Journalistes
emprisonnés. Depuis le siège de Reporters
sans frontières, une délégation
de journalistes algériens a lancé un appel
à la solidarité internationale.
" La liberté
de presse et d’expression est gravement menacée
" ont souligné, en présence de Robert
Ménard, président de RSF (Reporters sans
frontières) une délégation de représentants
de journaux algériens, Fatiha Benchicou, épouse
du directeur du Matin emprisonné, Maître
Ali Yahia Abdenour ( président de la Ligue algérienne
de défense des droits de l’homme et avocat de
Benchicou et Ghoul), le secrétaire du SNJ (Syndicat
des journalistes algériens) et le président
du Comité de l’éthique et de la déontologie,
Zoubir Soussi. Cette délégation s’est
rendue ensuite à Bruxelles pour tenir une conférence
de presse avant de rencontrer des membres de la Commission
européenne et du Parlement européen.
Très digne,
Fatiha Benchicou a expliqué que la peine infligée
à son époux est très difficile
à vivre et à organiser au quotidien pour
elle, ses deux filles et son petit garçon de
douze ans. " C’est à l’école, explique-t-elle,
qu’il a appris l’arrestation de son père. Il
est resté 24 heures sans manger ". Tout
en demandant de ne pas oublier Hafnaoui Ghoul, l’autre
journaliste emprisonné d’El Djazaïr news,
condamné à deux mois de prison ferme,
mais qui doit encore répondre de 29 plaintes
en diffamation, elle a assuré que son mari a
été condamné sur la base d’un "
prétexte fabriqué de toutes pièces
". C’est ce qu’a d’ailleurs souligné, Omar
Belhouchet, directeur d’El Watan : " Mohamed
Benchicou n’a pas été condamné
pour un délit de droit commun (...) Je vous assure
qu’il n’y a rien de vrai dans cette histoire de bons
de caisse. Benchicou a été sanctionné
pour ses écrits, pour les positions exprimées
par le Matin ". Il ajoute : Nous sommes là
pour dire qu’il y a danger, qu’il y a une volonté
délibérée de faire taire toutes
les voix contestataires, à commencer par celles
des journaux qui dérangent le pouvoir ".
Il revenait à Maître Ali Yahia Abdenour
d’expliquer que les bons de caisse découverts
sur Mohamed Benchicou en août 2003 ne constituent
nullement une infraction au règlement des changes.
" Ce sont des titres de créances libellés
en dinars et non en devises, déposés dans
une banque algérienne et qui ne peuvent être
retirés que dans la même banque. Ils ne
sont pas négociables " assure l’avocat pour
qui il s’est agit d’un " procès préfabriqué
", et que " la décision de l’emprisonner
était prise avant le procès ". Il
en veut pour preuve le fait que le procureur a mis trois
minutes pour exposer les faits et requérir une
peine de cinq ans. " La présidente du tribunal
l’a condamné sans prendre la peine de lire les
conclusions écrites déposées par
la défense ". D’après lui, le pouvoir
veut frapper la presse et à travers elle "
frapper toute la société ". Pas question
de changer la ligne éditoriale du Matin a déclaré
Ghania Khelifi, rédactrice en chef du journal.
" Nous n’avons aucun doute sur la nature du procès,
c’est un procès politique (...) " a-t-elle
souligné. Selon Rabah Abdellah, secrétaire
du syndicat des journalistes algériens, 250 plaintes
ont été déposées contre
les journalistes dont certains sont " en liberté
provisoire ". " Et si ça continue,
nous irons faire des journaux en prison ". Un appel
à la solidarité a été lancé
aux confrères européens avant que Robert
Menard n’assure que RSF mènera des actions pour
" dépénaliser les délits de
presse comme le recommandent les Nations unies ".
Hassane
ZERROUKY |
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