La
sentence visant plusieurs journalistes doit être
prononcée aujourd'hui. L'Humanité appelait
hier à manifester contre la répression
grandissante.
Ne pas abandonner
les journalistes algériens face à la répression
du pouvoir. C'est la volonté affichée
par tous ceux qui ont participé hier soir devant
l'ambassade d'Algérie à un rassemblement
organisé par l'Humanité. Ils entendaient
ainsi manifester contre le harcèlement dont est
victime la presse indépendante algérienne
depuis la modification du Code pénal algérien,
orchestrée en 2001 par le président Bouteflika.
Cette dernière a élargi la définition
du délit de presse et aggravé les peines
encourues, entraînant la multiplication des plaintes
pour « diffamation » ou « outrage »
à telle ou telle - institution.
Depuis, pas un
mardi ne s'écoule sans que militants des droits
de l'homme et journalistes ne se retrouvent dans la
salle du palais de justice d'Alger pour défendre
un titre ou un confrère menacés. Car outre
les sanctions financières, qui mettent en danger
l'existence même d'une presse libre, le gouvernement
n'hésite pas à recourir à des mesures
plus sévères. Ainsi, l'acte décisif
de sa politique d'intimidation a été la
condamnation, le 14 juin dernier, à deux ans
de prison ferme de Mohamed Benchicou, directeur du Matin,
sous un prétexte financier fallacieux. Cette
condamnation et l'arrêt de la parution du Matin,
sans doute le journal le plus virulent contre le pouvoir
du président Bouteflika, ont sonné comme
un avertissement pour le reste de la presse, qui sait
désormais que le risque d'incarcération
est réel.
Face à
cette « situation qui remet profondément
en cause le droit à la liberté d'expression,
à la liberté de la presse »,
les parlementaires communistes ont décidé
de se mobiliser. En amont de la manifestation d'hier,
ils ont organisé jeudi dernier au Sénat
une réunion sur « les atteintes à
la liberté de la presse dans le monde, et plus
particulièrement en Algérie ».
Instigatrice de cette campagne, la sénatrice
Éliane Assassi souhaite également créer
un observatoire de parlementaires sur les droits de
la presse. Rappelant qu'« il est intolérable
que des journalistes puissent être poursuivis
par la justice pour des écrits, surtout lorsqu'ils
traitent d'affaires de corruption », elle
a estimé qu'il était de son devoir d'utiliser
son mandat pour « faire connaître de
tels agissements ».
Ce regain de
mobilisation survient alors que Youssef Rezzoug, rédacteur
en chef du Matin, les journalistes Yasmine Feroukhi,
Abla Chérif et Hassane Zerrouky, également
rédacteur à l'Humanité, devraient
être fixés aujourd'hui sur leur sort. Le
15 mars dernier, le procureur a requis une peine de
six mois ferme contre eux, les accusant de diffamation
dans deux affaires distinctes impliquant la société
d'État Sonatrach et un milliardaire émirien,
proche de Bouteflika. Outre ce verdict, la cour aura
également à se prononcer le 20 avril prochain
sur une demande de liberté provisoire déposée
par les avocats de Benchicou. Malade et privé
de soins depuis son incarcération, ce dernier
risque une hémiplégie du bras droit et
d'autres lésions s'il est maintenu en prison.
Camille
BAUER |
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