Le 25 janvier
2005 Robert BRET interpelle Monsieur Michel BARNIER,
Ministre des Affaires Etrangères, pour qu’il
rappelle aux autorités algériennes que
la liberté de la presse est un droit et lui précise
que la France s’honorerait en apportant un soutien officiel
aux journalistes algériens.
Monsieur le Ministre,
Je souhaite par
la présente vous signifier ma consternation face
à la dégradation alarmante et récurrente
des Libertés fondamentales en Algérie.
Pas une semaine ne s’écoule sans qu’un journaliste
n’ait à répondre devant la justice algérienne.
J’en veux pour exemple le procès des journalistes
du quotidien Le Matin, notamment de Mohamed BENCHICOU,
directeur de la publication. Mais combien d’autres connaissent
le même sort dans l’anonymat ?
En s’attaquant
à la presse quotidienne indépendante,
l’Etat policier algérien fait fi des droits les
plus élémentaires.
Répression,
arrestations arbitraires, menaces, amendes, peines de
prison, suspension des éditions, tout est bon
pour le Gouvernement algérien pour s’attaquer
aux professionnels de l’information accusés de
« lése-majesté »
et d’atteinte à l’intégrité nationale
- quand ils ne font qu’informer, analyser, témoigner
de la situation en Algérie - pour réduire
la presse au silence.
Aussi, je vous
saurai gré, Monsieur le Ministre, de bien vouloir
intervenir auprès des autorités algériennes
pour leur rappeler que la liberté d’expression,
la liberté d’opinion et la liberté de
la presse sont des droits, de surcroît stipulés
dans l’accord d’association passé entre l’Algérie
et l’UE.
Par ailleurs,
j’estime que la France s’honorerait en apportant, dans
ce contexte hautement répressif, un soutien officiel
aux directeurs de quotidiens indépendants, journalistes,
photographes et dessinateurs de presse algériens
qui n’ont de cesse de vouloir exprimer pacifiquement
et courageusement leurs opinions dans un pays où
le simple fait de penser devient condamnable.
Par avance, je
vous remercie de l’attention et des suites que vous
voudrez bien donner à la présente requête,
et je vous prie
de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance
de mes respectueuses salutations.
(NB : un
courrier similaire est adressé à Monsieur
l’Ambassadeur d’Algérie)
Réponse
de Monsieur BARNIER - Paris, le 14 AVRIL 2005
Monsieur le Sénateur,
Le courrier que
vous m’avez adressé au sujet des procédures
judiciaires visant un certain nombre de journalistes
algériens, dont M. Mohamed Benchicou, m’est
bien parvenu. Je souhaite vous apporter les éléments
d’éclairage suivants.
La liberté
de la presse est un élément essentiel
de la démocratie et de l’Etat de droit. Le lourd
tribut payé au terrorisme par les journalistes
algériens pendant les années noires traversées
par ce pays-proche,et ami en a fourni la tragique illustration.
La presse algérienne n’en a pas moins conservé
une liberté de ton reconnue et appréciée.
C’est là un acquis fondamental qui doit être
préservé et conforté alors que
l’Algérie retrouve la stabilité et s’engage
sur la voie des réformes politiques, économiques
et sociales. J’ai eu l’occasion de le dire à
mes interlocuteurs lors de ma visite officielle à
Alger les 12 et 13 juillet dernier.
Croyez bien que
nous continuerons de suivre avec attention la situation
de M. Mohamed Benchicou, directeur du quotidien
Le Matin, personnalité respectée de ses
pairs en Algérie comme à l’étranger,
et détenu depuis le 14 juin 2004.
En tout état
de cause, nous continuerons à plaider, dans un
esprit de respect mutuel et de partenariat, pour qu’une
presse libre et pluraliste puisse continuer à
se développer en Algérie dans une atmosphère
apaisée et pour que les libertés fondamentales
soient respectées. Dans le cadre du partenariat
d’exception que nous construisons avec ce pays, nous
continuerons à développer notre coopération
déjà riche dans le domaine essentiel des
médias.
Je vous prie
de croire, Monsieur le Sénateur, à l’assurance
de mes sentiments les meilleurs. |