La Fédération Internationale
des Journalistes a dénoncé aujourd'hui
la série de réquisitoires, prononcés
mardi dernier par le parquet d'Alger à l'encontre
de quatre journalistes et du directeur du quotidien
le Matin, un titre de la presse indépendante
suspendu par les autorités depuis le 23 juillet
2004.
Youcef Rezzoug, Yasmine Ferroukhi,
Abla Chérif, Hassane Zerrouky et Mohamed Benchicou
ont été appelé à la barre
le 15 mars 2005, au cours de deux procès successifs,
pour avoir dénoncé l'affairisme de quelques
dirigeants politiques et la mauvaise gestion des deniers
de la société pétrolière
Sonatrach, dans un article qui remonte au 7 août
2003. La défense
des journalistes a réfuté point par point
les diverses accusations, s'appuyant notamment sur des
informations présentées par la presse
nationale et internationale qui ont étayé
les articles incriminés.
Les journalistes ont toutefois été
personnellement et directement mis en cause par l'État
algérien. Le ministère
public a en effet requis six mois de prison ferme et
une amende de 50 000 DA (environ 550 euros) contre chacun
des prévenus alors que les parties civiles réclamaient
« un dinar symbolique » dans chacun
des deux procès.
« Cette série de
procès politiques contre les journalistes, au
cours de ce que l'on pourrait désigner comme
« les procès du mardi »,
relève d'une logique systématique de harcèlement
juridique », a déclaré Bertrand
Ginet, responsable de programme pour l'Afrique du nord
à la FIJ. « Les autorités cherchent
visiblement à faire taire toute voix discordante ».
Mohamed Benchicou
a été appelé à comparaître
dans les deux procédures. Le Directeur du Matin, qui croupit
déjà en prison depuis plus de huit mois,
risque lui aussi de se voir signifier une peine de six
mois de prison ferme. La condamnation est symbolique,
puisqu'il est déjà sous le coup d'une
peine de deux ans de prison ferme dont les motifs ont
été dénoncés par la FIJ
et l'ensemble des défenseurs de la liberté
d'expression. En cas de nouvelle condamnation, les deux
peines ne devraient pas être cumulées.
« Le
plus troublant dans ces audiences à répétition,
c'est que l'on accuse des journalistes pour diffamation
sans que la partie plaignante apporte des éléments
de preuve en contrepartie » a déclaré
Nadir Benseba, Coordinateur du centre régional
de la FIJ à Alger. « C'est la nature
même d'un régime autoritaire qui reçoit
avec complaisance les plaintes en diffamation et qui
refuse en même temps toute critique »,
a-t-il ajouté. Ces attaques
individuelles et ciblées contre les journalistes
sont favorisées par un code pénal particulièrement
répressif à l'encontre de la presse. Les
verdicts de ces deux affaires seront connus le 12 avril
prochain selon le calendrier établi par la Cour
d'Alger. Les observateurs redoutent un durcissement
de la situation après l'épisode de l'interdiction
de vente signifiée tout récemment à
des titres de la presse étrangère. « Les
dirigeants politiques du pays ont réussi à
imposer la loi de l'omerta dans le champ médiatique
algérien avec la suspension du journal Le Matin et les deux
années d'incarcération arbitraire de son
directeur M. Mohamed Benchicou », avait déclaré
à ce moment Aidan White, Secrétaire Général
de la FIJ. « Les procès contre les
journalistes sont désormais hebdomadaires, et
les autorités tentent aujourd'hui de cacher aux
yeux de la communauté internationale le huis
clos étouffant auquel sont confrontés
les journalistes algériens » avait-il
ajouté.
La Fédération internationale
des journalistes appelle l'ensemble de la communauté
internationale à réagir face à
la gravité des pressions que subit la presse
indépendante en Algérie.
Pour plus d'information
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