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Affaire Benchicou : L'arbitraire

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Liberté de la presse en Algérie


Notre solidarité agissante avec Mohamed Benchicou

Youcef Fadel

"La situation de la liberté de la presse dans ces pays est lamentable..."

Youssef Fadel revient dans cet entretien sur les événements qui marquent actuellement la scène médiatique en Algérie, en particulier l'incarcération de Benchicou et Ghoul.

Le Matin : Quel commentaire faites-vous des décisions de la justice concernant les cas de Mohamed Benchicou et de Hafnaoui Ghoul ?

Youssef Fadel : Connaissant le rôle de la presse, il faut reconnaître que Mohamed Benchicou et Ghoul Hafnaoui et bien d'autres journalistes algériens n'ont fait qu'informer l'opinion publique en divulguant les scandales qui ont éclaté, que ce soit sur le plan politique, social, économique ou autres. Benchicou et Hafnaoui sont victimes d'une certaine illusion qui sévit dans le monde de l'information non seulement en Algérie, mais dans la majorité des pays arabes. Cette illusion que tentent d'imposer les politiciens en faisant croire aux gens à travers leurs discours qu'ils sont pour toutes les libertés. Mais dès qu'un journaliste fait un pas pour informer la société sur la réalité de ces cercles, il se retrouve otage d'accusations émanant d'appareils occultes qui ne cherchent qu'à sauver leurs intérêts et à les mettre au-dessus de ceux de la société. Ce qui s'est passé avec nos confrères algériens et avec le directeur du Matin en particulier était prévisible. Nous avons d'ailleurs averti les représentants de la presse algérienne, et nous leur avons demandé d'entamer des actions à l'intérieur et à l'extérieur du pays pour multiplier les pressions sur ces pouvoirs occultes qui travaillent en catimini pour étouffer les libertés et encourager ainsi toutes les formes de dépassement. Au niveau de notre organisation, nous pensons que les procès de Benchicou et de Hafnaoui sont purement politiques même si le ministre algérien de la Justice a déclaré que ces affaires n'ont rien à voir avec la liberté de la presse. Ce plan a été programmé. Il a commencé depuis que Benchicou a entamé ses écrits sur les pratiques répressives des hommes de l'Etat. Il ne faut pas oublier aussi que le Président Abdelaziz Bouteflika avait annoncé la couleur durant sa campagne électorale. L'objectif recherché n'est pas l'emprisonnement de Benchicou et la fermeture du Matin seulement, mais le plan vise toute la presse indépendante. La série de procès contre les journalistes n'est en effet qu'une première étape de la guerre déclarée contre la liberté d'expression. L'ensemble des journalistes et des journaux indépendants sont concernés. C'est leur destruction qui est escomptée pour laisser place à une presse soumise.

Le Matin : Sachant que vous avez déjà alerté les organisations internationales sur l'affaire de Benchicou, que comptez-vous faire à présent ?

Youssef Fadel : Nous avons tenu à ce que les Présidents du G8 soient les premiers à être interpellés sur les dépassements contre la liberté de la presse en Algérie, à l'occasion du sommet de Georgie (USA) auquel a assisté le Président Bouteflika. Certes, nous savons que parmi les pays du G8, il y a ceux qui soutiennent la politique du Président algérien pour sauvegarder leurs intérêts stratégiques sur les plans sécuritaire (lutte contre le terrorisme) et économique. Mais nous savons aussi que les élites influentes dans ces pays n'adhèrent pas toutes à cette stratégie. Elles sont contre le musellement des libertés en Algérie et dans d'autres pays. A travers les actions de ces élites que nous avons contactées, des organisations de la société civile et des forces de pression actives, nous nous attendons à ce que notre travail porte ses fruits. Avec la pression internationale, les autorités algériennes pourraient se rétracter en mettant fin à cette guerre contre la presse indépendante. Mais à notre avis, la volonté devrait venir de l'intérieur avec conviction. Car il s'agit d'instaurer les principes de la liberté et de la démocratie de manière concrète pour mettre la dignité du citoyen algérien à l'abri.

Le Matin : A votre avis, que faudrait-il faire pour garantir la liberté de la presse particulièrement en Algérie et dans le monde arabe en général ?

Youssef Fadel : La situation de la liberté de la presse dans ces pays est lamentable. Dans leur travail au quotidien, les journalistes arabes rencontrent d'énormes problèmes. Ils subissent des pressions de tous les côtés. Pour garantir la liberté de la presse, ces journalistes sont appelés à lancer des programmes communs répondant à leurs aspirations. Jusque-là, le mouvement démocratique arabe a toujours défendu la liberté de la presse avec certains slogans. Il y a eu des acquis dans certains pays arabes, mais cela reste limité. Notre organisation uvre aujourd'hui pour concrétiser ce projet en lançant des programmes adoptés lors des congrès tenus au cours de ces dernières années.

Le Matin : Pouvez-vous nous présenter en résumé le contenu de ces programmes ?

Youssef Fadel : Comme je l'ai déjà dit, la liberté d'expression reste notre seul objectif. Ces programmes se résument en plusieurs points. En premier lieu, les journalistes arabes doivent être libérés de toutes les chaînes qui les entourent juridiquement, politiquement et économiquement pour pouvoir travailler sans entraves au profit de la transition démocratique. Les syndicats des journalistes, les avocats et les organisations concernés par ce dossier sont appelés à unifier leurs actions pour annuler certaines lois. De même pour l'annulation des sanctions administratives et juridiques qui permettent actuellement au pouvoir exécutif d'imposer le contrôle sur les imprimeries, les programmes des radios et des chaînes de télévision. Tout doit se jouer dans le cadre de la révision ou de l'annulation des lois régissant le travail de la presse. Il s'agit d'améliorer, d'autre part, les relations au sein de la famille de l'information et entre les journalistes et la société. Sur un autre plan, il faut encourager la formation des syndicats sur des bases indépendantes et démocratiques pour défendre les droits des journalistes. Ces derniers sont également appelés à éviter les effets négatifs de l'autocensure en respectant les règles de la déontologie. Bien d'autres actions sont à mener dans le cadre des programmes qu'a lancés l'organisation. Globalement, nous sommes convaincus aujourd'hui à l'ère de la transition démocratique que seules les ONG et les structures politiques pourraient contribuer à améliorer la situation. Ce qui a déjà été fait ailleurs. Les exemples sont d'ailleurs nombreux. Les organisations de masse ont réussi dans ce domaine dans plusieurs pays, notamment au Sud-Est asiatique, en Europe de l'Est et en Amérique latine. Pour conclure, je dirai qu'il faut connaître une chose : la démocratie ne viendra pas vers nous, mais il faut l'arracher. Le journaliste a un rôle important dans ce combat qu'il doit assumer en se référant toujours à la vérité, rien que la vérité, loin de toute pression.

Entretien réalisé par :

Samira IMADALOU

 

© Le Matin  du 26 juin 2004

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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