étais pas syndicaliste. Quand ils
sont venus chercher les juifs, je n’ai rien
dit, je n’étais pas juif. Quand ils
sont venus chercher les catholiques, je
n’ai rien dit, j’étais protestant.
Puis ils sont venus me chercher. Et il ne
restait personne pour protester…»
«Il
n'y a pas le pouvoir, il y a l'abus de pouvoir,
rien d'autre.» Henry de Montherlant
Merci,
Madame !
La
première fois que j’avais vu Mme
Khalida Toumi, elle venait pour la publication,
dans le Soir tout nouveau, d’un texte défendant
les droits des femmes. La seconde fois,
c’était à la télé.
Elle parlait du terrorisme sur un plateau
parisien. J’étais à M’daourouch.
Les terroristes venaient de planter la tête
décapitée de ce brave Mohammed
sur un piquet, à quelques dizaines
de mètres de l’endroit où
nous
nous trouvions.
J’en
pleurais et, au fond de moi-même,
je me disais que l’Algérie vivra
grâce aux sacrifices de tous les patriotes,
femmes et hommes. La troisième fois
que sa belle frimousse s’était imposée
à nous — et au monde entier —, ce
fut dans une photographie extraordinaire
où elle bravait des flics en casques
!
Khalida
a changé de camp. Elle est avec les
oppresseurs des femmes et les réactionnaires
de tout bord. La militante que nous adorions
censure à tout bout de champ : des
films, des livres, etc. Mais, à quelque
chose malheur est bon : au nom de notre
ami Benchicou, nous lui disons merci pour
la pub inattendue qu’elle fait pour son
dernier bouquin !
«Qu’il
est dur de haïr ceux qu’on voudrait
aimer...» Voltaire
Futur
antérieur…
A
ceux qui comparent la descente des flics
dans une imprimerie de Blida aux «pires
moments de la dictature», je rappellerai
un fait qu’ils ont tendance à oublier
: sous les régimes totalitaires,
l’imprimerie n’imprime que ce qui est imprimable,
c’est-à-dire uniquement les livres
qui ont reçu leur visa de censure.
La police n’intervient pas pour arrêter
un bouquin lu et relu par tous les censeurs
!
Cette
descente est plutôt à classer
dans un autre registre, celui des régimes
qui se la jouent démocratiques mais
qui ont peur de l’écrit et cela nous
renvoie aux âges obscurs de l’humanité.
Là, oui, vous pouvez comparer : cette
Algérie qui arrête les détenteurs
de la Bible, met en prison des Algériens
qui ne jeûnent pas durant le Ramadan
et envoie la police pour saisir un livre
de Benchicou à l’imprimerie même,
n’est pas l’Algérie de la dictature
! C’est l’Algérie du Moyen-Age.
Ne vous fiez pas au téléphone
portable et aux bagnoles : ces objets du
futur sont téléportés
d’un autre siècle. La preuve : nous
n’en fabriquons aucun pour le moment !
«L'absurde,
c'est la raison lucide qui constate ses
limites.» A. Camus
Maâmar
FARAH
farahmaamar@yahoo.fr |