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Affaire Benchicou : L'arbitraire

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Liberté de la presse en Algérie


Notre solidarité agissante avec Mohamed Benchicou

Belaïd Abrika

"La tromperie nationale"

La mascarade électorale du 8 avril 2004 a été une véritable illustration du Pouvoir de sa stratégie de domination de la société par la fraude, la corruption, la manipulation et la répression sous le couvert d'un discours officiel « démocratisant » destiné à tromper l'opinion nationale et internationale aux fins de perpétuer le système politico-maffieux au pouvoir depuis le coup de force contre-révolutionnaire de l'été 1962.

L'incarcération inique de Mohamed Benchicou, journaliste et directeur de publication du Matin, et Hafnaoui Ben Ameur Ghoul, et les gravissimes évènements de T'kout, Oued Rechach, Labiodh Sid Cheikh, Ouargla et récemment la tragique mort d'un jeune de 19 ans à Asfour, dans la wilaya d'El Tarf, font partie désormais des nouvelles « consécrations » du Pouvoir maffieux et assassin au palmarès criminel digne des dictatures soufflées par le vent de changement et victimes de leur inconséquence.

Le mouvement citoyen des aârouch, qui avait appelé au rejet pacifique de cette énième tromperie nationale en étayant son choix par des arguments non démentis jusqu'à présent, n'avait pas manqué d'alerter à temps les électeurs que la concurrence fictive entre candidats factices à une présidentielle-alibi ne fera que reconduire le personnel politique pourri, leurs boulimiques relais et notamment les comploteurs de l'ombre qui réorientent à chaque crise politique majeure, en riposte à toute contestation populaire, le sort des Algériennes et des Algériens dans le giron de la violence modulable et instrumentalisée selon l'importance des velléités hégémoniques à concrétiser. Dans notre pays, il se passe le même scénario avec des variations superficielles depuis des décennies : à défaut d'imposer sa loi antipopulaire à travers les ramifications bureaucratiques et maffieuses de son Administration et sa justice continuellement dénoncées dans la rue, le Pouvoir, face à la colère grandissante et aux tentatives d'organisation de la société civile en groupes autonomes de défense de ses intérêts les plus justes et les plus élémentaires, joue de la matraque, harcèle, emprisonne, humilie quand ce n'est pas carrément l'assassinat ciblé ou le massacre sans discernement de jeunes manifestants innocents, comme lors des évènements tragiques d'Octobre 1988 et ceux encore en cours du Printemps noir de Kabylie. Y a-t-il preuve plus édifiante sur la nature dictatoriale du régime ? Combien de victimes innocentes faudra-t-il encore pour voir enfin ce Pouvoir illégitime se résoudre à partir ? A combien de Benchicou et Ghoul ce système vomi résistera-t-il encore ? Le recours systématique à la torture comme à T'kout sauvera-t-il les tortionnaires de leurs graves méfaits ?

Une autre phase dans le plan du maintien de la population sous oppression, la misère sociale, la mise au pas de la société et le projet machiavélique d'extinction des libertés, a été entamée après l'échec retentissant du vote-loterie dernier marqué par un désaveu populaire jamais égalé à ce niveau de compétition électorale. Il s'agit de mettre sous l'unique coupe de Bouteflika toutes les organisations, associations, syndicats et autres personnalités pour faire croire à l'existence d'un contre-pouvoir et d'une classe politique soucieuse des « intérêts suprêmes de la nation », selon l'expression consacrée. Eux parlent de la professionnalisation de la politique ! Où est l'exercice libre de la politique quand toutes les tentatives de s'organiser en dehors des lobbies politico-financiers sont étouffées dès le premier jet ? Quel est l'ordre démocratique qui jette en prison comme de vulgaires malfrats des journalistes pour la simple raison d'exercer leur métier ? Pour le simple citoyen, la rapacité de l'actuelle « alliance » FLN-MSP-RND, qui n'est qu'une association éclectique de sigles aux référents clientélistes du système rentier, n'a d'égale que le mépris et l'arrogance que ses sponsors de l'ombre vouent pour le peuple algérien. Les premières « uvres » de cette organisation à caractère maffieux sont la condamnation de jeunes révoltés de Béchar, d'Oued Rechach, dans la wilaya de Khenchela, de Labiodh Sid Cheikh, d'Ouargla et bientôt de ceux d'Asfour, à El Tarf, à de lourdes peines d'emprisonnement sur la base de dossiers d'instruction vides et préfabriqués, et la répression indescriptible de manifestations à Chlef et d'autres localités du pays déjà anéanties par la hogra, le chômage endémique et la pauvreté. Mais le summum de ces exactions terribles a été atteint à T'kout, wilaya de Batna, où des violations des droits de l'Homme d'un autre âge ont été commises contre une population qui s'est soulevée après l'assassinat d'un jeune dans des circonstances douteuses et non encore élucidées.

Durant ces évènements, les institutions sécuritaires ont été rendues coupables d'intimidation, de harcèlement, de torture et d'atrocité physique sur des jeunes en état d'arrestation dans les casernements de la gendarmerie, un corps de sécurité qui s'est déjà illustré de manière meurtrière en Kabylie durant ces trois dernières années. A ce sujet, un dossier intitulé « La torture, l'humiliation et le mauvais traitement » sera rendu public et adressé aux instances internationales, ONG et autres organisations de défense des droits de l'Homme. La communauté internationale qu'on tiendra informée de l'évolution de la grave situation est aussi particulièrement interpellée sur l'emprisonnement de Mohamed Benchicou et Ghoul Hafnaoui. L'incarcération des deux journalistes signifie pas moins l'exécution accélérée du plan de soustraire la société à toute expression libre et démocratique, la liberté de la presse et d'expression est plus que jamais menacée.

Cela dit, seule l'union des forces démocratiques, authentiques, libres, autonomes et progressistes autour d'un projet d'édification d'un Etat de droit peut sortir l'Algérie de l'ornière régressive à travers l'application de la plate-forme d'El Kseur scellée et non-négociable telle qu'arrêtée dans le document consensuel de sa mise en oeuvre.

Belaïd ABRIKA, délégué du Mouvement citoyen

 

© Le Matin du  30 juin 2004

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie



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