« Bouteflika,
une imposture algérienne ». Voilà
un livre, effort intellectuel abouti, une exploration
approfondie mais aussi et surtout lucide, qui disperse
cette sorte d’encre de seiche dont Bouteflika s’entoure
soigneusement et constamment pour ne pas avoir à
apparaître et, donc, s’assumer dans sa véritable
dimension.
L’auteur, Mohamed
Benchicou, journaliste et directeur du quotidien Le
Matin , soumis, depuis plusieurs mois à un harassant
harcèlement judiciaire, s’est interdit, écrivant,
la « démesure » d’un coup
de gueule. Il a « fouiné »,
re-convoqué l’histoire dans ce qu’elle a consigné
comme témoignages véraces pour faire s’écrouler,
irrésistiblement, l’icône - une illusion
- que Bouteflika a ou s’est fait, jusque-là,
habillement ériger. Le Larousse aurait dû,
avant que n’écrive Benchicou, s’enrichir d’un
vocable plus fort que « imposture »
pour illustrer, dans son exacte acceptation, la préoccupation,
maladive chez Bouteflika, à continuellement usurper
tout, y compris à se fabriquer une notoriété
de bravoure révolutionnaire quand, en vérité,
son apport à la guerre de libération n’était
que successifs manquements aux engagements. « Curieusement,
les historiques seront les premiers à douter
du passé guerrier de Bouteflika. A l’évocation,
ils se trouvent même un accent méprisant.
« Le commandant Abdelkader est une invention,
tout comme la légende d’« Abdelkader
El Mali ». « L’itinéraire
de Bouteflika au maquis se résume à deux
désertions dont on n’a jamais voulu parler »,
écrit Benchicou, reprenant le commandant Azzedine
(p. 60).
La seule fonction
retenue de Bouteflika durant la guerre de libération
est celle de contrôleur au niveau de la wilaya
V. « La fonction de contrôleur était
propre à la wilaya V, explique le commandant
Azzedine. C’était la seule wilaya dont la direction
était installée au Maroc et qui, de ce
fait, avait besoin d’agents d’inspection et de sensibilisation
pour s’informer des troupes activant en Algérie
ou aux frontières. » C’était
entre 1957 et 1958. « Cette période
fut la seule dont on peut dire qu’elle fut celle du
maquis pour Bouteflika », témoigne,
de son coté, Cherif Belkacem. Bouteflika n’avait
que le grade de capitaine. Il ne sera décoré
commandant que grâce à la « générosité »
de Boumediene. Un grade de complaisance, en somme. « Bouteflika
n’est devenu le commandant Si Abdelkader qu’au printemps
1962, à trois mois de l’indépendance.
Rien ne l’y disposait, sauf Boumediene qui l’aurait
imposé. »
Benchicou, témoignages
à l’appui, démystifie cet attribut de
gloriole que Bouteflika et ses thuriféraires
aiment souvent à marteler, à savoir d’avoir
structuré un front de lutte au Mali. L’affectation,
nous apprend Benchicou, n’est, en vérité
que punition. Affecté, fin 1960, à Ghardimaou,
Bouteflika s’en est allé plutôt se balader
en Espagne et en Italie. Des semaines durant. Il n’officiera,
non plus, pas au Mali. « Tout n’a été
que sornettes dans ce fameux front du Mali : le
front lui-même, les troupes fictives et, surtout,
le sobriquet ‘Abdelkader El Mali’, relève le
commandant Azzedine, qui suivait l’opération
depuis Ghardimaou. Bouteflika n’a supporté ni
l’isolement ni les difficiles conditions de vie. Quelques
semaines après que Kaïd Ahmed les eut installés,
Abdelaziz Bouteflika disparut du Mali. Sans laisser
d’adresse. Il n’a séjourné au Mali que
le temps de déposer ses bagages. »
Où était-il allé ?
« Azzedine
mettra quarante-deux ans pour avoir la clé de
l’énigme de la bouche d’un ami intime de Bouteflika :
le fugueur vivait à Tanger, où il avait
une relation sentimentale. » Deux fugues
de suite, donc. Ceci, pour le passé. Revenu aux
affaires en 1999, Bouteflika continuera à projeter
une image de sa personne sous un prisme totalement déformant.
A commencer par ce qu’il a cultivé comme image
d’opposant à Chadli Bendjedid. Il n’a jamais
été proche de Chadli comme durant son
émigration à l’étranger. Il s’intéressa
même à une des filles Bourokba (la belle-famille
de Chadli) dont il apprit qu’elle était encore
célibataire. « Il me chargea d’en
savoir plus sur la demoiselle et je crois qu’il prévoyait
de sérieusement faire alliance avec les Bourokba
en y prenant femme », écrit Benchicou,
citant Dehbi. Bouteflika se mariera, sans que personne
ne le sache, en 1990. Bouteflika se maria un vendredi
d’août 1990 dans un appartement de la rue Duc
-des- Cars, à Alger. Il épousa Amal Triki,
fille du diplomate Yahia Triki, alors premier conseiller
à l’ambassade d’Algérie au Caire »
(lire les détails de ce mariage en extraits).
Benchicou, qui a plongé au-delà des apparences
trompeuses de Bouteflika, nous éclaire aussi
sur ce neveu « disparu du président ».
« Ce
neveu disparu rendu célèbre par le président
est en vérité le fils du demi-frère
de Bouteflika, Mohamed. Ce dernier, né d’un premier
mariage de la mère de Bouteflika, n’a jamais
été accepté par la fratrie, qui
l’a déshérité. Mohamed décédera
sans que l’injustice ne fut réparée, et
c’est en venant à Alger pour en savoir plus sur
l’affaire que son fils, le fameux ‘neveu disparu’ de
Bouteflika, trouvera la mort. De mauvaises langues de
militaires aigris suggèrent d’orienter les recherches
vers le jardin de la villa familiale des Bouteflika,
à Sidi Fredj ».
Benchicou, par
ailleurs, qui concède à Bouteflika un
seul mérite, celui de lui avoir permis, en l’interdisant
de sortie du territoire national, d’écrire ce
livre, enrichit, à satiété, son
ouvrage de révélations sur l’affaire Khalifa,
entre autres entreprises pas du tout orthodoxes de Bouteflika.
Le lecteur, qui pourra dès ce lundi tenir entre
ses mains ce précieux ouvrage, saura aussi qu’au
moment où le roi du Maroc s’est mis à
l’idée et entrepris de chercher noise à
l’Algérie, Bouteflika, alors ministre des Affaires
étrangères, entretenait au Maroc, une
décapotable pour l’apparat, un de ses amours
marocaines.
Sofiane
AÏT-IFLIS |
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