Quatre jours
après sa libération avant terme de la
prison de Djelfa, Hafnaoui Ghoul, journaliste, responsable
du bureau régional de la Ligue algérienne
des droits de l’Homme écrit au chef de l’Etat
Abdelaziz Bouteflika. Dans une lettre, intitulée,
«A vous Monsieur le président »,
il appelle le locataire du palais d’El Mouradia d’user
de ses attributions constitutionnelles pour libérer
le journaliste et directeur du quotidien Le Matin, victime
selon ses dires «de la même injustice et
du même arbitraire qui l’avaient contraint à
rester plus de six mois en prison».
C’est la première
action qu’effectue le journaliste depuis qu’il a quitté
mercredi dernier la prison de Djelfa. Le geste qu’il
vient d’accomplir lui «tenait profondément
à cœur». «Depuis le moment qu’on
m’a annoncé la nouvelle de retrouver ma liberté,
je ne ne fais que penser à M. Benchicou»,
ne cessait- il de confier à ses hôtes qui
continuaient d’affluer jusqu’à hier à
son domicile familial. Une seule phrase revenait en
effet souvent dans sa bouche : «Ma liberté
ne vaut rien sans celle de mon collègue Benchicou.»
Dans le document qui sera transmis dans les toutes prochaines
heures au premier magistrat du pays, son rédacteur
revient sur les circonstances de sa propre incarcération,
«l’arbitraire qui a entaché la procédure
de justice puis la décision politique qui est
venue rendre le sourire à une famille dont le
fils s’est rendu coupable d’avoir fait son travail de
journaliste et tenter d’éveiller les citoyens
sur la mauvaise gestion des responsables locaux».
Le journaliste rappelle à l’occasion le macabre
épisode de la mort suspecte de 13 bébés
à l’hôpital de Djelfa qui, selon lui, était
à l’origine du déclenchement des actions
d’intimidation puis de son emprisonnement. «Ce
n’est pas possible que des commis de l’Etat, établissant
de faux rapports à leur hiérarchie, décident
de telles pratiques dans le contexte de construction
de la démocratie », souligne-t-il. L’engagement
de l’Algérie à édifier un Etat
de droit, ne saurait, selon M. Hafnaoui, «interdire
l’expression à M. Benchicou qui a osé
à un moment, dire non, alors que des opportunistes
qui gravitent autour du cercle présidentiel disent
oui à tout-venant le matin et se couchent lâchement
insatisfaits la nuit». «Je ne saurais me
réjouir de ma libération alors que l’arbitraire
frappe toujours Benchicou et M. Benaoum, directeur du
journal arabophone Erraï». Un fait qui ne
saurait aussi être accepté, s’adresse-t-il
toujours à M. Bouteflika, «au moment où
l’on parle d’une éventuelle amnistie générale
dans ce contexte de la réconciliation nationale
». «Il faut libérer la plume et l’intelligence
de la prison M. le président», lance-t-il
encore à l’endroit du locataire d’El-Mouradia.
Pour les Naïlis qui se déplacent quotidiennement
à la maison des Hafnaoui, le chef d’accusation
de transgression à la réglementation de
change prononcé par le tribunal d’El-Harrach
le 14 juin dernier sur la base de bons de caisse en
dinars transportés lors du dernier voyage à
Paris en août de l’année écoulée,
ne peut pas tenir la route.«C’est un moyen détourné
pour arriver à l’incarcération du concerné»,
commententils. C’est dire que depuis la sortie de prison
de Hafnaoui Ghoul, l’affaire Benchicou a connu un rebondissement
tel qu’elle alimente quotidiennement la chronique. L’ex-détenu
de la prison de Djelfa ne laisse pas l’occasion passer
pour interpeller le président. «C’est ma
conscience qui m’a dicté la démarche :
ce n’est pas possible qu’un homme d’une aussi vaste
culture et de surcroît, animé d’une véritable
passion, de vouloir faire du bien pour son pays, croupisse
dans une prison», fait-il remarquer, avant d’ajouter
sur un ton chargé d’amertume : «C’est impossible
et c’est inadmissible que d’accepter l’idée que
le responsable du Matin, dont l’état de santé
est loin d’être reluisant, soit actuellement en
prison surtout depuis que j’ai goutté à
la vie carcérale. » Les confidences livrées
à ce propos par l’orateur n’ont pas laissé
les présents à l’intérieur du domicile
des Hafnaoui indifférents. Des vieux notables
lèvent les mains et prient Dieu d’apporter soutien
et assistance au prisonnier.
Nadir
BENSEBA
Fatiha Benchicou
Je me réjouis
bien sûr de la mise en liberté provisoire
de Hafnaoui Ghoul qui lui permet de retrouver sa famille.
D'aucuns retiendront qu'il ne passera pas les cinq mois
qui lui restaient à purger en prison, d'autres,
qu'il a passé 6 mois dans des conditions abominables
pour avoir exercé son métier d'informer.
C'est selon. Pour moi, son nom est désormais
associé au mot prison mais aussi à celui
du combat pour la liberté d'expression. Mon espoir
est que mon époux, Mohamed Benchicou qu'on a
tenté en vain , je dois le souligner, à
faire passer pour un détenu de droit commun,
puisse lui aussi être libre en attendant que justice
lui soit rendue. Mes pensées vont également
aux militants du mouvement citoyen jetés en prison,
hélas dans un silence assourdissant qui compromet
l'avenir de la liberté de la presse. |
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