Dans un climat
tendu de précampagne électorale, la presse
privée hostile au président Bouteflika
a été victime d'un véritable harcèlement
de la part des autorités.
Début
juin 2003, le président Bouteflika s'est fait
le champion de la liberté de la presse, tout
en accusant les médias algériens de "s'acharner
à outrance à défigurer l'image
de l'Algérie à l'étranger".
Il précisait : "Aucun titre ou journaliste
n'a fait l'objet d'une quelconque persécution."
Pourtant, les poursuites judiciaires, condamnations,
intimidations et agressions se sont multipliées
à l'encontre des journalistes, y compris des
correspondants locaux de la presse privée, et
cette dernière a été soumise à
une véritable campagne de harcèlement.
Sur le plan politique, l'été a été
marqué par la libération, au terme de
leur peine, des deux dirigeants historiques du Front
islamique du Salut (FIS), Abassi Madani et Ali Belhadj.
Pour éviter tout écho aux éventuels
propos d'Ali Belhadj, les autorités ont interdit
"la couverture médiatique" de l'ex-prisonnier
par la presse et les télévisions étrangères.
Sur fond de luttes
intestines au sein du pouvoir, les journaux algériens
se sont par ailleurs déchaînés,
tout au long de l'année, contre plusieurs personnalités
politiques, dont le président Bouteflika. En
août, le quotidien Liberté, sur des photos
des principaux dirigeants du pays, titrait en gros caractères :
"Tous des voleurs. Expliquez-vous !".
De son côté, Le Matin titrait : "Main
basse sur les biens de l'Etat." Même le quotidien
L'Expression, auparavant favorable au Président,
l'a "lâché", ne soutenant plus
sa candidature pour un second mandat et dénonçant
abus et injustices. Exaspéré par la multiplication
des attaques, toujours plus violentes, notamment à
l'égard du chef de l'Etat et de son ministre
de l'Intérieur, le gouvernement a choisi une
solution radicale : le harcèlement de la
presse par différents stratagèmes, notamment
grâce à l'article 144 bis du code pénal,
qui prévoit des peines de deux à douze
mois de prison et des amendes allant de 50 000 à
250 000 dinars (environ 500 à 2 500 euros) pour
toute mise en cause dans des termes injurieux, insultants
ou diffamatoires du président de la République,
du Parlement ou de l'une de ses deux Chambres, ou de
l'ANP (l'Armée nationale populaire). C'est dans
ce contexte houleux que le journaliste Hassan Bourras
a été condamné en première
instance à deux ans de prison ferme.
Des subterfuges
commerciaux et financiers pour sanctionner les journaux
irrévérencieux ont été également
utilisés par le pouvoir politique. En août,
les imprimeurs d'Etat ont ainsi sommé la presse
privée d'acquitter la totalité de ses
créances, et le redressement fiscal qui frappe
Le Matin a bien failli couler le quotidien. Les actions
sur ce terrain sont d'autant plus aisées que
la gestion de la plupart des entreprises de presse souffre
d'un manque de transparence, ces dernières publiant
rarement leurs comptes (à part le Quotidien d'Oran
et El-Watan). Le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia
s'est d'ailleurs prononcé, lors d'une conférence
de presse, sur la suspension de certains titres en août :
"Ce sont les journaux les plus endettés
qui ont été suspendus. Est-ce qu'il y
a eu un journal qui a payé ses factures et dont
la parution a été retardée ?
Ceux qui ont payé n'ont pas été
interdits. Cela prouve que c'est une mesure purement
commerciale." Or une trentaine d'autres titres
ont des dettes bien supérieures à celles
des six journaux privés incriminés, mais,
totalement inféodés aux vues du pouvoir,
ils ont été épargnés. La
presse proche du gouvernement est très protégée
contre de telles sanctions et bénéficie
de différentes formes de soutien. Le Jour d'Algérie
et Le Concitoyen, lancés cette année par
des proches du clan présidentiel, ont immédiatement
bénéficié de la publicité
publique (bien que leur tirage soit très faible).
Le 22 septembre
s'est voulu "une journée sans presse".
Un appel avait été signé en ce
sens le 14 septembre par onze journaux (Le Matin, El
Khabar, El Watan, Liberté, Le Soir d'Algérie,
L'Expression, El-Fadjr, Akhar Saâ, Er-Raï,
Info Soir, La Dépêche de Kabylie) pour
protester contre le harcèlement judiciaire dont
est victime la presse privée. Mais de nombreux
quotidiens indépendants (notamment Le Quotidien
d'Oran, La Tribune et El Youm) ont refusé de
s'associer à cette action, dénonçant
le fait qu'un groupe d'éditeurs privés
s'érige en autorité de fait sur tous les
titres privés. Le musellement s'exerce dans la
presse ainsi qu'à tous les niveaux des institutions.
De nombreux projets d'association sont bloqués
par le ministère de l'Intérieur pour décourager
toute tentative d'organisation civile des groupes bénéficiant
d'une véritable assise sociale (syndicats autonomes,
associations des droits de l'homme…). Se dessine ainsi
une tendance de plus en plus lourde de restriction des
libertés.
Cinq journalistes
disparus avant 2003
Cinq journalistes
ont "disparu" entre 1994 et 1997. Deux d'entre
eux ont été enlevés par des groupes
armés islamistes. Dans l'attente d'enquêtes
approfondies, différents éléments
permettent de penser que les trois autres ont été
enlevés par des membres des forces de sécurité.
Dans une interview accordée au quotidien français
Le Monde, en janvier 2003, Farouk Ksentini, président
de la Commission nationale consultative de promotion
et de protection des droits de l'homme (CNCPPDH, qui
remplace l'ONDH), déclarait quant au sort des
disparus : "Je vous réponds de manière
très claire : il n'y a plus un seul détenu
au secret, où que ce soit, dans un local sous
contrôle de l'Etat, ni à Blida, ni ailleurs,
ni dans le Sud (allusion aux camps de détention
ouverts au Sahara à partir de 1992). Je suis
formel." En clair : il n'y a plus aucun survivant.
Consternées par une telle annonce, les familles
ont demandé des explications, des détails.
En vain.
Le 21 septembre,
le président Abdelaziz Bouteflika met en place,
à Alger, une commission chargée de faire
la lumière sur l'épineux problème
des "disparus" qui a dix-huit mois pour présenter
un rapport général sur la question. Entre-temps,
elle devra rendre des rapports intermédiaires.
Cette commission semble traduire la détermination
de l'Etat à assumer pleinement ses responsabilités
en tant que garant de la sécurité des
personnes et des biens. C'est ce qu'a affirmé
le président Bouteflika, ajoutant que la question
des disparus ne saurait être "objectivement
appréhendée si elle venait à être
isolée du contexte historique qui a vu l'irruption
dans notre société d'un terrorisme sanglant…".
Ce mécanisme ad hoc est composé de sept
membres, dont un journaliste de la presse privée,
un médecin et un magistrat.
Le 28 février
1994, Mohamed Hassaïne, correspondant local du
quotidien Alger Républicain, est enlevé
à la sortie de son domicile à Larbatache
(wilaya de Boumerdès), alors qu'il se rendait
à son travail. Selon les témoignages de
ses proches, les quatre hommes qui ont enlevé
Mohamed Hassaïne appartiendraient à des
groupes armés islamistes. Des "repentis"
affirment que le journaliste a été assassiné
le jour même de son enlèvement.
Le 29 octobre
1994, Kaddour Bousselham, correspondant du quotidien
public Horizons à Hacine, dans la région
de Mascara (ouest du pays), est enlevé. Il habitait
avec sa famille sous une tente depuis que son domicile
avait été détruit par un tremblement
de terre. Il aurait été torturé
puis égorgé par un groupe armé
islamiste, dirigé par l'émir Zoubir. Selon
les services du ministère de la Justice, une
information judiciaire a été ouverte le
27 novembre 1994. Elle a débouché sur
un non-lieu prononcé le 18 février 1995.
Le 6 mai 1995,
Djamil Fahassi, journaliste à la Chaîne
3 de la radio nationale, est enlevé par deux
individus alors qu'il sort d'un restaurant. Il est conduit
de force dans une voiture qui, d'après plusieurs
témoins, a pu franchir sans aucun problème
un barrage de police, situé tout près
de la prison de El Harrach. Selon le ministère
de la Justice, cette affaire a fait l'objet d'une enquête
préliminaire et serait en cours d'instruction
devant le tribunal d'Alger. Pour l'Observatoire national
des droits de l'homme (ONDH - gouvernemental), citant
la gendarmerie nationale, Djamil Fahassi n'a fait l'objet
"ni d'une interpellation, ni d'une arrestation"
. Après avoir envoyé une requête
au tribunal d'Alger pour accélérer la
procédure, la femme du journaliste a été
convoquée plusieurs fois par la police d'une
part et la gendarmerie de l'autre. Puis, suite à
l'annonce de la création d'une commission d'enquête
sur les disparus, l'enquête s'est arrêtée,
attendant la transmission du dossier à cette
nouvelle instance.
Le 12 avril 1997,
Aziz Bouabdallah, journaliste du quotidien arabophone
El-Alam Es-Siyassi, est enlevé à son domicile,
à Alger, par plusieurs hommes "très
bien habillés en civil, comme des membres de
la sécurité militaire", selon la
famille. Le journaliste est conduit de force dans une
voiture blanche. Quelques jours après l'enlèvement,
un ami de la famille, capitaine du Département
de renseignements et de sécurité (DRS),
affirme être responsable de "l'opération"
et explique qu'Aziz Bouabdallah "n'a rien fait,
il a simplement écrit un article diffamatoire".
Quinze jours plus tard, alors que la famille tente d'obtenir
plus d'informations, l'officier a disparu. Selon l'ONDH,
la gendarmerie nationale a expliqué que le journaliste
avait été "enlevé par un groupe
armé non identifié (GANI) de quatre hommes".
Le non-lieu prononcé par le tribunal d'Alger,
le 20 mai 2000, a été annulé, le
27 juin, par la chambre d'accusation.
Le 9 juillet
1996, Salah Kitouni, directeur de l'hebdomadaire national
El-Nour, suspendu en octobre 1992, se présente
au commissariat de police de Constantine après
y avoir été interrogé quelques
jours plus tôt. Depuis, sa famille est sans nouvelles.
Suite à ses demandes écrites, le procureur
lui explique, en mars 1997, que la police a remis Salah
Kitouni, le 19 juillet 1996, au Centre de recherches
et d'investigations de la cinquième région
militaire. Depuis, la famille de Salah Kitouni n'a reçu
aucune réponse aux multiples lettres adressées
aussi bien à l'ONDH, au médiateur de la
République qu'au chef de l'Etat lui-même.
Un journaliste
incarcéré
Le 6 novembre
2003, Hassan Bourras, correspondant à El Bayadh
(ouest algérien) de plusieurs quotidiens, dont
El-Djazaïri (régional) et El Youm (national),
est condamné pour diffamation par le tribunal
d'El Bayadh, à deux ans de prison ferme et une
interdiction d'exercer pendant cinq ans sa profession.
Une plainte déposée par le procureur d'El
Bayadh contre deux articles parus dans El-Djazaïri
sont à l'origine de cette sanction particulièrement
sévère, la plus lourde depuis le début
de la présidence Bouteflika. Dans l'un, le journaliste
révélait que l'épouse du procureur
local avait falsifié un document administratif
pour se faire embaucher. Dans un autre, il révélait
un trafic foncier à El Bayadh impliquant des
notables. Hassan Bourras a en sa possession toutes les
preuves sur ces deux affaires, ainsi que des témoignages
venant confirmer ces révélations. Le journaliste
est également le correspondant à El Bayadh
de la Ligue algérienne de défense des
droits de l'homme. Le 2 décembre, il est mis
en liberté provisoire. Le 23 décembre,
au terme de son procès en appel, il est condamné
à une amende de 100 000 dinars (environ 1 200
euros) de dommages et intérêts et 10 000
dinars (environ 120 euros) d'amende.
Journalistes
agressés
Le 20 janvier
2003, Hassan Bourras, correspondant du quotidien El-Djazaïri
dans la ville de El-Bayadh (ouest du pays), est violemment
frappé par deux hommes dont le fils du secrétaire
de l'Organisation nationale des moudjahidin (ONM) de
la wilaya d'El-Bayadh. Le journaliste obtient un arrêt
de travail de quatorze jours. Le 14 janvier, il avait
été condamné à six mois
de prison avec sursis pour avoir diffamé le fils
du secrétaire de l'ONM. Une plainte avait
été déposée contre El-Djazaïri
par la section locale de l'ONM après la publication
d'une lettre, signée par un membre de cette même
organisation et adressée au ministère
des Moudjahidin, dénonçant le passé
du secrétaire actuel.
Le 2 avril, plusieurs
journalistes couvrant la marche du Mouvement de la société
pour la paix (MSP) sont frappés et insultés
par des policiers.
Pressions
et entraves
Le 12 mars 2003,
le fils de Nora Ben Yagoub, correspondante du Jeune
Indépendant à Djelfa, est enlevé
quelques heures par des inconnus armés. Selon
sa mère, "ils l'ont obligé à
se déshabiller. Il a résisté et,
par miracle, a pu leur échapper". Nora Ben
Yagoub était déjà l'objet, depuis
plusieurs mois, de menaces et de harcèlement
provenant, selon elle, " d'une mafia locale dénoncée
dans ses articles ".
Le 20 mai, Ali
Dilem, caricaturiste du quotidien Liberté, est
condamné par le tribunal d'Alger à une
peine de six mois de prison avec sursis et à
une amende de 20 000 dinars (environ 200 euros) suite
à une plainte du ministère de la Défense,
pour un dessin, paru le 15 janvier 2002, sur Mohamed
Lamari, chef d'état-major des armées.
Abrous Outoudert, directeur de publication de Liberté,
est quant à lui condamné à une
amende de 40 000 dinars (environ 400 euros) et le journal
à une amende de 300 000 dinars (environ 3 000
euros). Le 31 décembre 2002, Ali Dilem avait
déjà été condamné
par le tribunal d'Alger à une amende de 20 000
dinars (environ 200 euros) pour un dessin sur l'assassinat
du président Boudiaf, paru le 16 janvier 2002.
Le 2 juillet,
les autorités algériennes interdisent
aux journalistes de couvrir la libération, au
terme de leur peine, des deux dirigeants historiques
du Front islamique du Salut (FIS), Abassi Madani et
Ali Belhadj. Cette interdiction formelle, notifiée
par le ministère de la Communication, concerne
aussi bien les envoyés spéciaux que les
correspondants étrangers accrédités
en Algérie. Ces derniers sont consignés
à leur hôtel. Le 3 juillet, les autorités
algériennes décident d'expulser les envoyés
spéciaux étrangers dont ceux des chaînes
françaises TF1, France 2, France 3 et la Chaîne
parlementaire (LCP), et de la chaîne belge RTBF,
ainsi que l'envoyé spécial du quotidien
français Le Monde. Le 4 juillet, alors qu'Ali
Belhadj sort de la mosquée Ben Badis, où
il a participé à la grande prière,
des photographes venus couvrir l'événement
se font confisquer leurs appareils par des policiers.
Ils les récupèrent au commissariat peu
après mais vidés de toute image.
Le 14 août,
six quotidiens - Le Soir d'Algérie, Liberté,
Le Matin, El Khabar, L'Expression et Er-Raï - sont
sommés, par leurs imprimeurs, d'acquitter la
totalité de leurs créances sous peine
d'être interdits de publication. Le 18 août,
seul le quotidien El-Khabar, propriétaire de
sa propre rotative à Alger, paraît dans
la capitale. Derrière ces injonctions de paiements,
se cache une décision politique. Elles interviennent,
en effet, alors que ces six journaux viennent de révéler
de nombreuses affaires mettant en cause des personnalités
au pouvoir et leur entourage. En juillet, notamment,
une colonne dans Le Matin avait défrayé
la chronique. L'auteur y faisait régulièrement
des révélations fracassantes sur le Président
et son entourage, en particulier sur son frère
Saïd, conseiller à la présidence,
ainsi que sur le ministre de l'Intérieur. "Plutôt
que de s'expliquer sur les graves scandales qui touchent
de hauts responsables de l'État, le pouvoir de
M. Bouteflika, par l'entremise du chef du gouvernement,
M. Ahmed Ouyahia, use de subterfuges commerciaux
pour sanctionner les journaux indépendants, coupables
d'avoir révélé ces scandales, et
les faire taire pour longtemps", déclarent
les rédactions de ces titres dans un communiqué
diffusé le 16 août. Le 21 août, le
quotidien Liberté et El-Khabar reparaissent après
avoir payé leurs dettes ; le 27 août,
c'est au tour du Matin et, le 1er septembre, du Soir
d'Algérie.
Le 26 août,
des convocations de la police judiciaire sont adressées
à Farid Alilat, directeur du quotidien Liberté,
Saïd Chekri, son rédacteur en chef, Ali
Ouafek, son directeur de la coordination, et au journaliste
Rafik Hamou. Ils se présentent tous quatre devant
le commissariat le 28 août, avant d'être
déférés, le 3 septembre, devant
le procureur et le juge d'instruction, et remis en liberté
provisoire. Le 1er septembre, de nouvelles convocations
sont adressées à sept collaborateurs du
Liberté : Abrous Outoudert, directeur de
publication, Farid Alilat, directeur de la rédaction,
Saïd Chekri, rédacteur en chef, le caricaturiste
Ali Dilem, les journalistes Rafik Benkaci et Mourad
Belaïdi, et le chroniqueur Mustapha Hammouche.
Ces deux derniers se présentent le 3 septembre
devant la police judiciaire pour audition.
Le 8 septembre,
Mohamed Benchicou, directeur du Matin, et Ali Dilem
sont interpellés par la police judiciaire, à
9 heures du matin, et conduits au commissariat central
d'Alger. Des mandats d'amener, signés par le
procureur de la République, ont été
délivrés à leur encontre. Le 5
septembre, ils avaient annoncé leur intention
"de ne plus déférer aux convocations
de la police judiciaire et de réserver leurs
explications et moyens de défense à la
justice et à elle seule". Le 9 septembre,
ils sont inculpés au titre de l'article 144 bis
du code pénal pour "offense au chef de l'Etat",
puis remis en liberté provisoire. Leur arrestation
provoque un attroupement sur la voie publique et trois
photographes sont conduits au poste de police, puis
relâchés. Par ailleurs, Mohamed Benchicou
est soumis par la justice à un véritable
harcèlement financier. Le 23 août, de retour
de France, il a été trouvé à
l'aéroport en possession d'une forte somme d'argent
en ordres de paiement. Le ministère des Finances
a déposé une plainte pour "infraction
régissant le contrôle des changes et les
mouvements de capitaux". Un procès-verbal
a été établi. Le 27 août,
le directeur du Matin est placé sous contrôle
judiciaire. Le 22 octobre, il reçoit une deuxième
notification pour contrôle fiscal, la première
datant du début de l'année. Mohamed Benchicou
d'une part et les associés du Matin de l'autre
doivent faire face à un redressement fiscal dont
le montant total s'élève à 16 millions
de dinars (environ 160 000 euros). Le journal sera fermé
à l'échéance du 20 novembre, si
la somme n'est pas payée. Si le redressement
fiscal est une mesure tout à fait acceptable,
le moment choisi pour opérer est en revanche
significatif de la volonté de faire taire Le
Matin, volontiers irrévérencieux à
l'égard du clan présidentiel.
Le 11 septembre,
Ahmed Benaoum, patron du groupe de presse Er-Raï
El-Aam, est arrêté, suite à une
plainte pour "faux et usage de faux". A l'origine
de cette plainte, deux affaires de droit commun, datant
d'une vingtaine d'années. Le 13 septembre, alors
qu'il comparaît devant le juge d'instruction,
Ahmed Benaoum est interpellé à l'intérieur
même du tribunal d'Es Senia (Oran) pour une seconde
affaire. Il est placé sous contrôle judiciaire,
son passeport est confisqué. Présenté
le lendemain au tribunal de Sedikkia, il est relâché
dans la journée. Le 7 octobre, toujours sous
contrôle judiciaire, il est de nouveau emprisonné,
alors qu'il se présente au commissariat d'Oran
pour répondre à une convocation de la
brigade économique. Selon le collectif des journaux
Er-Raï El-Aam, cette façon d'agir des policiers
s'inscrit dans une campagne de harcèlement et
d'intimidation entamée en août.
Le 16 septembre,
Fouad Boughanem, directeur de publication du Soir d'Algérie,
qui avait reçu trois convocations, est interpellé
devant la Maison de la presse, à Alger, et conduit
au commissariat central. Il est relâché
en milieu d'après-midi. Des journalistes, venus
protester contre son arrestation au commissariat, sont
également interpellés, puis relâchés.
Parmi eux : Malika Boussouf, directrice de la rédaction
du Soir d'Algérie, Badreddine Manâa, rédacteur
en chef du même quotidien, et Rabah Abdallah,
secrétaire général du Syndicat
national des journalistes (SNJ).
Le 23 septembre,
se tient, au tribunal Abane-Ramdane d'Alger, le procès
de quatre prévenus, interpellés le 8 septembre,
lors de l'arrestation de Mohammed Benchicou et Ali Dilem.
Fatma Zohra Khalfi, journaliste à l'agence officielle
APS, Yacine Teguia, membre du Mouvement démocratique
et social (MDS, dont Le Matin est proche) et le rédacteur
en chef du Matin, Youcef Rezzoug ainsi que son épouse,
sont invités à comparaître. Le procès
est reporté au 31 décembre, suite aux
protestations des avocats de la défense contre
" l'encerclement du palais de justice par les forces
de police ". Plusieurs personnes avaient décidé
de se rassembler devant le tribunal pendant l'audition
des prévenus, dont le dessinateur Ali Dilem et
le porte-parole des aârchs (comités de
villages kabyles) de Tizi Ouzou, Belaïd Abrika,
qui sont interpellés puis relâchés.
Le 31 décembre, les quatre accusés sont
condamnés par la Cour correctionnelle d'Alger
à deux mois de prison avec sursis et à
verser chacun une amende de 2 000 dinars (23 euros)
pour " attroupement illégal et atteinte
à l'ordre public ".
Le 2 octobre,
le directeur de publication du Soir d'Algérie,
Fouad Boughanem et les chroniqueurs Hakim Laâlam
et Mohamed Bouhamidi sont interpellés, à
leur bureau, par la police et conduits au commissariat
central d'Alger. Les chroniqueurs refusent de signer
leur procès-verbal et de répondre aux
questions de la police judiciaire, préférant
réserver leurs réponses aux juges. Arrêtés
à 9h30, ils sont remis en liberté à
13h30. Kamel Amarni, qui aurait dû également
être interpellé, est en déplacement.
Le 5 octobre, il est interpellé à 11h30
dans les locaux du Soir d'Algérie par des agents
de la brigade criminelle de la Sûreté de
wilaya d'Alger qui disent agir sur instruction du parquet.
Le 6 octobre, Fouad Boughanem, Mohamed Bouhamidi, Hakim
Laâm et Kamel Amarni sont entendus par le juge
d'instruction du tribunal de Sidi M'hamed à propos
d'articles jugés diffamatoires à l'endroit
du président de la République (conformément
à l'article 144 bis du code pénal). La
réglementation judiciaire en vigueur suppose
que les quatre interpellés doivent être
déférés ensemble, et le même
jour, devant la justice.
Ce même
jour, le directeur de publication de Liberté,
Farid Alilat, reçoit une convocation de la police
judiciaire du commissariat du Grand Alger pour être
auditionné à propos d'une chronique de
Hakim Laâm, chroniqueur du Soir d'Algérie,
intitulée " La Fessée " et publiée
le 21 août par le quotidien Liberté dans
le cadre de l'action de solidarité de la corporation,
initiée au moment de la suspension des journaux
Le Matin, L'Expression et Le Soir d'Algérie.
Conformément à la décision des
éditeurs de la presse privée du 5 septembre,
le directeur de publication de Liberté ne répond
pas à la convocation de la police judiciaire.
Dans la nuit
du 8 octobre, Ahmed Oukili, directeur de publication
du quotidien Er-Raï El-Aam, et Slimane Bensayah,
rédacteur en chef du quotidien Le Journal de
l'Ouest, sont interpellés et conduits au commissariat
central d'Alger, avant d'être relâchés.
Le 9 octobre,
Kamel Amarni, journaliste au Soir d'Algérie,
est interpellé au siège de son journal
et conduit au commissariat central, avant d'être
relâché.
Le 13 octobre,
le directeur du quotidien L'Expression, Ahmed Fattani,
est interpellé au siège de son journal,
à Alger, et conduit au commissariat central.
Il est entendu sur des articles publiés sur un
site Internet pendant la suspension du journal entre
le 16 et le 18 août.
Le même
jour, Mohamed Mokadem, correspondant permanent à
Alger du quotidien arabophone basé à Londres
El-Hayat, se voit refuser l'accès à la
conférence de presse du chef du gouvernement
Ahmed Ouyahia. Son nom ne figurait soi-disant pas sur
la liste des journalistes accrédités,
alors qu'il avait envoyé la veille une demande
avec accusé de réception, quand il était
encore possible de s'inscrire. Le journaliste pense
que cette mesure est liée à la publication
de deux articles dans le quotidien arabophone El-Khabar
dans lesquels, sous le pseudonyme Anis Rahmani, il avait
mis au jour deux scandales, l'un sur un détournement
de biens immobiliers appartenant au ministère
des Affaires étrangères au profit des
hauts responsables du régime, l'autre relatif
au détournement d'un bien immobilier au profit
de l'épouse de l'actuel chef du gouvernement.
"C'est un règlement de comptes. Ouyahia
a peur de la confrontation", estime Mohamed Mokadem.
Le 4 novembre,
le chroniqueur du Matin, Sid Ahmed Semiane, dit S.A.S.,
est condamné par contumace par le tribunal de
Sidi M'hammed d'Alger à une peine de six mois
de prison ferme et 40 000 dinars d'amende (environ 400
euros) pour diffamation. Le journaliste a été
l'objet de près d'une vingtaine de plaintes du
ministère de la Défense nationale.
Le même
jour est prononcé le verdict du Tribunal d'Alger
à l'encontre de Farid Alilat, directeur du quotidien
Liberté, à quatre mois de prison avec
sursis et 100 000 dinars d'amende (environ 1 000 euros)
pour "offense au chef de l'Etat". Le journaliste
Rafik Hamou a également été condamné
à une amende du même montant. Le journal
doit payer 2 millions de dinars (20 000 euros), en vertu
de l'application de l'article 144 bis du code pénal
amendé, pour sa une du 11 août "Tous
des voleurs". Ces condamnations sanctionnent la
reprise par Liberté d'informations publiées
par le quotidien El-Khabar, selon lesquelles plusieurs
hautes personnalités publiques s'étaient
"servies" dans le patrimoine immobilier du
ministère des Affaires étrangères.
Seul Liberté a été poursuivi, alors
que El-Khabar, qui avait publié l'enquête
initiale n'a fait l'objet d'aucune procédure.
Le 5 décembre,
le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, reçoit
une convocation pour se présenter le 7 décembre,
sur instruction du parquet, au service des atteintes
aux personnes de la Sûreté de la wilaya
d'Alger. L'objet de la convocation porte sur deux chroniques,
l'une de Mohamed Benchicou et l'autre d'Ines Chahinez.
M. Benchicou ne se présente pas à
la police, conformément à la décision
des éditeurs.
Le 19 décembre,
à 4 heures du matin, Tayeb Bendjemaa, correspondant
du quotidien El Khabar à Khenchela (Est), est
interpellé à Constantine, dans sa chambre
d'hôtel. Un mandat d'arrêt a été
établi contre lui dans le cadre d'une affaire
remontant à 2001, pour laquelle il avait été
acquitté. Il n'est relâché que dans
la journée du 20 décembre.
Reporters sans frontières
défend les journalistes emprisonnés et
la liberté de la presse dans le monde, c'est-à-dire
le droit d'informer et d'être informé,
conformément à l'article 19 de la Déclaration
universelle des droits de l'homme. Reporters sans frontières
compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche,
Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie,
Suède et Suisse), des représentations
à Abidjan, Bangkok, Buenos Aires, Istanbul, Montréal,
Moscou, New York, Tokyo et Washington, et plus de cent
correspondants dans le monde. |
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