« Je
suis victime d’un complot »,
c’est en ces mots qu’Amine Zaoui a qualifié,
dans ses déclarations, la notification
de sa fin de fonction à la tête
de la Bibliothèque Nationale. Contacté
par nos soins, l’écrivain et universitaire
originaire de Tlemcen qui a présidé
ces dernières années, depuis
2002 exactement, aux destinées de
la BN d’El-Hamma, n’a pas mis sa langue
dans sa poche pour nous parler de ce limogeage
qui survient à la veille de l’ouverture
du salon international d’Alger. « Cette
décision a été prise
sur la base de rapports mensongers qui ont
été présentés
au Président de la République
par la tutelle », a dévoilé
Amine Zaoui qui ajoute plus loin :
« La tutelle, à savoir
le département de Khalida Toumi,
a monté toute une machination visant
ma personne en faisant parvenir des mensonges
au Chef de l’Etat concernant l’affaire du
livre de Benchicou et la conférence
à la BN d’Adonis ».
Ainsi, le désormais
ex-directeur de la BN, nous a appris que
le département de Khalida Toumi,
avec laquelle le courant ne passe plus depuis
déjà des mois, l’a accusé
de complaisance dans l’impression du livre
de Mohamad Benchicou, « Journal
d’un homme libre ». En effet,
le directeur du Matin avait indiqué
qu’Amine Zaoui lui avait délivré
le numéro ISBN avant qu’il n’appelle
l’imprimerie Mauguin de Blida pour se déjuger.
A ce propos, Amine
Zaoui nous a affirmé que la Bibliothèque
Nationale n’est une « instance
de contrôle » ni « un
appareil de censure ». « Mohamed
Benchicou a obtenu son numéro ISBN
comme le prévoit la législation.
Il aurait d’ailleurs pu l’obtenir même
via internet. C’est vous dire que je n’ai
aucun droit de regard sur cette procédure.
Chaque écrivain a le droit d’enregistrer
son livre à la BN. C’est un droit
garanti par la loi dans notre pays »,
explique-t-il.
Concernant la conférence
d’Adonis, organisée à la BN
par l’initiative même d’Amin Zaoui,
au cours de laquelle le célèbre
poète syrien a présenté
tout un plaidoyer contre « l’institutionnalisation
de l’islam » qui avait provoqué,
rappelons-le, une véritable levée
de boucliers dont l’Association des ulémas
s’était fait le porte-drapeau, Amine
Zaoui estime qu’elle a été
instrumentalisée par certains cercles
rien que pour lui causer du tort. « Adonis
est un grand poète qui a honoré
l’Algérie par sa présence.
Certains responsables oublient que notre
pays est une terre de culture. La Culture
est une composante importante de notre identité.
Et puis je tiens à vous assurer qu’Adonis
n’a jamais proféré d’insultes
à l’encontre de l’Islam ou du prophète.
Tout ce qui a été colporté
par les rapports mensongers de la tutelle
est faux et inexact », s’écrie-t-il.
Par ailleurs, notre
interlocuteur nous a précisé
dans ce sillage qu’il avait lui-même
envoyé au Président de la
République l’intégralité
de la conférence d’Adonis et ce pour
faire taire toutes les critiques infondées.
« La vérité est
simple. On m’a limogé parce que je
dérange », avance encore
Amine Zaoui. « Sous ma direction,
la Bibliothèque Nationale est devenu
un véritable lieu de rayonnement
culturel. Et cela a du déranger la
tutelle », poursuit-t-il.
Il faut savoir qu’une
guerre en sourdine oppose en vérité
depuis quelques années déjà,
l’écrivain Zaoui et la ministre de
la culture Khalida Toumi. Beaucoup de rumeurs
ont circulé pour affirmer que Zaoui
est pressenti pour succéder à
Mme Toumi à
la tête du ministère de la
Culture d’autant qu’il aurait donné
satisfaction dans sa gestion de la BN. Ces
rumeurs ont-elles poussé M. Khalida
Toumi à vouloir abattre à
tout prix la tête d’Amine Zaoui ?
« Je n’en sais rien. Posez-lui
la question. Moi je sais que ce poste de
ministre ne m’as jamais intéressé.
J’étais bien dans mon poste. Je suis
un homme fait pour les livres et rien d’autre »,
se défend de son côté
l’auteur de « Festin de mensonges ».
Quant aux responsables
du ministère de la culture, nous
avons fait de notre mieux pour les contacter
afin de recueillir leurs réactions
suite aux accusations d’Amine Zaoui. Malheureusement,
tous nos coups de fils n’ont pas donné
de suite. Des sources proches du département
de Khalida Toumi, nous ont appris à
ce sujet que le porte-parole du ministère
ainsi que d’autres cadres sont actuellement
en séjour au Koweït.
Soulignons enfin
qu’une journée porte fermée
a été organisée hier
par le personnel de la Bibliothèque
nationale en signe de protestation contre
cette décision qu’ils jugent « arbitraires ».
Il est à signaler également
qu’un groupe d’intellectuels et d’artistes
est en train d’élaborer une pétition
et ce afin d’exprimer sa consternation à
la suite de ce limogeage.
Abderrahmane
SEMMAR |