Sur décision
politique, Le Matin est interdit d'impression depuis
vendredi soir. Il n'était pas dans les kiosques
samedi. La direction de Simpral, imprimerie gouvernementale,
vient de surprendre de nouveau tout le monde en refusant
d'imprimer Le Matin avant l'ultimatum qu'elle avait
elle-même fixé au 24 juillet. 24 heures
avant cette date, les techniciens de l'imprimerie d'Etat
ont été, en effet, destinataires d'un
ordre de ne pas mettre le journal sur les machines.
« Cette précipitation dans la sanction
du Matin, le refus de Simpral d'échelonner le
montant réclamé, confirme l'injonction
venue du Pouvoir et révèle le caractère
politique des pressions et représailles que subissent
le journal et son directeur », lit-on dans le
communiqué rendu public samedi par Le Matin.
Depuis la publication,
le 19 juillet 2003, du témoignage de M. Saâdaoui,
qui a fait part des tortures qu'il a subies sur ordre
de M. Zerhouni, actuel ministre de l'Intérieur,
Le Matin est la cible d'une cabale politico-judiciaire
sans précédent. Son directeur, auteur
du livre Bouteflika, une imposture algérienne,
croupit aujourd'hui en prison sous le fallacieux prétexte
d'avoir commis une infraction à la réglementation
des changes. Le pouvoir politique a décidé
ainsi d'interdire l'expression de toute voie autonome.
Les bilans de
la relation commerciale entre Le Matin et la société
Simpral, pour ne citer que cet exemple, est là
pour confirmer cette volonté de faire disparaître
ce quotidien. La somme réclamée au journal,
soit 38 millions de dinars, ne représente pas
1 % de la globalité de la dette que détient
cette société sur plusieurs publications,
évaluée par les services de Simpral à
plus de 300 milliards de centimes. Une dette qui concerne
l'ensemble des journaux privés et publics. Pourquoi
alors uniquement Le Matin, alors que de l'aveu des responsables
de l'imprimerie, ce journal est « un bon payeur
» ? Depuis août dernier, Le Matin a dû
payer plus de 19 milliards de centimes sous les multiples
pressions des autorités politiques du pays. Cette
publication qui n'a pas cessé de réclamer
le respect des règles commerciales a été
contrainte de payer sur décision politique la
moitié d'une autre somme faramineuse de 92 millions
de dinars fixée arbitrairement par la direction
générale des impôts.
Une volonté
d'asphyxie du journal qui s'est traduite d'ailleurs
par la saisie du siège social du journal puis
sa vente pour une somme dérisoire. L'option politique
de faire disparaître Le Matin s'est vérifiée
également lorsque les responsables de Simpral
ont opposé un refus catégorique à
toute négociation pour un échéancier
de paiement. La proposition des dirigeants du Matin
de verser plus d'un tiers du montant réclamé
est rejetée. Pis, dans un communiqué rendu
public samedi, l'imprimerie de l'est, invoquant l'esprit
de solidarité avec Simpral, a décidé
de ne pas imprimer Le Matin, défiant ainsi toutes
les dispositions légales du contrat liant les
deux entreprises. Une situation qui a gravement affecté
Mohamed Benchicou puisque ses avocats affirment que
« depuis la semaine dernière, soit au lendemain
de l'ultimatum de Simpral, son état de santé
s'est subitement dégradé ».
« Samedi,
dans la matinée, ses avocats nous ont précisé
qu'en raison d'une baisse de tension anormale, Mohamed
Benchicou a été mis sous perfusion »,
relève-t-on dans un autre communiqué.
Dans une déclaration rendue publique le même
jour, le Comité national pour la libération
des journalistes, composé du Conseil de l'éthique,
du Syndicat national des journalistes et de titres de
la presse indépendante, parle « d'un assassinat
à petit feu du directeur du Matin, qu'on laisse
mourir derrière les murs de la prison ».
Ces derniers, qui relèvent « un retard
pris délibérément dans la fixation
de la date de son procès en appel », appellent
à la cessation et à une « trêve
au massacre des journalistes, trêve au massacre
de la presse libre ».
Nadir
BENSEBA |
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