Je
me permets de publier sur altermonde, cet appel de la
cofondatrice du Matin d’Alger. Le directeur et fondateur,
Mohamed Benchicou, est emprisonné depuis le 14
juin. C’est un nouveau journaliste victime d’une répression
aveugle. Les pouvoirs, partout dans le monde, supportent
de moins en moins l’indépendance de certains
journalistes. Il suffit de voir, en France, les menaces
de M. Perben contre les sites qui publient des
informations sur l’arrachage des OGM... Nous sommes
passibles de cinq ans de prison !
Il est
urgent que nous défendions la liberté
de la presse et particulièrement de la presse
encore libre et indépendante des pouvoirs financiers
internationaux. Dans ce but, et pour soutenir notre
collègue algérien, victime du pouvoir
dans son pays, je vous propose par le lien ci-dessous,
de signer la pétition en sa faveur, sur le site
Naros.
Pétition : http://www.naros.info/petition.php3?id_article=426
J’espère
que vous serez nombreux à la signer !
Jean
Dornac
"Dans
un régime de non-droit, nous sommes tous des
Benchicou en sursis !"
Aujourdh’ui
11 août se tient à la cour d’Alger le procès
en appel de Mohamed Benchicou, directeur-gérant
du quotidien Le Matin, condamné le 14 juin dernier
à deux ans de prison ferme et incarcéré
depuis cette date à la prison d’El-Harrach. Puisqu’il
est interdit, dit-on, de commenter une décision
de justice, respectons cette règle et laissons
les magistrats qui ont prononcé la sentence face
à leur conscience. Rappelons seulement que parmi
les réactions qui ont suivi le verdict du 14
juin, certaines se sont attachées à qualifier
le “délit”, que la défense a pourtant
magistralement démontré, qu’il n’existait
pas en droit, d’autres - elles furent sans doute les
plus nombreuses - flairant la machination, ont analysé
l’affaire Benchicou comme un premier coup de semonce
contre leur liberté.
Parlons
plutôt de l’homme qui, derrière les murs
de sa prison, doit certainement tendre l’oreille aux
bruits et à la fureur du monde extérieur,
cherchant à saisir dans le propos de ses avocats,
dans le regard de sa mère, les pulsions de cette
Algérie pour laquelle, il continue de rêver
un meilleur destin...
Parlons
plutôt du journaliste démiurge ressuscitant
de ses cendres un Alger-Républicain tombé
dans les trappes de l’histoire, avec trois fois rien,
ou si peu ; avec seulement la force de ses convictions,
son talent d’animateur, de rassembleur et puis aussi
avec cette manière bien à lui de communiquer
son enthousiasme, de partager ses coups de cœur, ses
passions de journaliste avec tous ceux, sans distinction
de poste ou de hiérarchie, qui œuvrent à
ses côtés.
Parlons
de celui qui, refusant la tutelle politique d’un parti
qui était pourtant le sien, fit le pari fou de
lancer en plein assaut islamique le journal Le Matin
qui rejoignit aussitôt le combat républicain
qui en devint le fer de lance.
Il a
coulé beaucoup de sang entre ce jour de septembre
1991 où Mohamed Benchicou écrivait à
la Une du premier numéro du Matin ces mots :
“Devoir de vérité” qui allaient devenir
sa profession de foi et le 14 juin 2004 où dans
une salle de tribunal, un juge de la République
ordonnait son incarcération. Depuis, pour que
vive cette République qui embastille les rescapés
de la nuit terroriste, une centaine de nos confrères
sont morts assassinés, le pays est entré
dans l’ultralibéralisme débridé,
sans foi ni loi, pas même la loi dite du marché,
non, celle du bazar, du partage des lignes de crédit
devises, de la prévarication, la loi du bâton
et du baîllon - La loi du prince.
Et les
tueurs, amnistiés de leurs forfaits, sont revenus
vaquer à leurs affaires... Ils avaient affiché
nos noms sur les murs de nos mosquées confisquées,
avec en face la mention : à abattre ;
ils allaient partout clamant : nous combattrons
vos plumes par la lame. Ils ont tenu leurs promesses.
Les survivants pensaient avoir payé l’impôt
du sang, ils croyaient avoir réglé la
facture pour de longs temps à venir.
Le Prince
s’est chargé de les détromper. Il a dit,
comme dans la fable : “Je m’appelle lion, ma raison
est la meilleure... parce que je suis le plus fort !
et je suis le plus fort non seulement par les armes
mais aussi par toute l’organisation que sous des noms
divers j’ai créée pour me servir. En conséquence,
du mensonge, je ferai la vérité”. La vérité... ?
Justement, Benchicou en a fait la devise de son journal,
ce journal que l’on cherche à liquider par tous
les moyens.
Hier,
barrage au projet intégriste, aujourd’hui accompagnant
le mouvement démocratique et citoyen pour un
état de droit et de justice, le Matin, fondé
et conçu par Mohamed Benchicou, procédait
dès sa naissance d’une démarche intellectuelle,
non d’une ambition d’entrepreneur. Tout le parcours
de Mohamed Benchicou est un parcours de journaliste
libre, arrimé d’abord à son pays, à
sa société. Pour survivre dans l’exil,
il s’est essayé à d’autres métiers
mais le seul qui lui manquait c’était le sien,
il n’a pas pu devenir autre chose que journaliste, ne
possédait rien d’autre que ce talent incomparable
de faire un journal. Journaliste de combat, il ne croit
pas à cette mystique d’une presse “apolitique”
qui oppose professionnalisme et engagement. Il faut
du courage pour s’attaquer au mythe de l’objectivité
du journaliste, du journaliste transcripteur neutre
de l’actualité, observateur s’effaçant
devant le fait, pour admettre sans détour qu’un
journal est d’abord un produit intellectuel réalisé
par des producteurs intellectuels qui sélectionnent
et recueillent par le filtre de leur conscience, de
leur culture, de leurs croyances cette actualité.
Mohamed
Benchicou a eu cette audace. Le premier, il est sorti
de la “pensée unique” dans laquelle le parti
unique avait coincé une génération
de journalistes, le premier il est allé à
contre-courant d’une presse formatée par des
tutelles institutionnelles castratrices pour donner
à chaque lecteur du Matin, où qu’il soit,
sa part du monde, sa part d’Algérie... Ainsi,
il a ouvert des chemins jusqu’ici inexplorés
par le journaliste algérien, ouvert des brèches
dans la muraille de l’autocensure qui paralysait nos
plumes.
L’histoire
de la presse indépendante retiendra sa contribution
à l’élaboration d’une nouvelle utopie
du travail de journaliste, celle qui verrait celui-ci
se livrer librement à ses activités sans
tuteur pour l’intimider, ni commissaire politique pour
le censurer, sans chantages ni pressions d’aucune sorte,
avec seulement la loi pour le protéger, l’éthique
et la déontologie pour le guider. Bien sûr,
on peut avoir des idées différentes sur
l’exercice du métier d’informer. Entre la conception
développée par le journal de Mohamed Benchicou
et celle de ses confrères, il y a une gamme de
points de vue qui va de l’info “apolitique” à
celle militante. Dans un système démocratique,
toutes les tendances sont respectables et se valent ;
elles sont égales en droit et en devoir. C’est
le principe du pluralisme médiatique qui le veut,
la loi de l’état de droit qui l’impose. Alors
à quand cet état de droit qui mettra fin
au fait du prince ? En attendant ces temps hypothétiques,
cessons de nous illusionner ! Aucune presse libre
n’est viable dans un système soumis à
l’arbitraire administratif ou politique, régi
par les humeurs de la puissance publique.
Le salut
de notre presse libre sera collectif ou... ne sera pas.
Le couperet qui peut tomber sur n’importe quelle tête
de journaliste, sur n’importe quel titre.
Dans
un régime de non-droit, nous sommes tous des
Benchicou en sursis.
Ghani
HAMADOU
Source : http://www.naros.info/article.php3?id_article=467 |
|