C'est pour
dénoncer le harcèlement sans précédent
qui frappe certains titres dont la ligne éditoriale
est jugée « hostile » au clan présidentiel
qu'une conférence de presse a été
donnée hier au siège du Soir d'Algérie
par trois directeurs de publication et les représentants
de deux autres. C'est Mohamed Benchicou qui, en l'absence
de Fouad Boughanem, interpellé par les policiers
dans la matinée et qui était chez le procureur
de la République au moment où se tenait
la conférence, expliquera l'objet et l'objectif
de la rencontre avec les journalistes. « Nous
sommes là pour dénoncer la dérive,
la pression s'accélère ; désormais
même les week-ends la justice va siéger
pour entendre des journalistes.
Au moment où
je vous parle, trois de nos confrères du Soir
d'Algérie sont chez le juge. Ils ont été
interpellés ce matin comme des délinquants.
On ne doit pas se taire face à cette humiliation
qu'on veut infliger au journaliste. » Un harcèlement
qui, souligne le directeur du Matin, s'accompagne aussi
d'autres méthodes de pression telles que le redressement
fiscal, le gel des comptes de l'entreprise et des personnels
et le chantage par les imprimeries.
Un constat que
fait également Ali Ouafek, directeur de Liberté,
qui fait remarquer que « la presse est harcelée
par la voie de la justice, mais aussi par d'autres moyens.
Le harcèlement est visible, continu ; chaque
semaine il y a un groupe de journalistes convoqués
chez le juge. C'en est trop
! Chaque semaine, notre caricaturiste Ali Dilem s'il
n'est pas chez les policiers il est devant le juge ».
Le directeur de Liberté lui aussi se dit indigné
par cette volonté de « punir » les
journalistes et qui consiste à les convoquer
devant le juge même les jeudis. Du jamais-vu !
« Après la justice de nuit, voilà
le temps de la justice du week-end ! » s'étonne
Malika Boussouf, directrice de la rédaction au
Soir d'Algérie. Tout en soulignant
qu'à la veille des élections, «
il est normal que la machine de la répression
s'affole », elle déclare que les méthodes
utilisées par le ministère de l'Intérieur
et celui de la Justice n'auront pas raison d'une corporation
qui a bravé la mort et les terroristes. Elle
prévient des conséquences de l'attitude
du juge à l'égard d'Ali Djerri, directeur
d'El Khabar qui, mardi dernier, malmené par le
magistrat a frôlé l'accident cardiovasculaire
et a été évacué du tribunal
par le Samu.
« Le juge
devra assumer ses responsabilités au cas où
l'état de santé du directeur d'El Khabar
se détériorerait. » Omar Belhouchet,
qui revient sur l'incident pour saluer la position du
bâtonnier d'Alger qui a intercédé
auprès du juge et fait évacuer Ali Djerri
dans son bureau en attendant l'arrivée de l'ambulance,
a souligné l'urgence d'une action pour préserver
le métier de journaliste de l'humiliation. Pour le directeur
d'El Watan, le fait de convoquer les journalistes un
jeudi est une « manière d'augmenter la
pression. Bien que cela nous fatigue, cela ne nous intimide
pas. C'est un schéma grossier, on n'est pas dupe
». Il ajoute que le métier de journaliste
ne relève pas de la police judiciaire. «
Cela devient une police politique qui a pour tâche
d'humilier le journaliste. » Et la profession
est « invitée à prendre conscience
» car, estime Mohamed Benchicou, « aujourd'hui
seuls certains titres sont touchés, mais en fait,
nul n'est à l'abri ».
Le directeur
du journal Le Matin a tenu à préciser
que l'objet de la conférence « n'est pas
de se plaindre », mais d'alerter l'opinion nationale
et internationale sur cette volonté de faire
taire la presse. Après avoir fait remarquer que
le but du clan présidentiel n'est pas de réprimer,
mais d'éliminer ou, au pire, infléchir
la ligne éditoriale, Mohamed Benchicou et Omar
Belhouchet s'accordent pour dire qu'il n'est pas question
de subir l'humiliation. « Les relations
ne doivent pas être basées sur des rapports
de force, mais sur le respect du métier de journaliste
», estime le directeur d'El Watan. Notons, enfin,
que les animateurs de la conférence de presse
ont estimé que le but des convocations par la
police judiciaire est d'avilir la profession. Après
avoir mis en exergue le fait que jamais un journaliste
convoqué par la justice ne s'est dérobé,
tous en conviennent, il n'est pas question de subir
l'humiliation à huis clos.
Les organisations
internationales, celles des droits de l'homme et les
institutions nationales et internationales vont être
saisies pour dénoncer ces procédures avilissantes.
Saïda
AZZOUZ |
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